‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 51 sur 73 · HABITA TI O N · texte numérisé non relu

HABITA TI O N

les contingents indigènes qu’on y mit pour l’utiliser eurent beaucoup à souffrir de ce dispositif.

La règle, c’est que l’habitation doit présenter, autant (pie sa forme le permet, scs façades principales au Nord et au Sud. Nous verrons d’ailleurs, en parlant de la construction, qu’elle doit être pourvue de vérandahs tout autour, et protégée encore au besoin par des arbres à distance très rapprochée. Sans aucun doute la direction des vents est appelée à jouer son rôle. Mais comme aux pays chauds cette direction varie d’une saison à l’autre, c’est suivant la constante météorologique, suivant le soleil par conséquent, qu’il convient de se décider. Une objection pourtant se pose. Dans les villes l’orientation n’est pas libre, puisque les rues la commandent. C’est ici le cas de faire remarquer combien il est regrettable qu’aux pays chauds on soit tombé clans l’imitation de nos villes d’Europe. Et l’hygiène publique, la salubrité de nos établissements exigeraient qu’on renonçât à l’ordre en ligne pour adopter l’ordre dispersé. Chaque maison entourée de jardin serait l'idéal . Là encore l’autorité administrative a tout pouvoir pour le réaliser.

4° Construction. Matériaux. — L’objectif à atteindre c’est d’avoir une maison solide, spacieuse, aérée, sèche, capable de réaliser à l’intérieur les conditions d’une atmosphère pure et cl’une température agréable. C’est une difficulté réelle ; ce n’est pas une impossibilité : c’est une question d’argent, On construit beaucoup en bois dans les nouvelles colonies : affaire d’économie, de rapidité, et de commodité locale, le bois.se trouvant presque toujours sur place ou à proximité.

Depuis la vulgaire paillotte montée en bambou, recouverte de paille de maïs ou de feuilles de palmier, véritable nid à rats et à serpents, qui faisait fortune en Cochinchine il y a quelque trente-cinq ans, jusqu’à l’élégante baraque démontable qu’on transporte toute faite d’Europe en Afrique, tous les types se rencon-

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Irenl dans les établissements coloniaux de l’époque actuelle. Quelque soin, quelque progrès de confort et môme d’art architectural que l'industrie moderne ail apportés à la confection de ces maisons coloniales, aucune ne répond aux exigences de l’hygiène. Toutes doivent être condamnées au môme litre. La matière première, le bois, n’est pas de longue conservation aux pays chauds. Les alternatives de chaleur humide et de sécheresse brûlante dilatent les joints, provoquent des fissures dans les montants et dans la charpente, altèrent rapidement la solidité de l’ensemble. Les violentes bourrasques des typhons en Asie, tics tornades en Afrique, des cyclones en Amérique, — phénomènes du même ordre, — ébranlent, enlèvent les toits, disloquent et assez souvent abattent ces masures, au grand péril de leurs habitants. En 1891, à Fort-de-France, plusieurs immeubles, dont un pavillon de l’hôpital militaire furent renversés la nuit dans un cyclone; il y eut des morts et des blessés. Et au Tonkin, il ne se passe pas d’année où le vent n’emporte quelques cases. Non seulement le vent, mais encore le feu, tels sont les dangers ingérents à la construction en bois dans la zone tropicale. Le feu a dévoré la Pointe-à-Pitre, Fort-de- France, et les incendies sont fréquents en Amérique. Eu outre, le bois est envahi par un grand nombre de parasites, les uns dangereux pour l’édifice qu'ils détruisent silencieusement et réduisent peu à peu à l’état de carcasse vermoulue n’ayant plus que les apparences extérieures et trompeuses de la solidité ; les autres, vivant habituellement dans la maison même et non plus dans l’intérieur du bois, hôtes incommodes ou dangereux pour l’homme.

