RÈGLES
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Il faut donc se rallier à trois repas. Le premier, le petit déjeuner du matin, doit avoir lieu environ vers
6 heures et demie ou 7 heures.
Il est plus sage de ne le prendre qu une deini-hcuic après s’être levé, après que la station debout a permis aux matières alimentaires engagées dans 1 intestin, et provenant du dernier repas de la veille, de descendre et de libérer entièrement les voies supérieures. On méconnaît généralement, en effet, ce fonctionnement des voies digestives. On perd de vue qu au lit, ou simplement dans la position allongée, certains actes digestifs s’accomplissent incomplètement, notamment le cheminement des aliments dans les circonvolutions intestinales,. Certes, la position allongée est plutôt favorable aux actes chimiques de la digestion; c’est même, soit dit en passant, un palliatil des troubles dyspeptiques. Mais il faut, pour que tous les phénomènes de la digestion se réalisent entièrement, que le corps humain passe par les alternatives régulières du coucher et de la station verticale. Par cette succession de positions, la masse mobile des intestins tour à tour s’étale dans tout l’abdomen ou s’affaisse vers la cavité du petit bassin ; et de là résulte un jeu plus aisé dans la circulation des matières. Ces détails physiologiques font comprendre comment la voie gastrique devient libre, comment naît l’appétit, comment aussi l’aptitude à traiter de nouveaux aliments s’éveille dans l’appareil digestil.
Il n’est peut-être personne qui 11’ait éprouvé de l’inappétence et même de la répugnance pour le premier déjeuner au lendemain d un jour de nourriture abondante. C'est qu’en effet il y a encombrement intestinal, et il faut être déjà depuis longtemps levé pour que la sensation d’appétit renaisse. Ce que 1 observation lait comprendre pour ces cas accidentels, le raisonnement physiologique l’impose dans le règlement de la vie journalière. Donc il faut d’abord se lever, faire sa toilette, et une demi-heure ou trois quarts d’heure s’étant
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écoulés, alors seulement prendre le premier déjeuner. Quels aliments convient-il de recommander. Ici encore nulle règle formelle. Il faut tenir compte de l'âge, de la profession, des aptitudes individuelles. Cependant, toujours en me plaçant au point de vue suggéré par l’expérience, je conseillerais d’abord un repas liquide ou avec extrêmement peu de pain. Comme nature d’alimenls, le lait, sans contestation possible, me parait le meilleur. Soit pur, soit additionné d’un peu de café ou de thé, chaud et sucré, il apporte à l’économie une ressource sullisanle en principes nutritifs et toniques; il a en outre l’avantage de ne pas épuiser l’énergie gastrique que les pays chauds émoussent si promptement. Mais pas de repas véritable, pas de viande surtout, ni même de poisson, encore moins d’alcool. Ceux qui méconnaissent ces préceptes, qui se nourrissent abondamment dès le saut du lit, ceux, surtout, qui refoulent le microbe, comme ils le disent, avec le petit verre de tafia ou le café remonté du même, ceux-là vont tout droit à la dyspepsie, porte entre-bâillée désormais sur toutes les maladies endémiques tropicales.
Le second déjeuner, — le principal repas, — est véritablement le repas de soutien et de réparation. Quelles règles comporte-t-il? Aucune qui ne soit de nature à être acceptée par des espriLs raisonnables. Trois plats, des œufs ou du poisson, des viandes, des légumes. Combien de grammes ? J’ai dit ce que je pensais des taxations chiffrées en équivalents de carbone et d'azote. C’est un jeu de statisticien, qui suit plutôt qu’il ne commande le régime de l’homme en santé. L’homme mange à sa façon d’abord ; et ce qu’un homme de poids moyen absorbe sans hâte, posément, en se renfermant dans les habitudes moyennes, correspond aux chiffres indiqués dans les statistiques. Ce qui fait qu’il les dépasse, c’est la précipitation des repas. Manger avec lenteur, c’est presque toute la règle. Si l’on va vite, les aliments sont engloutis en quelque sorte avant que la
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sensation de faim ait eu le temps de s apaiser, et I on dépasse la mesure presque infailliblement. Si Ion va doucement au contraire, si ou se donne. la peine de manger , si on mâche bien, alors progressivement le besoin s’atténue, s’éloigne, et le sentiment de plénitude s’accuse au moment nécessaire. Ges considérations, bonnes à méditer en Europe, ne perdent pas de leur intérêt à passer les mers. C’est surtout aux colonies, où la nutrition joue un rôle si important, qu’il est utile d’en surveiller les fonctions. Je n’ajoute au surplus rien en ce qui concerne la nature des aliments, puisque j’ai déjà traité cette partie en pariant de l’alimentation. Mais je crois devoir insister tout particulièrement sm la nécessité absolue de ne pas vicier la digestion par l’absorption d’alcools, et, si j ai toléré le vin, je recommande à son égard la plus stricte sobriété. Ici, encore, il est bien difficile de fixer les quantités de tolérance. Rien, comme on le sait, de plus variable suivant les individus. Fils de goutteux, rhumatisants héréditaires, dyspeptiques venus d’Europe feraient sagement de s’abstenir et de remplacer le vin soit par du thé, soit plus simplement, par de l’eau. Mais d’obtenir ce sacrifice de la part d’hommes en apparente santé, qui ne se connaissent aucun trouble, et qui, de plus, ont I habitude du vin aux repas, il 11e faut guère y compter. Reste à leur indiquer cependant qu ils peuvent bien ne pas toujours demeurer indemnes de toute altération de santé, et qu’ils doivent se tenir prêts à retrancher résolument ce liquide de leur alimentation. Dans tous les cas, un fait domine la physiologie de l’Européen sous les tropiques, c’est la tendance aux sécrétions acides de l’estomac, et le vin, dans ce cas, c’est l’ennemi.
