‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 54 sur 73 · A MEUBLE MENT · texte numérisé non relu

A MEUBLE MENT

l’autre, et d’établir une ventilation uniforme dans tout l’appartement.

Ameublement. — L’hygiène doit proscrire le meuble européen. Ni tapis, ni fauteuils rembourrés et tapissés. Ce sont autant de nids à mites, sans compter les autres parasites, punaises, vers, etc. Mais des nattes comme on en trouve partout, souvent d’ailleurs très artistiques, originales de dessin, d’une fabrication solide ; des chaises et fauteuils cannés, des chaises longues en bambou et rotin, des berceuses ou rocking-chair. Je passe sur le reste du mobilier de jour, le laissant, sous les réserves ci-dessus, au goût ou aux moyens financiers de chacun. Le lit demande, au contraire, une mention spéciale. J’ai couché, il y a près de vingtquatre ans, à Chandernagor, dans un lit delà maison du Gouvernement auquel 011 donnait le nom — peut-être usurpé, — de lit de Dupleix. Que ce lit fût ou non de l’héritage du grand Français qui conquit les Indes, je me rappelle que ce qui me frappa le plus, ce furent ses dimensions. Je faisais, vers le môme temps, un longvoyage à travers les Indes, et l’année précédente j’avais séjourné plusieurs mois en Cochinchine. Je ne me souviens pas d’avoir vu nulle part un lit aussi confortable, aussi bien entendu pour le repos si nécessaire durant les nuits tropicales. Il mesurait près de i,n,6o de large.

Depuis, et assez récemment, en 1892, j’eus l’occasion de constater que l’idée d’un lit large, au delà des mesures usitées en Europe, avait été réalisée dans des conditions encore plus accentuées par un habitant d’une de nos colonies d’Afrique. Celui-ci était fixé dans la colonie depuis une quinzaine d’années. Peu à peu il avait été amené à modifier complètement sa literie, et il avait renoncé môme aux modèles les plus larges en usage en Europe. Son lit mesurait plus de 2 mètres. Et je me suis convaincu que le vrai confor-

table, aux pays chauds, qui est ici de l'hygiène au premier chef, consiste à avoir, dans une chambre à coucher largement cubée et parfaitement aérée, un lit offrant les dimensions indiquées. Il suffit, en effet, de considérer combien vite un lit s'échauffe en été, dans nos climats, pour comprendre l’intolérable chaleur qu’il acquiert et conserve dans les pays chauds, surtout pendant l’hivernage. Avec un lit de 2 mètres, on dispose toujours d’une partie de gauche ou de droite demeurée fraîche, et les changements de position y procurent une sensation de véritable bienêtre. Aussi y esL-on moins victime de l’insomnie que dans un de nos lits d’Europe importés aux pays chauds.

Il va de soi que le lit ne doit, en aucun cas, être en bois. Lit de cuivre, tel est l’idéal. Tous les avantages s’y trouvent réunis : aération, propreté, inoxydabilité du métal, élégance même, cadrant avec le mobilier canné de la chambre.

Aux pays chauds il est une règle indispensable à observer, même si les chambres à coucher se trouvent à l’étage d’une maison ayant rez-de-chaussée. Les pieds du lit doivent reposer, non immédiatement sur le plancher, mais dans des godets remplis d’eau. Cette précaution a pour objet d’empêcher les fourmis, et même, dans certaines localités, les scorpions de monter le long du lit. Il est vrai que si ce dernier était en cuivre poli, le danger 11’existerait pas ou serait, du moins, singulièrement diminué. Néanmoins l’usage des godets isolants, si répandu aux Antilles et dans l’Amérique centrale et méridionale, donne une sécurité de plus. Et elle n’est pas à dédaigner. La moustiquaire est enfin le complément du lit. L’usage en est aujourd’hui à peu près général. Chacun connaît ce système de défense contre les moustiques. Il pourrait paraître inutile d’insister sur son emploi si les idées d’un certain nombre de médecins, notamment de Manson, de Ch. Finlay, et

HYGIÈNE DOMESTIQUE i/\5

tout récemment de R. Koch et Marchoux(i) n’inclinaient à rendre le moustique suspect au point de vue de la propagation des maladies infectieuses. Convaincu depuis longtemps qu’on ne peut pas être impunément piqué par des moustiques qui ont pu auparavant s’être posés sur des malades ou sur des organismes infectés, je considère l’usage de la moustiquaire comme impérieusement nécessaire en zone tropicale.

