ET P U II U OUE
râbles, au boni de quelques mois, les décès devinrent beaucoup plus rares.
Les Sierra-Léonais, venus de la ville ou des faubourgs de Sierra-Leonc, ont montré, au début, très peu de résistance et ont subi des pertes sérieuses... Les Crooboys (Croomen) gens fort musclés, véritables athlètes souvent, ont très mal résisté au début; gens de mer ou de rivière, ils sont très utiles dans le maniement de lourds fardeaux, mais ils ont besoin d’un certain bienêtre ; ils ont subi de grandes perles dans les travaux de terrassement.
Les Accrus ont aussi peu résisté dans ces travaux, dans la mauvaise partie, au début... Les Dahoméens , farouches et défiants au début, placés dans un milieu inconnu, se négligèrent et succombèrent comme les autres, en grand nombre... Les Barbades, composés de noirs purs, dont un certain nombre d’origine congolaise avaient été transportés autrefois comme esclaves, et de quelques métis, avaient perdu leur immunité première pour les maladies de leur pays, et furent plus souvent et plus gravement malades que les Européens. On estime à 5o p. ioo le chiffre des décès... Les Chinois (ce suprême recours des entreprises de travaux publics sous les tropiques — isthme de Panama) ont présenté une mortalité d’environ ao p. ioo... »
Ainsi donc, même la main-d’œuvre tropicale, en la supposant disposée à entrer dans les vues de l’économie politique coloniale des Européens, est une ressource sur la valeur de laquelle il y aura bien des mécomptes. L’œuvre de colonisation africaine, ayant contre elle l’inaptitude physique de l’Européen, que rien au monde ne peut modifier, et la nonchalance ou la débilité naturelle des indigènes, sera par conséquent une entreprise longue et ardue. On peut même douter qu’elle aboutisse, à moins que de bonne heure une conception plus scientifique ne remplace les tâtonnements et les expédients de l’heure actuelle.
CARACTERE ET AVENIR DE LA COLONISATION
L’hygiène, appuyée d’enseignements séculaires, lait comprendre l’impossibilité d’appliquer les anciennes idées coloniales à l’Afrique tropicale. L insalubiité de son sol, l’implacable ardeur de son atmosphère, 1 influence démographique de ses populations, tout s’oppose à l’implantation de la famille européenne. Pour les hommes d’une génération, c’est déjà beaucoup d y vivre en moyenne une dizaine d’années réparties en trois ou quatre séjours, et coupées de retour en Europe.
Je ne vois de possible qu’une seule colonisation, celle des grandes compagnies agricoles et commerciales. Je ne comprends qu’une seule espèce de colons; les directeurs, les surveillants de travaux, les comptatables de ces grandes compagnies.
Des agents jeunes et robustes, qualifiés par leurs études antérieures, pour faire de l’agriculture, des administrations assez riches pour leur assurer un Icnge,
un très large bien-être en habitation , nourriture et profits pécuniaires ; des cadres de relève pour permettre aux employés à tous les degrés de revenir en France s’y reposer des fatigues coloniales; des capitaux assez fortement constitués pour permettre d’attendre la période de rapport, toujours plus lointaine que ne se l’imaginent les visionnaires de l’expansion coloniale ; telles sont les bases, et les seules évidemment possibles, sur lesquelles doit s’édifier la colonisation africaine. Et dès lors, non seulement il ne faut pas encourager la petite émigration, celle qui, livrée a elle-meme, sera forcément dévorée par le minotaure tropical, car l’encourager serait immoral, — mais il huit encore
la détourner systématiquement.
Un colon européen, dans une case misérable bâtie en pisé ou en planches, sur quelque rive langeuse d une des rivières du Sud ou du Congo, de 1 Oubanghi ou de tout autre de ces cours d’eau dont les livres d’étrennes ou de relations de voyage donnent de si poétiques reproductions photographiques, est irrémé-
b RÈGLES D'IIYGIÈNE DRIVÉE ET PUBLIQUE
diablement perdu. 11 n’aura pas levé à la bêche ou défoncé à la charrue la moitié d’un hectare sur les trente ou cjuarante de son domaine, que la lièvre, ou la dysenterie, ou quelque autre infection organique l’aura emporté. Non ! pas de petit colon cultivant lui-même, pas de concession qui soit une tombe prématurée! Ne joignons pas une mauvaise action à des procédés désastreux d’administration coloniale. Car une pareille méthode, à laquelle l’esprit d’une démocratie est évidemment porté par ses principes mêmes (le morcellement des terres, la constitution de la petite propriété) — est non seulement une source d’amères déceptions et de ruine pour ceux à qui elle s’adresse et qu elle semble favoriser, mais, par surcroît, elle est de nature à perdre dans l’opinion la politique coloniale et à entraîner la déchéance de nos établissements. La petite propriété n’est pas viable sous l'équateur ; l’état collectif seul peut s’y maintenir.
La conclusion naturelle, à laquelle l’observation et l’expérience mènent directement, c’est que l’Afrique intertropicale est, avant tout, une terre de souveraineté. Peuplée par des races adaptées au climat, races nombreuses et prolifiques, elle oppose au peuplement européen la double barrière de son climat et de ses habitants. L’élément blanc n’y peut vivre, ne peut, du moins, y faire souche, qu’à la condition de s’y perdre dans le métissage ; et Ton ne sait même ce que ce dernier pourra définitivement donner, car il semble, de l’aveu de tous les coloniaux, que les métis soient moins résistants que les types primitifs dont il dérive.
L’Europe est donc condamnée à ne jamais prédominer de son sang dans l’Afrique noire, non plus, d’ailleurs, que dans les empires jaunes de l’extrême Asie. Elle est condamnée à organiser d’immenses territoires de richesse très inégale, à éduquer d’innombrables peuplades de capacité intellectuelle variable, mais la plu-