‹ Principes d'hygiène colonialeChapitre 56 sur 73 · HYGIÈNE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DOMESTIQUE

nos colonies africaines. Et c’est un danger absolu. Il est incontestable que les maladies infectieuses trouvent dans cet état de choses des circonstances éminemment favorables pour leur propagation. Les lièvres de nature typhique qui chaque année se montrent après les pluies sur la plupart des points occupés du Sénégal et du Soudan prennent pour la plupart leur source dans la souillure du sol.

La mauvaise hygiène publique vient aggraver l’insuffisance trop fréquente de l’hygiène individuelle. Dans de telles conditions, il est difficile de faire des progrès en colonisation. Ne pas comprendre qu’en des climats où la genèse des éléments morbides a une activité redoutable pour l’Européen, l’hygiène publique doit être un moyen de gouvernement et un instrument de progrès économique, c’est une évidente infériorité d esprit, qui explique la lenteur autant que la médiocrité du développement de nos établissements coloniaux. Si l’on compare les colonies anglaises aux nôtres, — je parle des tropicales, bien entendu, — comment n’ètre pas frappé de l’avantage qu’ont les premières ? La part dévolue par l’administration anglaise aux travaux d’hygiène publique dans les dépenses de colonisation, montre assez quelle importance elle attache à remédier aux vices naturels du climat et des localités. Egouts, amenées d’eau potable, enlèvement des immondices, propreté de la voirie, qu’on aille aux Indes ou à la Jamaïque, c’est toujours le même souci de la santé publique et la même énergie pour la sauvegarder. Mais aussi l’hygiène est aux colonies anglaises un véritable service d’administration ; tandis que dans les nôtres elle est encore tout entière à organiser. Et c’est chose curieuse de voir que c’est précisément en terre française, où les idées d’assistance publique se rattachent si étroitement aux aspirations de la démocratie, que la pratique laisse le plus à désirer. C’est malheureusement que l’esprit de l’administration coloniale est tout entier

i 5o REGLES D' HYGIÈNE PRIVÉE ET PUBLIOUE

absorbé par des tendances politiques. Les attributions des personnes et des services y sont rarement fondées sur la nature véritable du but à atteindre. Assurer matériellement l'hygiène des établissements coloniaux, assainir les localités, les rendre habitables, les mener par là vers la prospérité économique que seides peuvent donner la sécurité de la vie et la certitude du lendemain, qui donc a la charge de ces intérêts ? où et entre quelles mains leur administration ? On se trompe en croyant qu’il sullil d’assurer tant bien que mal et souvent plutôt mal que bien le service des hôpitaux. Les soldats, fonctionnaires et colons ne vont pas aux colonies seulement pour avoir l’occasion de constater une fois de plus le dévouement des médecins. Il vaut mieux prévenir les maladies que d’être obligé de les soigner. Le véritable besoin, c’est une administration instruite, au courant des progrès de l’hygiène publique, en possession des organes nécessaires. M. Delcassé, ministre des colonies, s’était rendu compte de ce besoin. Reprenant l’idée que M. Boulanger avait conçue en organisant le ministère des colonies, il avait voulu, par le décret du io mai 1894, créer un bureau d’hygiène avec attributions spéciales. Mais celui-ci ne put être entièrement organisé, faute de crédits; et les movens demandés en 1896 furent non seulement refusés, mais des mesures furent même adoptées pour supprimer ce qui existait. Le vent n’était plus à l’hygiène coloniale au ministère des colonies.

C’est maintenant à l’opinion publique à se prononcer. Veut-on tirer parti de nos possessions ? Veut-on faire qu’elles ne soient plus un épouvantail pour nos nationaux ? Que les capitaux dont on prêche tant l’exode se portent vers nos colonies ? Il faut alors leur faire une légitime réputation de salubrité. L’hygiène doit être organisée scientifiquement ; elle doit agir et se faire éducatrice aussi bien à l’égard des Européens que des indigènes. Salubrité des villes, des postes militaires,

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construction clés locaux d’habitation, établissement des égouts, police de la voirie, amenée d’eaux potables, mesures contre les épidémies, rien, dans l’interet public, ne peut être fait sans sa participation active. Mais, rien, non plus, ne serait fait, si elle réagissait pas, si elle ne prenait pas le plus souvent l’initiative nécessaire. Dans l’état de choses actuel, avec les idées administratives en cours, il est impossible qu’un mouvement sérieux de colonisation s'organise et aboutisse. Il n’ v aura qu’une série de tentatives individuelles, qu un élan temporaire et trompeur de velléités, qu’une apparence de progrès. A voir ce que nous avons fait au Sénégal depuis le temps que nous y sommes, on peut prédire qu’il faudra plusieurs siècles pour tirer quelque parti du reste de nos possessions africaines. Car ce n est pas seulement la fortune de quelques rares maisons de commerce ni l’équilibre budgétaire d une colonie par les recettes douanières qu’il faut envisager comme le but suprême de notre prise de possession. Ce qui doit être le programme de notre politique coloniale, c’est évidemment le développement général de nos moyens de production et d’échange; mais c’est aussi l’introduction et l’implantation d’un nombre suffisant de Français, pour que, par eux et leurs descendants, même métis, nos idées nationales se répandent et triomphent enfin au sein de populations affranchies de la barbarie et rendues à de meilleures destinées.