Servitudes , dépendances. — Dans des régions où le prix du terrain, exception faite des centres déjà anciens, n’entre pour ainsi dire pas en ligne de compte, il serait absurde de concentrer dans la maison les divers services, cuisine, cellier, magasin, water-closets. Tout cela doit être relégué au jardin ou au fond d’une cour assez vaste pour qu’il n’y ait pas de voisinage trop immédiat. Groupés ensemble dans un même corps de bâtiment, on y accède par une galerie couverte dont le plancher est de niveau avec le sol de l’étage. La communication s’établit par la vérandah dont il reste à parler. Sans vérandah, pas de maison possible aux pays chauds. C’est l’annexe obligée, l’extension circulaire de 1 habitation. Continuant, par sa couverture inclinée, la pente de la toiture, supportée par des arcatures en fer, suffisamment oblique et large pour arrêter les rayons du soleil entre 4 heures et 9 heures, cette galerie sert de promenoir, de fumoir, de lieu de réunion. Mais surtout elle protège les pièces de la maison contre réchauffement latéral, et ajoute par conséquent aux conditions de fraîcheur déjà réalisées en partie par les détails de la construction.

Hygiène domestique et hygiène des agglomérations ; évacuation des déchets. — Aux pays chauds, avec plus

(1) Rapport sur la malaria dans l’Est africain allemand. Arbeiten aus Kaiserl Gesundheitamte. Berlin, 1898.

Marchoux, Arcli. de mécl. coloniale, 1“'' trimestre 1899, p. 22.

Hygiène coloniale.

n k a l e s u ’ n y a / k n e p h i v k e e t p u n u que

de rapidité encore que dans nos contrées, tout et; qui provient de la maison à Litre de matière usée doit pouvoir être enlevé de suite. Les fermentations sont, en effet, d’une extrême rapidité, et il importe de purger l'habitation de tout ce qui peut contribuer à en vicier l’atmosphère. C’est là, je dois le dire en toute sincérité, un problème difficile à résoudre, non pas pour l'habitation à la campagne, isolée, ayant autour d’elle de vastes étendues, mais pour la ville, pour le bourg européen, auquel confine le plus souvent un village indigène. Pour l’habitation agricole, rien de plus simple que d’avoir des récipients mobiles, recevant à la fois les eaux ménagères, les résidus de cuisine et les autres matières. Ces récipients peuvent être portés à 4 ou 5oo mètres de l’habitation, et vidés en quelque dépotoir par des indigènes dressés à ce métier. Mélangés avec de la terre, des résidus de fourrage, des brisures de paille de maïs, de riz, d’arachides, suivant la région, on en tirera un engrais rapidement à point pour la fumure des terres. Dans la haute Égypte, au Bengale, au Soudan même, les indigènes n’ont pas attendu les Européens pour fumer leurs champs de sorgho et de maïs. Depuis longtemps cette pratique est en usage dans beaucoup de localités africaines. Donc pas de difficultés de ce côté.

Mais du côté des villes d’existence déjà un peu ancienne, ce n’est pas aussi simple. On ne peut songer à tolérer, ne fut-ce que peu d’heures, dans la matinée, des dépôts d’immondice sur la chaussée des rues. Déjà, pour être avoisinées de villages noirs où les habitants, qui ne connaissent ni fosses d’aisances ni dépotoir communal, laissent leurs ruelles tomber dans un état de malpropreté inouïe, certaines localités d’Afrique souffrent terriblement dans leur salubrité municipale. A Saint-Louis, et encore mieux à Dakar, dans toutes les villes des colonies europénnes du golfe du Bénin et du Congo, c’est la même déplorable situation. A Dakar.

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