‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 48 sur 73 · HABITA T ION · texte numérisé non relu

HABITA T ION

de sauve l'intérêt

garder l’intérêt pécuniaire du propriétaire et de l'association urbaine qui allait se fonder et

se développer progressivement.

N’avait-on pas, pour se déterminer à une action publique dans ce sens, le spectacle de vieilles cités colo'nialcs du xvnc. siècle, insalubres au premier chef par le vice de leur agglomération, autant que par l’insuffisance des édifices privés? Quand on savait à quelles dépenses l’hygiène publique était condamnée à Piiode-Janeiro, et dans la plupart des villes de l’Amérique intertropicale et des Antilles, pour assainir l’atmosphère et le sol de leurs rues, de leurs maisons, de leurs cours, n’était-il pas logique d’aller dès à présent au-devant de ces difficultés de l’avenir ? Dépenser tout de suite, en hygiène publique, suivant un plan méthodiquement ordonné, c’est économiser doublement, en vies humaines et en argent. A supposer, ainsi qu’on l’affirme parfois, trop légèrement, je veux le croire, qu’il n’y a que ce dernier point qui touche les administrations, l’intérêt financier leur commandait de prévoir et d’ordonner.

11 est certain, — et maintes fois je l’ai entendu dire par des résidants, — que c’eut été un devoir pour les gouvernements européens d’obliger leurs nationaux construisant en pays tropical à observer rigoureusement des règles d’hygiène au lieu de les laisser bâtir selon leurs caprices ou leurs intérêts des logements appelés par leurs dispositions à être non seulement nuisibles à leurs occupants, mais encore dangereux pour la communauté. Mais ce qui est fait est fait. On ne peut plus songer pour ce qui existe qu’à des améliorations graduelles ; le temps et aussi le progrès général des sciences, une plus saine appréciation des intérêts véritables de la colonisation européenne en pays chaud aideront au développement de l’hygiène.

Dans un demi-siècle d’ici, la plupart des villes insalubres du golfe du Mexique, de l’Amérique du Sud, de

l’Afrique tropicale, auront été peu à peu remaniées. Le percement de quartiers largement ventilés, la réfection du plus grand nombre de maisons basses, sales, mal aérées, souvent entourées cl e mares où cran pissent les immondices, auront transformé comme on l’a fait depuis trente ans à Vera-Cruz, plus d’une localité pestilentielle en cité véritablement hygiénique.

Le but à poursuivre et qui est tout tracé, c’est d’éteindre les foyers d’épidémies infectieuses aux pays chauds. Il y a évidemment beaucoup à faire, et la tâche dépasse la mesure de plusieurs générations si l’on considère les travaux à entreprendre pour endiguer les fleuves, drainer les plaines submergés aux hautes eaux, colmater les alluvions, assainir les marécages. Mais la première partie du programme de colonisation c’est évidemment l’établissement des colons ; c’est la maison d’habitation, les locaux d’exploitation agricole ou commerciale. C’est là le premier effort à accomplir, et c’est celui du présent. Il convient donc que l’administration publique et l’initiative privée soient l’une et l’autre instruites des conditions requises pour assurer la salubrité des habitations destinées aux Européens dans les pays chauds. Sous ce rapport, plusieurs choses sont à considérer successivement.

i° Choix de remplacement. — Il est vrai qu'on n’en est pas toujours le maître. Au début d’une occupation militaire, des raisons stratégiques ont pu déterminer cet emplacement comme, par exemple, à Rayes, au Soudan ; comme à Saint-Louis du Sénégal et comme, du reste, dans la plupart des colonies africaines.

D’autres raisons, celle, par exemple, de l’existence antérieure d’un centre indigène qui commandait politiquement et commercialement à toute une région, ont pu motiver l’établissement européen dans la même localité. Quoi qu’il en soit, le choix a souvent été malheureux et l’on s’est trouvé, par la suite, ou trop à l’étroit, comme à Saint-Louis du Sénégal, ce qui cons-

litue une cause cl insalubrité par accroissement de la densité de population, ou exposé a des causes infectieuses dépendant de la situation et de la natuie du sol, ce qu’on n’avait pas prévu d abord, comme a Kayes et Bafoulalé et quantité d autres postes soudanais (i).