Alun en talion. — Si la maison importe à l’hygiène les tropiques, je n’hésite pas a affirmer que 1 alimentation y est comme le fondement même de cette science. La nutrition étant la première des fonctions organiques, par une conséquence immédiate la nature des aliments acquiert une importance capitale. Je dis nature et non pas espèce, car c’est de l’hygiène qu’il s’agit, non d’une nomenclature. Il ne saurait, en effet, y avoir utilité à s’étendre sur les particularités qu’of-

frent telles ou toi les espèces végétales ou animales, et, à reproduire, dans un livre d’hygiène générale des pages entières empruntées aux traités de botanique ou de zoologie. Renseignements curieux, non dénués d’intérèt tant s’en faut, mais en somme n’ayant avec les principes constitutifs de l’hygiène que des rapports en quelque sorte secondaires. On pourrait en dire plus justement qu’ils constitueraient une notice, complète ou incomplète, des ressources bromatologiques des pays chauds. Leur place toute marquée dans une étude de géographie économique, dans un livre d’impressions de voyage, ne semble pas LouL à fait aussi indiquée dans cette étude, au moins avec le caractère énumératif de catalogue culinaire qu’ils comportent.

A un point de vue supérieur, il n’est pas du tout urgent de savoir que les mers équatoriales renferment des poissons vulnérants ni que le suc du mancenillier détermine sur la peau une inflammation vésiculeuse. Pas davantage la physiologie des fonctions digestives n’a-t-elle d’intérêt dans la question de savoir si la langue d’hippopotame ou le rognon de crocodile ou encore la trompe d’éléphant constituent des mets savoureux. Ce sont là des curiosités locales, avantages ou inconvénients, suivant le cas, où les Européens qui émigrent aux pays chauds ont mieux à faire que de s’exposer. Au surplus, les indigènes seront à cet égard meilleurs conseillers que les livres, et, à moins d’écrire pour quelque Robinson futur dépourvu de son fidèle Vendredi, je ne vois aucun avantage appréciable à donner ici la description authentique de tous les aliments d'origine végétale ou animale que fournissent ou peuvent fournir les pays chauds.

Tout autre chose est de bien connaître les règles qui doivent présider au choix comme à la préparation des aliments. Car suivant qu’elles seront déduites des nécessités de la fonction et appliquées avec discernement au régime alimentaire, elles contribueront puis-

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saniment à maintenir l énergie vitale clans un milieu cosmique où les éléments exercent une influence essentiellement déprimante à l’égard des forces physiologiques de rEuropécn.

Mais d'abord, rien de plus juste que de s’enquérir

des principes généraux auxquels obéissent les peuples indigènes en matière d’alimentation. Car l’acclimate-

ment, c’est l’indigénat obtenu par rapport au climat; et, puisque tel est le but que se propose l’Européen, la raison naturelle indique qu’il devra se procurer les moyens de l’atteindre en se rapprochant le plus possible des procédés héréditairement mis en œuvre par les autochtones. Et même cette raison naturelle, qui n’est pas autre chose que le simple bon sens, se trouve ici singulièrement renforcée par l’observation et la constatation des faits expérimentaux qui abondent de tous côtés. En effet, si nous considérons l’Afrique, par exemple, nous voyons les tribus qui ont peuplé originellement ce vaste continent pénétrées en plusieurs sens par des rameaux ethniques d’origine étrangère, qui, peu à peu, depuis une dizaine de siècles, se sont étendues, en éventail, des régions relativement tempérées de la côte méditerranéenne jusqu’à l’équateur et se sont intimement mêlées aux habitants primitifs. 11 y a beaucoup de sang arabe et maure parmi les nègres de l’Afrique sus-équatoriale, par conséquent beaucoup d’hérédité sémite, transparente encore malgré le métissage accompli durant des siècles.

Les Zanzibarites, les Peuls, les Toucouleurs, les marchands d’esclaves du haut Congo, dolichocéphales toujours, mais de conformation faciale, angle et coloration, bien plus atténuée que chez le nègre primitif, sont, entre beaucoup d’autres peuplades africaines, les descendants de migrateurs sémites purs. Comment en sont-ils arrivés à se confondre ainsi avec les nations autochtones de l’Afrique intertropicale ? Comment se sont-ils indigénisés si parfaitement ? Il y a eu évident-