Ce sont d’abord les termites qui montent directement du sol dans l’axe des poteaux de la charpente, creusent dans le bois des galeries intérieures, qu’ils poussent d’une pièce à l’autre à travers les joints, sans se laisser autrement soupçonner que par le bruit nocturne, exlrè-

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mement faible et cependant distinct pour une oreille attentive et exercée, que leurs pinces-mâchoires produisent en attaquant les fibres celluleuses. Il n est pas rare de voir des cases en bois minées en moins d une année. En percutant le bois de la charpente, on constate que les pièces de membrures, quoiqifen apparence intactes, sonnent creux. Si Ton donne un coup un peu fort ou un trait de scie dans le bois, celui-ci se laisse pénétrer sans résistance et l’on trouve l'intérieur réduit à une sorte de tissu aréolaire, rempli d’une poudre très fine. La maison tient encore debout, mais à chaque ouragan elle peut être emportée comme un fétu de paille. D’autres insectes xylophages concourent à ce résultat. Mais le bois n’a pas que ces inconvénients; non seulement il n’offre pas les garanties d’une solidité durable, quelque habileté qui ait été apportée à son emploi, mais encore il constitue une cause d’insalubrité intérieure due au développement d’un parasitisme varié et actif.

Les planchers, d’abord, pour peu que l’espace audessous ne soit pas incessamment ventilé, recouvrent très rapidement aux pays chauds toute une flore de moisissures. Des champignons de diverses espèces se développent dans l’espace clos, envahissent, par leur mycélium, meme les bois à essence comme le pitchpin, et peuvent de proche en proche arriver à l’air libre des chambres où ils ne tardent pas à répandre leurs spores (merulius lacrymans, poleck, ungefug).

Puis, c’est l’ensemble des parties qui prend de l’humidité, donne accès à d’innombrables mucédinées, aux germes de toute nature aspirés du sol ou apportés par l’air. Une case en bois, toute neuve, riante sous son aspect de cottage, avec sa large vérandah, ses plantes grimpantes le long des galeries, sa menuiserie des portes, fenêtres et cloisons, bien dessinée, ornée de moulures agréables, ombragée, comme en une oasis, de caïls-cédras ou d’acacias aux grappes multicolores

et odorantes, tout cela séduit dès l’abord et paraît devoir conserver le môme charme de longues années. Mais après quatre ou cinq hivernages, le bois a travaillé, a perdu de son luisant; il est devenu de couleur terne, poussiéreuse; l’extérieur des parois est dépoli, un peu ramolli déjà par places. Si l’on examine de plus près on découvre en maint endroit des plaques de moisissures. Déjà la lèpre tropicale s’y attaque, et dès lors commence la ruine. Pendant ce temps, si quelque épidémie passe sur la région, les habitants de pareils intérieurs y sont pour ainsi dire des victimes de choix. N’oublions pas que Sanarelli a émis récemment cette théorie très admissible que les moisissures des lieux humides, navires en bois, cases obscures, vieilles maisons, prépareraient les voies à la fièvre jaune dont le microbe n’agirait qu’après l’absorption des spores ambiants des mucédinés les plus vulgaires. Et de fait, c’est ce qu’on observe toujours dans les pays amariles.

Ces inconvénients du bois n’étaient pas sans avoir depuis longtemps frappé les résidants coloniaux. Aussi a-t-on substitué le fer à cette substance partout où on a pu. Les fermes métalliques offrent l’avantage appréciable d’être facilement démontables et en même temps d’être souples, tout en étant douées d’une solidité absolue. En pays de tremblement de terre, c’est la construction de choix. Combinée avec le bois pour l’établissement des cloisons et des planchers, assurément la ferme de fer est d’une grande commodité et d’une réelle économie, puisqu’elle assure la solidité de la construction. Mais à simple ou double muraille de bois, la maison ainsi entendue n’en comporte pas moins les inconvénients qui résultent de réchauffement par le soleil et de l’hygroscopicité des parois pendant l’hivernage. En tant, cependant, qu’il s’agit de bâtiments de durée temporaire, j’estime que la maison en fer et bois, montée sur son sous-sol drainé et ventilé, et comportant un matelas d’air en circulation entre les doubles

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