Pour le repas du soir, que dirai-je, après tout ce qui précède? La question est déjà jugée. Il vaut mieux faire un repas léger que substantiel. Je me rallierais très librement aux conseils de M. le Dl J. Navarre, car ils sont conformes à ce qu’enseigne l’observation. « Ce
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i*epas, dit-il, sc compose d’un potage, d’un seul plat de viande, de riz ou de légumes frais, cuits ou en salade, d’entremets sucrés et de desserts variés (i). » Il y a déjà suffisamment dans ce menu pour satisfaire un robuste appétit, car, après tout, cela dépend des quantités. Mais en demeurant dans les limites (pie j’ai tracées, peu importe la variété des aliments.
La répartition des repas dans la journée, leurs heures, le mode de l’alimentation qu’ils comportent, c’est déjà le régime de vie, puisque c’en est la base. Ce n’est pas tout pourtant. 11 faut encore envisager les autres occupations du jour, et les heures de travail, et les heures inévitables de repos. Je dis inévitables, car nous sommes sous les tropiques, et ce qui serait oisiveté en Europe, oisiveté peut-être répréhensible, devient une impérieuse nécessité aux pays chauds.
11 n’est pas possible de travailler entre 1 1 heures et 2 heures. Telle est la remarque de principe. 11 est des exceptions. J’ai rencontré comme tous les coloniaux des personnes qui échappaient à la suggestion de la sieste et qui, même, lisaient ou travaillaient aux heures chaudes. Mais combien peu nombreuses ! Quelques-uns somnolent étendus sur un rocking-chair, sans dormir tout à fait; d'autres, plus aguerris ou voulant à toute force réagir contre l’assoupissement, vont et viennent dans la maison, glissent de temps à autre, par la fente des persiennes ou des stores descendus, un regard sur la rue où personne ne passe ou sur la campagne où tout dort. Dans le rayonnement de chaleur énorme qui embrase l’atmosphère, et se propage dans l’intérieur des appartements par les murailles ellesmêmes, à l’heure où les oiseaux s’immobilisent dans les feuillages, oïl les insectes se taisent, où la vie est comme suspendue dans la nature entière, quelques Européens privilégiés résistent à la langueur universelle.
(i) Dr J. Navarre. Loc. cit., p. a05.
RÉGIME DE VIE
Est-ce un bien ? D’aucuns 1 ont prétendu, parmi les hygiénistes coloniaux.
Les avis sont divers, chacun rapportant son jugement sur ce point à ses impressions. Les adversaires de la sieste disent qu’elle interrompt la digestion, et constatent qu’au réveil on a la bouche amère, une sensation de barre à l’épigastre, quelquefois des tendances nauséeuses. Et c’est juste pour certains individus. C’est juste surtout pour les dyspeptiques acides, qui déjà digèrent mal, sont ballonnés après les repas, ont de la constipation et la langue habituellement chargée. Pour ceux-là, je l’ai observé en médecin bien des lois, la sieste 11e réussit pas toujours. C’est juste encore pour ceux qui cultivent l’apéritif et absorbent modestement un demi ou trois quarts de litre de vin à leur déjeuner pour se tonifier. Chez eux, 1 estomac est bien avant la sieste déjà passif et dilaté. La sieste n’améliore pas cet état ; au contraire elle l’accentue en ce sens que si elle a lieu immédiatement après le déjeuner, la poche gastrique ne se vide pas de ses liquides, toute la masse alimentaire stagne et s’étale dans le ventricule, des fermentations s’y opèrent qui poussent à la formation d’acides anormaux. Au réveil, brusquement remis sur pieds, on sent alors la plénitude stomacale, accompagnée de pyrosis, de renvois, et souvent se dessine même un état nauséeux.