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ment, en première ligne, ce que Bertillon a appelé le petit acclimatement. Des hordes, d’abord, poussées hors de leur frontière paraméditerranéenne, anciens Egyptiens refoulés par les invasions du Delta vers le haut Nil, berbères chassés par les Arabes et Touaregs, Sahariens du Nord, Arabes eux-mêmes venus à leur suite, entraînées par la mise en marche du monde musulman des premiers siècles après l’hégire, et qui se sont progressivement portées vers le Soudan, tantôt par le Nil, tantôt par le littoral de l’Est et de l’Ouest, tantôt enfin par les chemins de caravanes sahariennes. Ces migrations, lentement accomplies par étapes successives et séparées par des périodes d’occupation prolongée des pays parcourus, haut Nil, Soudan central, bassin du Niger, région supérieure des grands lacs, haut Congo,. Oubanghi, permirent aux envahisseurs devenus guerriers par besoin ou par goût, de se mélanger progressivement aux peuples conquis. Ce n’est que par de longues durées de siècles que s’est fait l’amalgame, et lorsque après Livingstone, Stanley, Brazza, Ballay, l’Europe pénétra en Afrique pour s'en emparer, ou put constater que le mouvement d’envahissement, de pénétration des descendants métis des premiers conquérants, n’était pas encore terminé. Les Pahouins, venus de l’Est, achevaient à peine, il y a vingt-cinq ans, de s’installer dans la rivière Como, au Gabon. Les Peuls, entre le haut Sénégal et le Niger, s’agitaient encore au temps de Faidherbe au milieu des peuples qu’ils avaient soumis; les Arabes du Congo faisaient encore dans tout le centre de l’Afrique leurs razzias d’esclaves.

Mais déjà, et depuis bien longtemps, toutes ces races, métissées à des degrés divers, plus ou moins confondues avec les nègres primitifs, étaient adaptées complètement au climat. Parties d’une souche sémite à l’origine, elles s’étaient comme fondues dans la niasse indigène, ne gardant de leurhérédité, outre certai ns indices anthro-

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pologiques évidents, que quelques traditions d une culture plus avancée, notions d’agriculture, art métallurgique, industries du cuir, etc., etc., et, au total, retombées à peu près dans la barbarie.

Sans doute, l'épreuve de temps a lavorisé 1 acclimatement, et aussi le mélange de sang. Mais si les premiers envahisseurs, quelle qu’en ait été la masse, avaient été séparés des peuples subjugués par des mœurs radicalement différentes, il n’estpasexcessif dedire qu’il n’en subsisterait plus de trace aujourd’hui. Ce n’était pas le cas. Égyptiens du Delta déjà préparés par un long séjour dans le haut Nil, Maures et Arabes entièrement adaptés au climat brûlant du désert, tous étaient, quoique sémites, merveilleusement préparés à leur exode vers l’Afrique centrale. Et c’est ici le lieu de remarquer que tous ces peuples étaient végétariens, qu’ils ne buvaient pas d alcool, que la sobriété pastorale ou guerrière était chez eux un don de la race. Rien donc, dans les habitudes alimentaires ne les séparait en réalité des innombrables peuplades nègres où peu à peu ils allaient pénétrer et se fondre.

C’est, je crois, une des plus importantes causes du succès de l’infiltration des sémites en Afrique. Mettons à leur place des Européens actuels, même les supposant préparés par un long séjour en Algérie ou en Égypte, et demandons-nous s'ils seraient en possession de la même vigueur d’expansion. Assurément non. Les faits répondent déjà autour de nous, dans l’Afrique intertropicale. Des maladies nouvelles, des endémies que les Zanzibarites , les Maures et les Arabes du Congo ne connaissaient que dans une faible mesure, déciment les Européens. La dysenterie, l’hépatite, les fièvres bilieuses sévissent sur eux. Et précisément, comme pour démontrer l’origine de ces fléaux, les quelques indigènes qui en éprouvent les atteintes sont observés dans les zones que nous occupons, parmi ceux que gagnent la contagion de nos habitudes et qui

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se relâchent cio la vie sobre el frugale à laquelle, jusqu'à notre arrivée, ils étaient héréditairement attachés. Mais c’est surtout le vin, et, pis encore, l’alcool, alangoii de traite ou trois-six baptisé eau-de-vie, qui les abrutit et ruine leurs forces physiques. Certainement les conditions de l’existence telle que nous la fait, à nous, Européens, la continuation sous les tropiques de nos habitudes d’Europe, sont extrêmement différentes de celles qui, seules, pourraient nous mener à un acclimatement.

On dispute encore sur les avantages du régime végétarien. Il a eu, il a toujours des défenseurs convaincus. Mais c’est, à proprement parler, plutôt un moyen thérapeutique, une diète spéciale et utile dans certaines maladies des voies digestives; ce peut être encore une doctrine philosophique, ce n’est pas, à coup sur, un dogme conforme par son principe à la nature de l’homme. Ce serait le cas de dire qu’il faudrait remonter au déluge pour retrouver les traces de l’homme végétarien, car dès la première époque paléoli thique, l’homme chellécn mangeait déjà la chair des animaux. En réalité, l’homme ne peut pas se passer absolument de chair; elle répond à un besoin de son organisme; il ne peut qu’en régler la consommation suivant les circonstances; est moclus in rebus. C’est justement ce que font les populations tropicales, guidées en cela par la sûreté de leurs instincts organiques.

Avant l’arrivée des Européens dans les îles de la Polynésie, l’alimentation des indigènes était principalement végétale. Ils se nourrissaient d’ignames, de bananes, de papayes, de patates douces, de fruit de l’arbre à pins. De temps en temps on sacrifiait un cochon, et encore sa chair était-elle réservée aux hommes et aux privilégiés de quelque caste. La mer, bien entendu, était largement mise à contribution.

