‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 34 sur 73 · SOI' DA .Y · texte numérisé non relu

SOI' DA .Y

Nil, le Soudan, de même que toute la Sénég'ambie, soit une terre vouée au paludisme. A voir, pendant la saison sèche, l’extrême aridité du sol argilo-siliceux où 1 on ne rencontre plus que de maigres graminées et des arbres le plus généralement ébranchés et dénués de feuillage, quand le feu mis par les indigènes ne les a pas réduits à l’état de poteaux noircis, on ne supposerait pas que ce sol puisse se transformer en marais pendant six mois de l’année.

Pour tous ceux qui ont vu et admiré la splendeur des forêts de l’Amérique, la richesse des savanes, le déroulement enchanteur des mornes boisés et toujours verts de la plupart des contrées tropicales, il est difficile de ne pas porter sur cette terre un jugement défavorable.

Tout le Soudan accuse la pauvreté durant la saison sèche, non seulement le Haut-Sénégal et la vallée du Niger, mais encore une bonne partie de la Sénégambie jusqu’aux montagnes de Kong.

Le Docteur Noury, médecin de la marine qui accompagnait la mission Brosselard (janvier à avril 1888) signala ce caractère dans le haut Rio-Nunez et le Rio-

Gompony. «La végétation de la région n’est rien moins que luxuriante et est loin de répondre à ces belles descriptions du règne végétal que se sont complu à faire les voyageurs qui ont parcouru la zone tropicale. C’esL à peine si nous avons vu deux ou trois fois pendant notre mission la végétation dans toute sa magnificence.

Des graminées et de hautes herbes desquelles émergent cà et là des arbres rabougris à l’écorce rongée par le feu ; par intervalles quelques fourrés; par places, de beaux arbres et de la verdure le long des ruisseaux, qui viennent trancher sur la monotonie du paysage et reposer agréablement les yeux, tel est, en réalité, le tableau de la végétation du Foréah.

Nous avons été quelque peu déçus à l’aspect de cette végétation qu’on nous avait dépeinte si riche, et nous

CONDITIONS SANITAIRES DD. S CLIMATS REGIONAUX

sommes forcés de reconnaître c|iie le pays est loin d’avoir la fertilité qu’on lui attribue généralement; au dire de gens compétents qui ont parcouru les deux régions, le Foréah présenterait, comme aspect général, assez d’analogie avec le haut Sénégal; quand au Foutah-Djalon, il parait mieux partagé, mais nous n’avons pas pénétré assez avant pour formuler un jugement complet sur la question (i). »

Liotard, qui a étudié avec beaucoup de compétence l'histoire naturelle du Soudan, fait remarquer que ce pays « qui offre pendant la saison sèche un aspect désolant », est une vraie terre à graminées (2). La raison de leur naissance à la fois exubérante et soudaine au moment de la saison des pluies c’est précisément le manque de couvert, l’absence de vastes forêts habituelles aux tropiques, et l’action combinée d’un sol argileux friable, dénudé, exposé aux ardeurs les plus intenses du soleil avec l’abondance des pluies et la crue des rivières.

Toutes ces conditions, qui font du Soudan, au point de vue de l’agriculture, une terre de second ordre, sont précisément celles qui lui donnent son caractère d’insalubrité. Inondations, imperméabilité des couches argileuses assises sur des roches primitives, formations d’innombrables cuvettes et stagnations dans les marigots, phénomènes qui s’étendent à toute l’immense région comprise entre le Sénégal, le Niger et la mer, tels sont les caractères fondamentaux du pays pendant la saison des pluies. Gomment s’étonner que non seulement le paludisme y règne avec l’intensité qu’on lui connaît, mais encore que les immondices de toutes sortes, que les déchets organiques de toute provenance, qui infectent le sol au voisinage des marais soient une

(1) Noury. Contribution à l’étude de la flore de la Sénégambie. Arch. de jnéd. navale, t. Ll, p. 204, 1889.

(2) Liotard. Histoire naturelle du Soudan. Arch. de tne'd. navale, t. LU, p. 161-162, 1889.

Page 1