Oui, pour les personnes dans ce cas, la sieste est nuisible. Mais si elles ne la font pas, en seront-elles beaucoup mieux? Et d’ailleurs peuvent-elles ne pas la faire . Tout est là. Or s’il est une chose incontestable, c’est qu’une digestion difficile, laborieuse, pousse au sommeil. Aux pays chauds, ce phénomène est encore plus accentué qu’en Europe. De là cette pente que suivent irrésistiblement les coloniaux dyspeptiques, et qui les mènent promptement dès le déjeuner fini, à un sommeil de plomb.
Hygiène coloniale. 1 ^
REGLES U IlYGIEXE R RIVEE ET PUBLIQUE
Mais ([liant à ceux qui ont des digestions normales, je ne vois pas que la sieste leur soit nuisible. Fonssagrives la recommandait, modérée, mais régulière chaque jour. M. J. Navarre y verrait même l’avantage d'une baisse de la température du corps, sans doute comme conséquence simultanée du sommeil et de la sudation qui l'accompagne. Car on transpire beaucoup pendant la sieste, surtout pendant l’hivernage. Et c’est même là parfois une cause de malaise au réveil, que dissipe d’ailleurs rapidement le tub ou la douche. Quoiqu’il en soit je suis partisan de la sieste en principe. Pour qu’elle ne produise aucun des troubles que j’ai signalés et qui lui ont constitué des adversaires, je recommande seulement d’attendre, pour la faire, qu’ environ une demi-heure se soit écoulée depuis la fin du repas, et je recommande encore plus la sobriété en alcool. J’estime en outre qu’une sieste de vingt à trente minutes est largement suffisante, faisant au surplus remarquer qu’il suffît à beaucoup de perdre simplement connaissance pour éprouver un sentiment de bien-être et des dispositions nouvelles à l’activité.
La sieste, néanmoins, ne comble, dans ces conditions surtout, qu’une bien faible partie du temps de retraite à domicile qui s’impose aux heures chaudes des tropiques. Que chacun s’occupe alors suivant ses goûts et suive ses inclinations personnelles. L’hygiéniste ne peut évidemment tout prévoir, tout régler à l’avance et prescrire uniformément à tous une occupation générale. Mais ce qu’il doit dire, c’est qu’il faut éviter tout travail sérieux, physique ou intellectuel. Que l’Européen se conforme aux indications si claires de la nature tropicale, qui tout entière se repose.
Une pratique excellente des colonies antillaises et de l’Amérique du Sud, c’est le bain ou la douche deux ou trois heures après la sieste. Le bain y est plus spécialement pratiqué, en raison de la simplicité d’installation qu’il réclame. A la Martinique presque toutes les
régime de vie
maisons, sinon toutes, ont une baignoire à demeuie placée dans le jardin ou la cour attenant à 1 habitation, quelquefois sous la vérandah intérieure. L eau du service public y coule d’une manière continue, de telle manièie que sa pureté et sa fraîcheur ne laissent rien à désiiei. Le courant déterminé par l’ouverture permanente du robinet d’alimentation et l’évacuation simultanée par l’orifice de sortie, ajoute à l’action rafraîchissante dubain l’impression épidermique produite par le mouvement rapide de l’onde. Il en résulte une sensation de bien-être délicieuse, qui est d’autant plus vive et salutaire, qu elle s’exerce dans la langueur qui suit la sieste. Un bain de cinq à six minutes est largement suffisant pour produire l'action tonique. Beaucoup de créoles se bornent à une immersion rapide, passant aussitôt le peignoir pour marcher quelques instants. Généralement les Européens nouveaux arrivés dans la colonie aiment à prolonger le bain ; quelques-uns dépassent la mesure, y demeurent de vingt à vingt-cinq minutes. On a accusé le bain, dans ces conditions, de pousser aux congestions internes. J’ai souvenir d’un lonctionnaire colonial, arrivé de France à la Martinique vers la fin de 1872, qui, à la sortie d’un bain pris à la piscine de l’hôpital, — bain qu’il prolongea outre mesure comme il le faisait tous les jours depuis son débarquement, — ressentit presque aussitôt après sa sortie de l’eau une série de frissons qui furent le prélude d’un accès de fièvre au cours de laquelle se manifesta une violente congestion du foie.
Il dut entrer à l’hôpital ; on observa de l’ictère, et tous les signes d’une fièvre bilieuse grave. Ce ne fut qu’à grand’peine qu’il en réchappa. Le médecin en chef de la colonie m’apprit alors que cet accident était relativement fréquent parmi les Européens qui abusaient du bain. On conçoit d’ailleurs très bien que l’action d’une eau de montagne, fraîche, sur un organisme énervé par la chaleur, si elle est prolongée quelque temps,
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