En Amérique centrale et méridionale, le manioc, le maïs, les ignames, le cacao comme espèces végétales,

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le produit de la chasse et la pèche forment encore la base de l’alimentation des Indiens de l'intérieur.

En Malaisie, — Java, Sumatra, Bornéo, les Célèbes, — les habitants se nourrissaient et se nourrissent encore avant tout de riz, accessoirement de patates douces, de bananes, et de quantité d’autres fruits. La viande n’entre que pour une minime part dans leur alimentation; mais le poisson, extrêmement abondant sur les côtes, est consommé en grande quantité, sec ou frais. Mêmes usages en Cochinchine, au Siam, dans l’Inde.

En Afrique, un bétail abondant, sans compter le gibier, le poisson des côtes et des fleuves pourrait faire supposer une alimentation carnée plus riche; il n’en est rien. Les noirs font surtout usage du sorgho, gros millet répandu partout, et cultivé concurremment avec le maïs sur un grand nombre de points. En somme, les peuples indigènes des régions tropicales sont surtout, mais non exclusivement végétariens. De telles mœurs ne découlent pas, on peut le remarquer, d’une civilisation retardée. Car les grands législateurs orientaux, qui furent de véritables hygiénistes, ont pris soin, dès les temps les plus reculés, d’interdire par des préceptes religieux l’abus de la chair des animaux. C’est donc qu’ils avaient des motifs puissants de le faire, et ces motifs ne pouvaient provenir que de l’expérience. Ils savaient qu’une alimentation trop carnée prédispose dans les pays chauds à certaines maladies ; ils pouvaient craindre aussi que celles-ci fussent de nature à nuire au développement de la race ou de la nation. D’oii les prohibitions mosaïstes ou mahométanes sans oublier celles des religions védhiques, brahmaniques et autres de l’Inde où les Aryas établirent une si solide domination. Certes, le temps n’est plus des règles d’hygiène imposées à tout un peuple au nom de la révélation divine, etc., et la référence qui y est faite ici n’a pour but que de mettre en lumière un des moyens qui ont favorisé, à travers les âges historiques, les émigrations

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(| ii i oui eu lieu des régions tempérées et mêmes froides vers les contrées tropicales. Mais n’est-il pas évident qu’en se rapprochant des traditions vécues, probantes par les résultats ethnographiques que nous constatons, nous sommes en présence, non d’une simple conception de l’esprit, mais d’une vraie méthode expérimentale ? Le difficile, c’est de la faire adopter par les Européens en route, à leur tour, pour les pays chauds. L’homme civilisé de nos jours est certainement plus réfractaire que ne l’était le barbare à toute restriction apportée à la jouissance de ses habitudes et de ses goûts. Particulièrement en matière d’alimentation, il est tellement l’esclave des usages nationaux, qu’il lui en coûte terriblement d’y déroger. On connaît assez, par exemple, toute la force du préjugé du vin, dans les masses populaires de France.

Pour l’ouvrier, dont une grande partie des salaires passe chez le marchand de vin, c’est de l’énergie, c’est du sang même qu’il se procure ! Ne croyons pas que la classe bourgeoise soit mieux éclairée. Elle aussi croit au vin vivifiant, fortifiant, au vin réparateur. Certes, je ne condamne pas l’usage du vin, et pour tout dire, à qui a un bon estomac, je ne vois pas d’inconvénient à en laisser boire. Je crois bien, au surplus, qu’il serait inutile, en dépit de la propagande des tempérants, de prêcher l’abstinence totale. Et mieux vaut, d’un autre côté, céder sur le vin pour avoir le droit d’être intransigeant sur l’acool.

Mais d’une manière générale et en principe, en se plaçant au point de vue de la constitution du corps humain et de la physiologie de ses organes, il est constant que l’usage des boissons alcooliques ne représentent qu’une satisfaction donnée à un goût, non à un besoin de la nature. Et néanmoins, tant que l'Européen n’a pas quitté sa patrie et qu’il demeure dans ses habitudes, il peut sacrifier à ce penchant, malgré l’absence de tout besoin naturel.

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La compatibilité avec la vie et le jeu normal des fonctions organiques n’est plus dès lors qu une question de mesure. Suivant 1 usag'e qui en sera lait, suivant la nature de la boisson alcoolique, — vin, bière, alcool, essences alcooliques, alcools aromatisés, etc., suivant l’âge, le sexe, la profession, la limite de la tolérance sera marquée par la maladie. La goutte pour les uns, la dyspepsie pour les autres, la folie pour quelques malheureux, la détérioration partielle ou générale de l’organisme, telles seront les conséquences de l’abus. Affaire toute personnelle en somme, mais pourtant, en un sens, bien générale aussi.

Car, si les boissons alcooliques exagérément prises sont de nature à altérer la santé en Europe — et l’on sait assez les ravages qu’elles causent aujourd’hui — qu’on juge des troubles quelles provoquent aux pays chauds! Il n’est pas, à notre connaissance, d’hygiéniste .colonial qui ne les ait dénoncés. « Sans hésitation aucune, dit M. J. Navarre, nous dirons que tout homme qui veut sérieusement se présenter à l’agression du soleil tropical, avec tous ses moyens de résistance organique, doit se faire une loi de l’abstinence absolue de l’alcool et des alcooliques par distillation (Ci. » Oui, F abstinence doit être absolue.

