ET R U R LIGUE
(compagnie normande de 1626), les fonctionnaires et les employés de commerce à résidence temporaire, que reste-t-il de population européenne véritablement native et acclimatée? A peu près rien, rien même si l’on écarte jusqu’aux traces de métissage. Dans ces conditions, nous sommes en possession du fait expérimental. La preuve est faite par le temps de l’inaptitude du sang européen à faire souche directe et durable, à s’acclimater en un mot au Sénégal. Et le Sénégal est
encore favorisé sous le rapport des saisons, si on le compare à la Guinée, à la côte d’ivoire, au Dahomey, au Congo ; favorisé aussi si on le considère sous le rapport de la salubrité.
Je ne suis d’ailleurs pas de ceux qui jugent la question coloniale d’après celle du peuplement direct et de la colonisation par des mains européennes. Je conçois très bien que les colonies de notre grand empire africain puissent être exploitées d’autre manière.
Mais dans l’état général des esprits, avec la croyance aux débouchés qu’elles sont censées offrir à des bras inoccupés en France, avec les utopies et les préjugés qui nous gouvernent, ce n’est pas généralement ainsi qu’on envisage la mise en valeur de nos possessions.
L’ouvrier d’usine, le manœuvre, le petit employé, le bon à tout faire sans métier de nos grandes et moyennes villes croient assez volontiers, depuis qu’on parle de colonies et de colonisation, qu’ils n’ont qu’à passer les mers, pour aller trouver la fortune dans une contrée beaucoup plus chaude, il est vrai, mais qui est encore sans doute habitable. Les fonctionnaires y vont bien, qui y prospèrent administrativement, qui font leur carrière : pourquoi donc l’homme du peuple, malheureux en Europe, n’y irait-il pas? Il y a là un mirage décevant et dangereux pour l’avenir même de notre développement colonial. La fortune, sous les tropiques, c’est l’agriculture qui la donnera ; mais, sous les tropiques, plus qu’ailleurs, l’Européen ouvrier ou laboureur n’est
CARACTÈRE ET AVENIR DE LA COLONISATION
pas capable d’être agriculteur. Ni régime de vie convenable, ni formule magique de médecin, ni prescription infaillible de l’hygiène ne changeront rien a la nature des choses.
A l’agriculture, au travail des champs, c est le nègre seid, — s’il y consent — qui fournira les bras nécessaires ; lui seul est capable physiquement de donner la somme utile de travail sous le soleil dévorant des pays chauds. Et encore, pas toujours. Nombre de races de l’Afrique sont impropres aux travaux un peu durs. Que l’on veuille, — ainsi qu’il le faudra nécessairement, — constituer les voies de pénétration sans lesquelles tout projet d’exploitation de ce continent est une chimère, on se heurtera à des difficultés que ne prévoient pas probablement les théoriciens de la colonisation alricaine. L’expérience fournie à ce sujet par la construction du chemin de fer du Congo belge est instructive.
Les auteurs distingués du Rapport déjà cité sur le climat, la constitution du sol et l’hygiène de l’État indépendant du Congo, la mentionnent en ces termes : « D une manière générale, ce sont — comme pour les Européens, du reste — les races à tempérament énergique, d’un caractère indépendant, d’un physique sec, nerveux, qui ont montré le plus de résistance. Tels sont les Sénégalais, les Zanzibarites, et aussi, dit-on, les Cafres. Les premiers sont d’ailleurs puissamment aidés dans leurs moyens de résistance par les prescriptions du mahométisme, sobriété, propreté, et, du côté moral, par le fatalisme; ils sont d’ailleurs ordinairement supérieurs en intelligence. Leur faculté de résistance s est montrée spécialement dans les mauvaises périodes où la mortalité était élevée. Certes, ils ont eu des victimes, mais en petit nombre... Les Zanzibarites, venus au
début, ont assez bien résisté; comme c’est le cas pour
la plupart des contingents, il s’est fait d’abord une sélection assez rapide, qui a éliminé les plus faibles et les inférieurs; bien que les conditions fussent dêfavo-
RÈGLES D’UYGIÈXE PRIVEE