La première règle a observer, pour 1 assiette d un établissement européen en zone tropicale, c est de rechercher un plateau convenablement drainé, bien sec, suffisamment ventilé. Au voisinage de la mer, les localités ne manquent pas. Ce sont incontestablement les meilleures, puisqu’elles reçoivent directement l’influence de l’atmosphère marine, absolument pure de tout germe. 11 en est, cependant, tout le long du littoral africain, même en y comprenant Dakar pourtant si admirablement situé, qui subissent l’influence nuisible des lagunes côtières et des marécages qui y aboutissent. Quand les vents viennent de la mer, ils traversent ces lagunes, se chargent d émanations miasmatiques et apportent la fièvre dans les localités situées au delà, comme, par exemple, à Porto-Novo du Dahomey et Lagos. Il n’est pas meme jusqu’à Libreville, au Gabon, qui, bien que placée rationnellement, liait à subir certains vents de la partie Sud à Ouest qui lui

apportent l’air malsain de la rive opposée de l’estuaire.

Qu’il s’agisse donc de région intérieure ou de région littorale, la règle est la même ; rechercher un plateau convenablement drainé, bien sec, suffisamment ventilé, et situé toujours au vent des marais, s’il en existe. Dans ce dernier cas, par mesure de prudence, ou bien conserver un rideau de bois prélevé sur la brousse préexistante, ou en disposer un par plantation systématique, de manière à protéger encore plus 1 habitation ou le

(i) L'abandon de Grand-Bassani, à la côte d’ivoire, que les journaux annoncent comme décidé (mai 1899) est une preuve nouvelle de cette imprévoyance. El ce n’est pas fini. t*. 1 .

t'iS RÈGLES D’HYGIÈNE DRIVÉE ET PUBLIQUE

groupe d’habi talions futures contre les vents malsains. Il est utile de se rappeler que le vent malarial diminue d’activité plus rapidement en hauteur qu’en distance horizontale. Les germes sont lourds, si impalpables et invisibles qu’ils soient. Leur densité, évidemment variable pour chaque espèce, les porte à retomber aussitôt que la vitesse du vent le permet. En direction rectiligne, et si le vent est fort eL soutenu, leur transport peutse faire à des distances considérables, traverser des mers, s’abattre sur des continents éloignés; c’est ainsi que l’introduction de la fièvre intermittente dans file Bourbon, o Ci elle était pour ainsi dire inconnue, il y a une quarantaine d’années, a été imputée à des vents d’est venant de Maurice où elle règne endémiquement. Ce qui du moins est constant, c’est que les vents passant sur des marais déterminent des fièvres dans des localités mêmes distantes de plus de 20 à 3o kilomètres, ainsi qu’on l’observe à Dakar, Rufisque, Carabane, Sierra-Leone, Liberia, Grand- Bassam, Porto-Novo, Lagos, Kabinda, Saint-Philippe-de- Benguela, Mossamèdes, San-Paul-de-Loanda, et généralement dans la plupart des localités africaines.

Il est acquis, au contraire, que l’altitude, même modérée, met à l’abri de l’influence maremmatique. Sans parler de l’abaissement de température qui en est la conséquence physique, et grâce auquel certains marais peuvent cesser d’être actifs en Europe, le seul fait de l’élévation d’une région constitue un obstacle réel du transport des germes paludéens. Ce phénomène, sensible dans les régions tempérées, l’est peut-être encore plus dans les contrées tropicales, en raison surtout de l’activité ordinairement plus grande, plus intense, des foyers fiévreux.

D’après Léon Colin, une altitude de 5oo mètres au moins est nécessaire pour protéger en Italie. Les médecins anglais estiment qu’aux Indes le paludisme de la plaine ne rayonne pas jusqu’aux hauteurs de 7 à

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