Sans entrer dans le développement que les auteurs de traités d’hygiène générale consacrent aux effets nuisibles de l’alcool, je dois indiquer cependant les altérations que l’usage des apéritifs, malheureusement trop répandu aux colonies, introduit dans les fonctions organiques. J’ai été assez longtemps en situation de les observer pour apporter ici une appréciation décisive.

Je dois dire tout d’abord que ces altérations ne se montrent pas toujours avec le déterminisme nerveux qu’elles affectent si fréquemment en Europe. On observe pourtant un grand nombre d’alcooliques aux pays

(i) Manuel d’hygiène coloniale. Paris, 1890.

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chauds, alcooliques délirants, agités, maniaques, persécutés; il y en a dau s Ions les rangs sociaux. Gomme président du Conseil de santé j’ai été appelé bien des lois à constater chez des fonctionnaires des états de folie occasionnés par l’usage des alcools. J’en ai observé qui étaient atteints d’hallucination de l’ouïe, d’autres de la vue ; j’en ai soigné qui transportaient l’obsession de la manie des persécutions dans toutes les affaires de leurs services. Certains étaient non plus persécutés, mais persécuteurs. Ils inventaient, forgeaient de toutes pièces des charges contre leurs subordonnés, soulevaient des conflits et déployaient souvent une habileté incroyable pour s’attribuer le bon droit. Quelquefois ils réussissaient à en imposer à l’autorité supérieure. En apparence rangés, bons fonctionnaires par les dehors, il fallait un éclat, un scandale pour qu’on s’aperçût enfin de leur situation.

C’esL qu’en effet l’alcoolisation, même à petites doses, si elle est continue, vient se joindre à l’anémie cérébrale assez fréquente aux pays chauds, et trouble l’idéation bien plus promptement qu’en Europe. Sans arriver toujours jusqu’à altérer la raison, l’alcool, aux colonies, affaiblit le ressort intellectuel et laisse succéder à l'excitation passagère qu’il procure, une dépression morale caractérisée. La mélancolie, le sentiment de tristesse qu’inspirent les choses qui entourent, demeure, pays, habitants; l’amertume croissante éprouvée de l’éloignement, le détachement de tout intérêt supérieur et, au contraire, l’instabilité , l’envie, toutes ces passions énervantes que connaissent bien les vieux coloniaux poulies avoir observées autour d’eux, tel est le tableau moral de nombre d’alcoolisants. Le seul moment de réconfort, la seule heure où tout s’oublie, c’est l’heure de l’absinthe. Non seulement l’habitude de l'alcool nuit à la personne morale de l’Européen, mais elle préjudicie dans une fâcheuse mesure à la chose publique. Qu’attendre, en effet, de colons ou de fonctionnaires

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dont l’énergie s’en va chaque jour un peu plus, qui se détachent progressivement de leur résidence, comptent les mois, les semaines qui les séparent de leur rentrée dans la mère-patrie, et finissent parue plus s’intéresser du tout à la tâche qui leur est dévolue ? Il faut aux colonies une âme particulièrement trempée d’énergie et d’endurance pour affronter la monotonie de l'existence, pour supporter les fatigues du climat, les difficultés du service ou du travail, la contrainte de 1 isolement ou les froissements du voisinage. Ce n’est pas l’alcool qui peut racheter des défaillances; il peut pour un court temps procurer l’oubli, substituer aux réalités de trompeuses images, mais après ?

Voilà pourquoi les hommes d’affaires (pii vont aux colonies poursuivre un but qui réclame de la virilité et de la constance font bien d’être sobres. En fait, leur vie est trop occupée pour qu’ils puissent tomber dans les erreurs de régime coutumières à ceux pour lesquels tuer le temps est la maxime fondamentale.

Vais l’alcool n'agit pas seulement sur les dispositions morales. Si ce n’était que son seul mode d’action, il est probable que son culte n’aurait que des adeptes impénitents. Les arguments moraux ont bien peu de prise sur les habitudes. Mais dès qu’il s’agit de la santé physique, quand la mort est possible, probable, il y a plus de chances d’être écouté.

Or, aux pays chauds, l'alcool se rencontre comme cause prédisposante dans toutes les maladies endémiques. Sur ce point, tous les auteurs de pathologie exotique sont unanimes. Dans les épidémies les intempérants sont les premières et les plus sures victimes. En temps ordinaire, ce sont eux encore qui fournissent le plus d’invalidations. Qu'on relise les ouvrages cliniques de Dutrouleau, de Pellarin, de Chapuis, de Barthélemy-Benoit, de Corre, de Nielly, et l’on verra quelle place tiennent les habitudes d’intempérance dans l’étiologie des maladies tropicales. « Les excès

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génériques et alcooliques prédisposent à la fièvre jaune comme d’ailleurs à toutes les pyrexies ‘'•raves, » dit Corre (1). « En première ligne, les excès de nourriture, les aliments épicés qui surchargent l’estomac et entraînent. des troubles digestifs, sont la grande cause de l’hépatite suppurée, » dit Annesley (2).

