CHOLÉRA
Le choléra est une des maladies dont l’éclosion en Europe, frappant de terreur les habitants, a longtemps produit une panique et un affolement qui ont rendu vains les efforts tentés pour enrayer l’épidémie. Originaire de l’Inde, ses foyers primitifs se trouvent autour du Gange. C’est en 1852 qu’il commença à envahir l’Europe. Depuis cette éjioque et à plusieurs reprises
LES MALADIES TRAASMISSIDLES.
le choléra a sévi en produisant des épidémies dont les plus meurtrières furent celles de 1852 et surtout celle de 1849 à 1856, car elle fit en France plus de 250 000 victimes.
Dans ces diverses épidémies, on a pu reconstituer la marche suivie par l’épidémie et constater que la rapidité de l’invasion s’est accrue avec la multiplicité et la vitesse des moyens de transport.
Les é])idémies de 1852 et de 1849 envahirent l’Euroj)e par la voie de terre avec les caravanes. Celle de 1852 a mis quatre ans à nous atteindre. Elle envahit les frontières de la Perse en 1829, frappe Astrakan en 1829 et arrive à Varsovie; de la Baltique elle est transportée à Edimbourg, le 27 janvier 1852, éclate à Londres le 10 février, à Calais le 15 mars et à Paris le 26 mars.
En 1865, le choléra arrive en Europe, par la voie de mer, en six mois, de l’Inde à la Mecque, puis ensuite en Egypte, à Marseille et à Paris.
Depuis cette époque, le canal de Suez et l’Égypte ont toujours été les avant-postes de l’épidémie. Des mesures sévères, adoptées par le conseil sanitaire international d’Alexandrie, avaient réussi à préserver l’Europe jusqu’en 1881. Mais à ce moment, l’Angleterre, par une dérogation coupable à la règle adoptée jusqu’alors, obtint que les navires de Bombay, où le choléra est endémique, franchiraient le canal de Suez en libre pratique, c’est-cà-dire sans être soumis aux formalités des quarantaines. Un mois après, le choléra était à Alexandrie, un an plus tard à Toulon.
ÉLÉMENTS D’HYGIÈNE
Nature et mode de transmission de la maladie.
— Le clioléra est spécial à l’homme et n’a pas été observé chez les animaux qui sont réfractaires aux inoculations les })lus virulentes. C’est maintenant uneafléction beaucoup moins meurtrière (juc la lièvre typhoïde et la diphtérie, car en 1884. il n’y a eu à Paris, d’après la statisti({ue municipale, que 1 051 décès.
Son évolution est plus ou moins rapide et varie, quand l’issue est fatale, de quelques heures (choléra foudroyant), à quelques jours; à l’autopsie on trouve presque exclusivement des lésions dans l’intestin.
La nature parasitaire du choléra n’est pas encore ^ établie rigoureusement. M. Koch
a bien découvert dans les selles et dans l’intestin des malades, un bacille, le bacille virgule ou Spirillum Choleræ qui paraît être le germe spécifique de l’af- \ feclion {/ig. 0), mais malgré les
présomptions qui existent en faveur de cette spécificité, l’inoculation aux animaux n’ayant pas p. „ „ . , donné iusiiu’ici de résultat, on
Im". 6. — Spirillnm Choleræ . ^
(Bacille virgule). A, dans le doit se inoiitrei' eiicorc réservé contenu du jéjunum, inélan- , .i i i -n i i
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liales. B, dans des cultures.
Quoi qu’il en soit, ce sont les déjections des cholériques qui renferment les germes de cette maladie et, par suite, ce sont elles qui, en souillant les linges, les vêtements ou l’eau, transmettent le choléra. L’air peut
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transporter quelquefois les germes desséchés, mais son rôle comme véhicule est peu important, il ne transmet l’épidémie qn’à de faibles distances, car jamais celle-ci n’a été plus vite que les voyageurs déjà atteints.
Transmission par l’eau. — Comme j)our la fièvre typhoïde, l’eau paraît être la voie de transmission la })lus importante, on peut en citer plusieurs exemples.
En 18-49, Paris était alimenté exclusivement par l’eau de Seine, toutefois le puits artésien de Grenelle fournissait de l’eau très pure aux quartiers voisins : or, sur le plan de Paris reproduisant la mortalité par maison, à cette époque, la zone de distilbution du puits do Grenelle est marquée par une tache blanche.
D’après M. Marcy, la ville de Naples fut très éprouvée par l’épidémie de 1884; on reconnut que les égouts, creusés dans le tuf volcanifpic perméable, communiquaient avec les puits d’alimentation, car la municipalité y ayant fait jeter de l'acide phénique pour les désinfecter, l’eau de la ville basse cessa d’étre potable à cause de l’acide phénique (pi'elle renfermait.
Transmission par les effets et les poussières qu’ils dégagent. — Los efièts et les linges souillés par les choléri(jues sont aussi des agents de transmission, comme le montrent les exemples suivants :
Des matelots de Terre-Neuve, tous sains, débanpient à Cette pendant une épidémie de choléra, ([uelqucs-uus meurent de celte affection ; on rapatrie les survivants dans leur pays d’origine : Fécamp et Yport. L’un d’eux succombe en route à l’épidémie, sa malle va à Paris, y séjourne huit jours et arrive à destination à Yport ; une femme l’ouvre, lave le linge et meurt deux jours après du choléra.
l u autre exemple, montrant la durée de la virulence des germes, est cité par le docteur Brown, de New-York, l'ne femme meurt du choléra; dix mois après, l’épidémie ayant disparu, le mari ouvre la malle pour donner les vêtements de sa femme à des parentes; il meurt le lendemain du choléra.
ÉLÉMEMTS D HYGIÈNE.
Moyens préventifs. — On ne connaît pas d’autres procédés de défense contre l’invasion du choléra que des moyens préventifs; l’expérience a démontré d’ailleurs, que leur eflicacité est aussi certaine que dans le cas de fièvre typhoïde.
On devra ne consommer que de l’eau privée de germes; on désinfectera les selles ou les déjections des malades avec le plus grand soin et on passera à l’étuve tous les objets, linges, vêtements, literie, souillés par eux. L’isolement complet du malade n’est pas aussi nécessaire que dans les fièvres éruptives ou la diphtérie, si l’on désinfecte immédiatement les déjections; l’isolement est une mesure de prudence destinée à empêcher l’encombrement et les contacts multipliés des malades et des personnes saines, il n’implique pas la transmission fatale par l’air, comme on l’a cru longtemps au grand détriment des malades.
Quarantaines. Assainissement des navires. — Pour préserver les villes de ces épidémies exotiques, on a depuis longtemps employé les cordons sanitaires et les quarantaines, mais trop souvent sans succès. Le meilleur procédé consiste à obliger les navires, surtout les transports, à pratiquer, pendant la traversée, l’isolement des malades, la désinfection rigoureuse, et quand il s’agit de la variole, la revaccination des passagers.
Tout navire })énétrant dans un port, devrait être tenu de prouver que toutes les mesures sanitaires ont été prises et en cas de négative, assaini et désinfecté aux frais des compagnies, comme cela se prati(jiie })our la variole aux Etats-Unis. La (juarantaine ne serait donc
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inainleiiue que pour les bâtiments refusant de soumettre les malades, pendant la traversée, aux mesures d’isolement et de désinfection. Depuis quebjues années, les transj)orts (jui arrivent à Marseille se sont soumis à ces prati(jues, et le lazaret du Frioul n’a pas fonctionné pendant l’année 1888 : fait (pii ne s’était jamais vu.