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LE C LIMA T INTER TROPICA L

peut-être essentiellement sur l’organisme humain, pour la détermination de l’aptitude morbide. Sans les modifications physiologiques qu’elle imprime aux sujets non acclimatés, la cause infectieuse n’aurait peut-être pas de prise » (i).

Et il en est ainsi, sous les tropiques, pour toutes les endémies. En réalité, c’est l’action de l’hivernage qui est ici en cause, car c’est principalement au cours de cette période, vers sa fin et dans l’arrière-saison qui la suit, que naissent, se développent, s’accroissent et arrivent à leur apogée les maladies infectieuses de tout ordre.

Il importe donc extrêmement de connaître la nature et l'ordre des impressions subies par l’organisme européen au contact des éléments climatiques intertropicaux. Cette notion est, comme je l’ai dit plus .haut, la base même de l’hygiène tropicale.

Mais avant d’en commencer l’étude, il est indispensable de dire quelques mots de l’acclimatement.

Suivant l’acception aujourd’hui reçue, on entend par acclimatement l’état de l’organisme vivant dont les fonctions physiologiques ont cessé d’être en lutte permanente avec le climat et s’y sont adaptées. Par opposition on entend par acclimatation l’état de l’organisme, non encore parvenu à l’état d’adaptation au climat, c’està-dire toute la phase d’activité physiologique que représente la période de lutte.

Quand on parle d’acclimatement, il ne saurait donc s’agir ni de mithridatisme, ni de vaccination, ni d’immunité naturelle à l’égard des maladies régionales, plus spécialement ici à l’égard des maladies endémiques. Un Européen, en effet, peut être naturellement réfractaire au paludisme, à la fièvre jaune, à telle ou telle maladie infectieuse, et cependant il peut être en même temps totalement incapable de s’acclimater aux tropiques.

(i) Dutroulau. Loc. cil., p. 42g.

DU CLIMAT DES T K O El QU ES EN GÉNÉRAL

Ainsique le disait Le Roy de Méricourt, dès 1864, « il ne faudrait pas, en raison de l’immunité relative des créoles et des Européens dits acclimatés, confondre, sous l’expression d’acclimatement deux idées parfaitement distinctes : l’assuétude au climat et l’immunité acquise contre une maladie par une première atteinte de cette maladie ou un privilège de race » (1).

Le non-acclimatement ou, si l’on préfère, une acclimatation laborieuse et indéfinie, aboutit fatalement à un état organique mauvais, pathologique même, mais qui n’est pas nécessairement l’atteinte d’une des fièvres infectieuses qui forment le cadre des pyrexies endémiques des pays chauds.

Ce n’est nia la fièvre paludéenne, malgré son extrême fréquence et sa redoutable gravité aux pays chauds, ni à la fièvre jaune, ni aux bilieuses, ni au choléra, ni à aucune des affections aiguës locales ou générales de nature infectieuse que le plus grand nombre des Européens paient leur tribut sous les tropiques; c’est à l’anémie tropicale, à cet ensemble organique caractérisé par la pâleur des téguments, par des digestions difficiles, des vertiges d’origine stomacale ou intestinale, des palpitations, de l’essoufflement, de l’amnésie partielle, tout un état qui ne saurait recevoir une dénomination précise ni emprunter à la lésion particulière d’un organe une qualification nosographique. Les anémiques sont le nombre; les malades par maladies infectieuses ou par lésions d’organe sont la fraction.

Si l’on veut se rendre un compte exact de l’action des climats intertropicaux, ce n’est pas seulement en considérant la statistique des hôpitaux, mais encore la statistique générale des rapatriés. Combien qui, n’ayant jamais figuré sur un registre des entrées à l’hôpital, présentent cependant le cachet colonial à la fin d’une période de séjour !

(1) Le Roy de Méricourt. Arch. de med. navale , t. I, 1864, p. 448.

LE CLIMAT INTERTROPICAL

Dans son rapport de campagne au Soudan, en 1891, M. le Dr Collomb, médecin principal des colonies, écrivait ceci : « L’anémie pernicieuse est une affection essentielle propre au Soudan. Elle présente de grands rapports avec l’anémie du Gabon, et peut se développer comme cette dernière, sans être la conséquence d’aucune autre maladie, sans que le malade ait présenté des accès de fièvre paludéenne ou les symptômes de toute autre affection endémique... » EtM. le D1 Dupin, alors médecin de 20 classe de la marine à Bakel, aujourd’hui médecin à Nantes, ajoutait: « Une chose m’a particulièrement frappé à mon arrivée à Bakel, c’est le degré d’anémie rapide où en sont arrivés des soldats rendus à Bakel depuis quinze jours environ et venant directement de France : ils sont amaigris, ont le faciès pâle, les muqueuses décolorées. On constate chez eux la perte de l’appétit, parfois de la constipation, plus souvent de la diarrhée, et, comme conséquence, de la dépression de l’intelligenee, un sentiment d’anéantissement plus ou moins complet (1). »

En quelque colonie tropicale que l’on observe, on constate chez les Européens arrivés depuis un certain temps, à des degrés, il est vrai, différents et heureusement pas toujours aussi tranchés que dans le tableau reproduit ci-dessus, les traits accusateurs de l’action climatique.

D’une manière générale, ils existent plus nettement dessinés chez les soldats, plus atténués chez les fonctionnaires civils, à peine sensibles chez les colons, à durée égale de séjour. Certaines circonstances particulières aux individus, peuvent d’ailleurs, en dehors des conditions communes à la catégorie à laquelle ils appartiennent, constituer des exceptions dans un sens ou dans l’autre. Ces différences tiennent d’une part à la résistance organique de l’homme, d’autre part à l’hygiène qu’il pratique personnellement.

(1) Archives du Conseil de santé , 1891.

DU CLIMAT DES TROPIQUES EN GÉNÉRAL

En laissant donc de côté, pour le moment, les contingences morbides auxquelles l’Européen est exposé sous les tropiques, du fait des maladies endémiques ou épidémiques de nature infectieuse, il convient de rechercher quelles sont, dans le climat des pays chauds, les causes qui influent sur l’organisme de l’Européen, troublent l’harmonie de ses fonctions normales, diminuent sa résistance et résument en elles les conditions de l’acclimatation.

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