Et Sachs (3) dénonce non seulement l’abus, mais l'usage même modéré des spiritueux. Et Van Leent (4), rappelant que Bontius, dès le xvii0 siècle, attribuait Ja fréquence de l’hépatite et des abcès du foie dans les pays chauds, notamment à Java, à l’usage maudit de l’arack, redit avec lui : « Potus ille maledictus arack ! »

Mais la plus énergique protestation se trouve sous la plume du Dr Scovell-Grant qui exerça longtemps à la cote occidentale d’Afrique, et dont M. le Dr Just Navarre, qui a acquis une légitime notoriété en hygiène coloniale, a eu la bonne inspiration de traduire l’ouvrage. « Si un homme a été jusque-là un bon vivant, dit le médecin anglais, il est absolument essentiel qu’il change ses habitudes sans délai , ou le climat de la côte tirera une terrible vengeance de ses bravades et de ses folies.

« Quant aux alcools, je regarde l’eau-de-vie comme le pire des poisons ; le gin, le rhum et l’absinthe sont bien près d’être aussi nuisibles (5). »

Et combien d’autres auteurs, réunis dans la même conviction, forts de la même expérience, n'ont cessé de dénoncer l’alcool comme cause principale des maladies des Européens dans les pays chauds !

Il y a en vérité unanimité absolue ; et Buchner, de Munich, pouvait dire au congrès international d’hygiène

(1) Corre, Traité des fièvres bilieuses, p. 455.

(2) Annesley, Rcsearches on disesaes of the Indian, t. I, p. 404.

(3) Sachs. Ueber die Hepatitis der heissen Lânder, 1877.

(4) Van Leent. Arch. de méd. navale, 1878, 20 semestre, p. 273.

(5) Scovell-Grant. Petit guide d’hygiène pratique dans l'Ouest africain, traduction du Dr Just Navarre. Paris, Douai, i8ç)3.

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de Vienne, en 1887 : « L usage de l’alcool sous les tropiques est un empêchement formel à l'acclimatation. »

C’est qu’en effet, aux pays chauds, par un processus en vérité trop facile à comprendre, l’usage des spiritueux frappe tout d’abord au ventre. C’est l'estomac qui est atteint le premier, insidieusement, progressivement, mais en réalité assez vite pour que les troubles apparaissent après moins de trois mois. Et encore faut-il supposer l’Européen indemne jusque-là de toute affection gastrique. Car si déjà dans sa patrie il existait des signes de catarrhe gastrique, s’il y avait de la dyspepsie, de la dilatation, alors c’est moins de quinze jours qu’il faut pour que le premier embarras gastrique apparaisse.

Mais en mettant les choses au mieux, en admettant que l’Européen, jusque-là habitué aux apéritifs, continue aux colonies à prendre l’unique verre, matin et soir, — ce qui ne passe pas ordinairement pour un excès — il en arrive néanmoins à perdre peu à peu l’appétit. Premier symptôme imputé généralement à l’influence du climat ; symptôme avant-coureur d’un état plus accentué qui sera bientôt ou de l’embarras gastrique, ou de la fièvre, ou de la diarrhée, ou de la congestion du foie. Car, qu’on ne s’y méprenne pas! je n entends pas dire que l’usage, — même modéré comme l’écrit très justement Sachs, — soit à lui tout seul la cause des états morbides qui vont se constituer. Je veux simplement exprimer que l’usage et encore mieux l’abus des spiritueux introduit dans le fonctionnement de l’estomac les troubles initiaux qui permettront à des agents nouveaux d’intervenir.

On sait, en effet, que l’action topique de l’alcool sur la muqueuse stomacale se caractérise par une congestion. Bien entendu, cette action croît en raison directe de la concentration en degrés alcooliques du breuvage ingéré, et s’affaiblit en proportion de la dilution aqueuse.

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Néanmoins, faction demeure la même en tant que processus pliysiologic[ uc.

La congestion muqueuse se manifeste par un afflux de sang- dans la couche vasculaire des parois de l’estomac, et elle détermine aussitôt une sécrétion de mucus. Ce dernier provient des glandes de la région pylorique, et pour une faible partie des autres glandes répandues sur toute la surface de l’organe. Dès qu’il se forme du mucus en excès, il constitue une couche isolante, et il est facile de comprendre alors qu’il s’oppose dans une certaine mesure à l’attaque des aliments parle suc gastrique.

D’autre part l’alcool, même dilué sensiblement, contracte la pepsine. S’il y en a une certaine quantité dans l’estomac, il précipite les peptones de la digestion. Il trouble ainsi profondément cette fonction.

Qu’il s’agisse d’une absorption régulière de vermouth, de bitter, d’absinthe, de cognac ou autres spiritueux, le trouble va se répétant, s’aggravant de plus en plus. Chaque repas devient une fatigue pour l’estomac dont les moyens physiologiques normaux sont entravés. De là une lourdeur caractéristique, un ballonnement épigastrique, et finalement la perte de l’appétit. Car, en même temps l’excitabilité normale s’épuise; le système nerveux s’émousse et tend à l’inactivité. Ce sont là des

signes bien connus. .Mais combien plus sensibles et plus pénibles aux pays chauds ! Il ne faut pas oublier que parmi les phénomènes dérivés de l'action climatique, la sécrétion de l’acide chlorhydrique stomacal baisse sous les tropiques. L’excessive sudation, ai-je dit, parait en être la cause. S’il vient s’y joindre une action nouvelle, du fai L même de l’Européen, le retentissement sur les fonctions digestives n’en sera que

plus prononcé.

