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En somme, ration largement combinée pour parer aux fatigues de la campagne et compenser les pertes en azote et carbone.
On sait cependant, par le caractère fâcheux que revêtit la campagne de Madagascar au point de ^ ue sanitaiie, combien la ration fut impuissante. Elle ne pouvait, en effet, rien contre le climat, rien contre les maladies infectieuses ; cela est évident. Et l'on retrouverait la même impuissance de la ration, si savamment déduite des calculs de la physiologie, dans toutes les circonstances de la vie coloniale. Laissons donc de côté la question de ration d’entretien ou de travail ; bonne comme point de départ, je le répète, pour mettre de l’ordre et de l’uniformité dans l’administration des vivres destinés aux troupes, elle n’a rien de commun, probablement, avec les vraies exigences de l'acclimatement.
« Le problème de l’alimentation dans les pays chauds, dit avec beaucoup de bon sens M. le D1 J. Navarre, esl moins de donner à l'organisme sa ration en azote et en carbone que de le lui donner sous sa forme la plus assimilable, la moins nocive. » On ne saurait dire mieux, ni faire avec plus d’à-propos la critique de ces rations du service colonial calquées ou peu s’en faut sur celles de la métropole. Et je dirai encore avec lui : « C’est pourquoi d’une façon générale l’azote sera demandé de préférence aux albuminoïdes d’origine végétale et aux viandes les moins fortemeht azotées ; le carbone sera emprunté plus aux hydrocarbonés qu’aux graisses (i). ))
Il est donc superflu d’essayer de chiffrer en grammes les quantités d’aliments utilisables par l’Européen aux pays chauds. En dehors du groupe militaire, où, malgré le caractère empirique de la mesure, on se l’explique, comme je l’ai dit plus haut, par la nécessité d’une règle motivée par l’ordre administratif, cette préoccupation
fi) .T. Navarre. Loc. ci/., p. 222.
i8/, RÈGLES D'HYGIÈNE DRIVÉE ET PUBLIQUE
est inutile quand il s’agit des principes eux-mêmes. La colonisation, dans sa généralité, embrasse toute la collectivité européenne; le problème de l’acclimatement intéresse plus qu’un groupe; il dépasse la portée d’un règlement. Aussi bien, s’agissant de l’homme, n’y a-t-il rien autre à faire que de se placer dans la réalité pratique. 11 faut vivre, non avec une règle invariablement appliquée dans la diversité des climats, mais avec une règle qui suive, au contraire, ceLte diversité, et qui s’y plie à propos.
Le principe fondamental dont doit s’inspirer l’Européen aux pays chauds, c’est d’épargner toute fatigue à l’estomac. En se souvenant, dès le premier jour, que c’est l’organe dont les fonctions vont être le plus rapidement affectées par le climat tropical, il n’aura pas de peine à se soumettre à un régime alimentaire approprié aux nouvelles circonstances. Ce régime, dois-je le dire ? n’implique pas de prime abord des retranchements bien pénibles. Puisque l’azote et le carbone sont indispensables au seul entretien de l’organisme, et que, quelles que soient les mutations dont il pourra être l’objet, elles ne seront ni secondaires, ni radicales, il faut évidemment que l’alimentation comporte ces deux éléments en quantités normales. Mais d’ailleurs ce ne sont pas les besoins de l’organisme qui, réellement, changent aux pays chauds, c’est le mode d’y pourvoir. Ce n’est pas la nutrition qui subit des perturbations essentielles, dérivant de capacités nouvelles de nos tissus; ce sont les organes chargés d’élaborer les sucs nutritifs qui sé modifient physiologiquement et qui réclament de nouveaux modes d’apport de matière première.
Ce serait donc, à proprement parler, une question de cuisine, si, en outre de la préparation des aliments destinés à les rendre plus simples, il n’y avait à en faire en même temps une sélection première, basée sur leur degré de digestibilité. Car, ce qu’il faut, avant tout, c’est que les aliments passent sans fatigue gastrique,
ALIMENTS TIRÉS DU RÈGNE ANIMAL
sans imposer à l'intestin un travail trop lent et difficile.
En faisant état de la diminution d’activité des organes digestifs et cependant de la nécessité impérieuse de fournir à l’organisme les éléments de vie et de travail, le problème consiste donc à fournir à 1 estomac des aliments à la fois faciles à digérer et suffisamment réparateurs. Gela implique un renoncement, partiel tout au moins, aux pratiques de la table européenne. Ni grande chère, ni chère cuisinée, mais une nourriture simple et suffisante. Partant de ces principes, examinons les substances qui peuvent former la base de 1 alimentation
coloniale. Tout d’abord la série empruntée aux vivres d’Europe, existant généralement aux colonies, ou susceptibles d’y être importés :
ALIMENTS TIRÉS DU RÈGNE ANIMAL
Viandes. — La composition des viandes indique assez le rôle qu elles jouent dans la nutrition. Comparées entre elles, on voit en outre qu’elles offrent un caractère commun dans la présence d’un élément identique à la substance même de nos tissus, et dont la quantité est sensiblement égale dans la plupart des variétés d’animaux que nous consommons. C’est la musculine. Voici, au surplus, le tableau qu’en a donné Moleschott.
COMPOSITION CENTÉSIMALE