‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 55 sur 73 · HYGIENE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

HYGIENE DOMESTIQUE

depuis quinze ans que la ville se développe, le danger de 1 agglomération noire qui la touche devient d’année en année plus grave. Dans le ravin qui sépare la ville européenne de la ville nègre j’ai constaté en 1892 sur plus de 0,60 centimètres d’épaisseur et sur près de 600 mètres de long un amoncellement de matières, de vieilles loques, de charognes en putréfaction, rats, chats, sur lesquels couraient en tous sens, à travers les broussailles émergeant de cette pourriture, des milliers de guêles-tapées, sortes de gros lézards très friands d’ordures et d’objets en décomposition. A noter que ces animaux pénètrent dans les demeures, se mêlent assez activement à la vie grouillante des villages nègres et s’aventurent encore assez fréquemment, males, femelles et petits, dans l’intérieur des habitations européennes. On en trouve dans les sous-sols, dans les réduits obscurs, caves et celliers, nichée hideuse et suspecte parlai ement susceptible de diffuser les germes puisés au cloaque d oit iis sortent.

Le chef d’escadron, sous-directeur d’artillerie à Dakar à l’époque où je procédais (mars 1892) à une inspection générale de la colonie, écrivait excellemment : « Toute ville ou toute agglomération importante doit être pourvue d’un appareil circulatoire complet. Dès l’instant qu’elle s’alimente, elle doit pourvoir à l'écoulement des détritus organiques et des déchets de toute sorte provenant de la vie. Or, à Dakar l’évacuation des déchets est mal assurée. Elle l’est à peu près pour les casernes, d’une façon très imparfaite pour l'hôpital militaire. Elle existe à peine pour tout l’élément européen et pas du tout pour l’élément indigène. »

Grâce à leur proximité de la falaise la vidange des latrines des casernes d’infanterie et d’artillerie se fait naturellement par l’écoulement à la mer. Cet écoulement, pour être mieux assuré, exigerait une chute d’eau douce ou de mer.

A l’hôpital militaire et au quartier de cavalerie les tinettes mobiles sont censées être vidées à la mer. Ce service étant fait par des indigènes n’est assuré qu’imparfaitement.

L’élément européen a des latrines à lineLtes mobiles. Ces tinettes sont enlevées par les soins mêmes du propriétaire qui les fait vider. Un certain nombre sont portées à la mer près du jardin public dans une petite anse où séjourne pendanL toute la saison fraîche du goémon apporté par les courants océaniques et contenant des animalcules et des poissons en putréfaction. Le mélange de ces détritus de toute sorte provoque une odeur intolérable qui se fait particulièrement sentir à partir et à l’ouest du quartier d’artillerie. Mais la majeure partie des matières fécales est simplement déversée dans les terrains vagues non enclos de la pointe de Dakar.

A plusieurs reprises les comités d’hygiène ont insisté sur l’urgence qu’il y a à organiser un service de vidange régulier, et à créer un réseau d’égouts destiné à emporter à la mer les eaux superficielles afin d’éviter leur stagnation et la décomposition au soleil des déchets organiques végétaux et animaux qu’elles contiennent. Entrant dans cette voie, la municipalité de Dakar a commencé dans ces dernières années à établir quelques égouts. Mais il s’en faut que l’ensemble des travaux accomplis réponde aux nécessités de l’hygiène publique. Et actuellement encore il existe un nombre considérable de quartiers et de terrains vagues où les pluies de l’hivernage accumulent dans les mares des résidus de toute sorte qui y croupissent et s’y putréfient. Sans compter que dans le village nègre qui fusionne maintenant avec la partie ouest de la ville, les indigènes continuent à ignorer les fosses d’aisance et pratiquent, publiquement devant leurs cases, le ong des terrains vagues, sous l’œil fermé de la police qui laisse faire. »

C’est là, il faut bien le dire, la situation générale de

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