Au fur et à mesure (pie ces fonctions s’alanguissent, d’autres troubles apparaissent, liés aux premiers par d’étroites relations. C’est d’abord l’anorexie, puis, acci-

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tien tellement, des crises de dyspepsie. Les aliments insuffisamment élaborés par l’estomac, arrivent dans le duodénum; cette portion de l’intestin, destinée par ses glandes propres autant que par les sécrétions biliaire et pancréatique qu’il reçoit a parfaire 1 acte de la digestion et à préparer les voies de l’absorption finale, est bientôt hors d’état de remplir son rôle. Ce sont des borborygmes, des flatulences, des sensations douloureuses qui surviennent. Puis le bol intestinal cheminant sous l’effort d’un péristaltisme surexcité, de proche en proche le reste des intestins exagère ses fonctions. Soit comme conséquence naturelle d une indigestion, soit comme résultat d’une autre cause surajoutée, — fatigue physique, refroidissement, alors se produit la première atteinte : ce sera ou de la diarrhée ou un simple embarras gastrique.

Et là encore, la situation physiologique anormale du début pourra favoriser une action microbienne. Germe

importé du dehors ou évolution soudaine de bacilles intestinaux jusque-là inertes, une infection peut se produire. C’est proprement ce qui constitue Panto-infection, l'anto-intoxication intestinale. Piien de plus fréquent aux colonies ; c’est l’histoire de la plupart de ces embarras gastriques, souvent fébriles, dont on parle tant comme la première et banale indisposition qui guette l’Européen dans les débuts de son séjour. Certes, de même que tous les chemins mènent à Rome, toutes les causes d’irritation ou de fatigue de l’estomac peuvent produire ce résultat. Non seulement les spiritueux, mais encore une alimentation mal réglée, excessive ou capricieuse, voilà Pétiologie la plus fréquente. On se remet cependant d’un embarras gastrique ; mais c’est un avertissement dont il faut tenir compte. Car après le léger catarrhe gastro-intestinal, peuvent survenir la diarrhée, la dysenterie et enfin l’hépatite. Il va de soi d’ailleurs que le mauvais état des fonctions digestives prédispose merveilleusement aux maladies générales

infectieuses, au choléra, à la fièvre jaune, à la bilieuse hématuriquc, en un mot à toutes les infections graves des tropiques. Le milieu gastrique qui, en somme, se défend très bien dans sa constitution normale, devient immédiatement accessible aux cultures toxiques, dès que celle-ci est altérée. Autant du milieu intestinal. 11

est donc d’une importance capitale de visera la conservation de l’intégrité des fonctions digestives.

Mais ce n’est pas tout. Indépendamment des troubles gastro-intestinaux produits par l’alcool ou par une alimentation inappropriée aux besoins, l’un et l’autre de ces deux facteurs agissent sur le foie et ne tardent pas, aux pays chauds, à en modifier défavorablement les fonctions. L’alcool, d’abord. On voit nombre de personnes aux colonies qui, un certain temps, conservent tant bien que mal l’appétit, semblent bien digérer, et cependant finissent par éprouver à la longue tous les symptômes d’une altération profonde dans le fonctionnement de l’appareil digestif.

On peut observer des cas bien différents. Tantôt il se montre de la constipation, de la lourdeur après les repas, du pyrosis, des bâillements, une tendance invincible au sommeil. Ces phénomènes, communs à la plupart des dyspepsies gastriques, mais qui, cependant, laissent l’appétit intact et ne se montrent que deux ou trois heures après le repas, se rattachent à ce qu’on a appellé aux pays chauds la torpeur du foie et aux troubles de la sécrétion biliaire. Si l’on cherche de ce côté, déjà on constate une certaine plénitude de l'hypochondre ; l’organe hépatique est accru de volume, quelquefois il déborde légèrement les rebords des côtes, tendant à envahir le creux épigastrique (lobe gauche). Les choses peuvent ainsi demeurer longtemps, le ventre prenant du volume, les vêtements serrant à la taille après les repas, les digestions restant pénibles, mais, en somme, laissant les apparences de la santé. Seulement, advenant une circonstance occasionnelle, refroidisse-

ALIMENTA TI O N

ment, fatigue, excès réitérés, attaque de paludisme, la congestion hépatique se prononce d’une manière aiguë, un frisson se déclare, et c est le signal d une hépatite confirmée avec toutes ses conséquences éventuelles.

Dans d'autres cas, c’est après les troubles digestifs, et secondairement à une attaque d’embarras gastrique que le foie se prend à son tour. Même alors, cet organe n’est congestionné que par contre-coup, non pas seulement en raison d’une infection microbienne (migration du colibacille, envahissement du réseau biliaire), mais parce que déjà sous l’influence de la circulation alcoolique, sa substance tout entière y était prédisposée.

J’ai dit combien les auteurs de pathologie exotique étaient unanimes pour ranger l’alcool au premier rang des causes prédisposantes dans les maladies tropicales. En ce qui concerne l’hépatite, et par conséquent aussi pour tout ce qui y mène, simple hypérémie, congestion ordinaire du foie, voici comment s’expriment deux médecins des plus distingués de la marine, MM. les médecins en chef et professeurs L. Bertrand et J. F011tan : « L’abus ou, simplement, l’usage intempestif habituel des boissons alcooliques, cause avérée d’inflammation scléreuse du foie dans nos pays, ont été considérés, par tous les auteurs, comme des éléments morbifiques d’une redoutable puissance, en matière de dysenterie et d’hépatite suppurative, dans les régions intertropicales. Les exemples cliniques 11e manquent pas et sont la plus forte preuve que l’on puisse produire à l’appui de leurs détestables effets, en dépit des faits négatifs qu’il ne serait pas difficile de recueillir çà et là. » Et plus loin : « Peu d’Européens font un séjour prolongé dans les pays chauds sans y subir, sous l’influence du climat, de l’infection malarienne, d’un régime vicieux ou d’un certain degré d’alcoolisme, une ou plusieurs attaques de congestion hépatique aiguë qui finissent par aboutir à une stase chronique des

avec ou sans

systèmes sanguin et biliaire du l'oie stéatose.

Cet étal, auquel les médecins du commencement de ce siècle donnaient le nom exact (Y en gorge nient, peut, aussi, s’établir insidieusement, saris grand tapage symptomatique, être, en un mot chronique d’emblée (i), »

MM. Kelsch et Kiencr, dans leur excellent traité des maladies des pays chauds, disent ceci : « Mais il est une autre cause, moins exceptionnelle que l’intempérance et les privations, aussi répandue et plus redoutable peut-être dans les colonies que dans les contrées froides de l’Europe, c’est l’alcoolisme. Les témoignages sont à peu près unanimes pour attester la prédisposition des ivrognes aux abcès du foie (Bristowe,Gallard, Moreliead, etc., etc.). Waring trouve les habitudes d’ivresse notées dans 67, 5 p. 100 des cas d’abcès du foie qu’il a relevés. Comment agit l’alcool ? Est-ce par une action irritante directement portée sur le foie ? Cette opinion a été souvent émise, et l’on a dit que l’alcool était pour l’abcès du foie, dans les pays chauds, ce qu’il est pour le foie gras et pour la cirrhose dans les climats froids (2). «

J’ajouterai enfin que le D1 * 3' Legrand, également médecin de la marine, a noté l’accroissement des maladies du foie en Nouvelle-Calédonie comme correspondant exactement à l’accroissement de la consommation de l’alcool dans cette colonie (3).

Au reste nul doute n’est possible en ce qui touche le rôle nuisible de l’alcool. Même dilué, même à petites doses si la consommation en est continuée, il entraîne toujours, — je parle des colonies intertropicales, — des troubles gastro-hépatiques.

(1) L. Bertrand et J. Fontan. Traité de l’hépatite suppurée des pays chauds. Paris, 1895, p. 160 et 184.

(•>.) Kelscii et Kiener. Traité des maladies des pays chauds. Paris, 1889, p. 1 (36.

(3) Legrand. Arcli. de médecine navale, novembre 1891.

A LIMENT A TI ON

Levin est-il susceptible d’encourir les memes reproches ? Evidemment non. El pourtant il faut avoir le coupage — en présence de tant d intérêts qui se trouvent liés à la consommation et qui inclinent les hygiénistes à 1 indulgence et aux compromis, de reconnailie qu'il n’est pas absolument sans danger. En soi, la question du vin aux pays chauds est une allaire de qualité et

surtout de mesure.

Avant tout, la composition du vin, bien qu’elle représente, en un sens, une dilution d’alcool titrée, dilïère essentiellement de ce dernier sous le rapport organoleptique. On connaît cette composition, donnée dans tous les traités d’hygiène.

Voici néanmoins le tableau de son analyse d après A. Gautier :

Eau 8G9

Alcool 100

Alcools divers, élhers el parfums traces

Glycérine 6,5o

Acide succinique i,5o

Matières albuminoïdes, grasses, sucrées, gommeuses et colorantes lG

Tartrate de potasse 4

Acides acétiques, propionique, citrique, malique,

carbonique 1

Chlorures, bromures, fluorures, phosphates de potasse, de soude, de chaux, de magnésie, oxyde de fer, alumine, ammoniaque : en tout ï

Total 1000

Celte analyse correspond à la constitution type, mais les différents vins ont été classés suivant les qualités de leur composition respective et rangés en diverses catégories ou espèces qui correspondent généralement à des crus fins. La classification de Bouchardat est divisée en deux grandes classes qui correspondent à peu près à toutes les sortes connues; celles qui n’y sont pas comprises se rattachent par un caractère quelconque aux types ci-après déterminés :

I yO

Ir0 Classe.

Vins caractérisas par la prédominance d’un principe constituant.

A. Alcooliques.

B. Astringents.

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