BACTÉRIES PATHOGÈNES
Les ennemis qu’il nous reste à examiner au point de vue pathologique, sont les bactéries qui provoquent par leur arrivée dans le tube intestinal les maladies graves, trop souvent mortelles, comme la lièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie, etc.
Fièvre typhoïde. — Nombreux sont les exemples d’épidémie de fièvre typhoïde qui éclatent et s’étendent avec la distribution d’une eau malsaine, puis cessent rapidement dès qu’on interrompt la distribution de l’eau suspecte. Aux exemples que nous avons déjà cités (page 45 et suiv.), nous pouvons joindre les suivants, relatés par le docteur Schneider en 188(), dans une étude sur la fièvre typhoïde dans la garnison de Paris.
A la caserne de Pcnthièvre occupée par le 119° de üj^ne. on observa en juin, jnillet et. août, mois pendant lesijnels les soldats buvaient de l’ean de source, 4 cas de lièvre typhoïde; du 15 août au ÏL septembre, on substitua l’eau de Seine à l’ean de source, et pendant le mois de septembre on constata 12 1 cas de fièvre typhoïde.
A la caserne du Cbàtean-d’Ean, occupée par le 51° de ligne, la marche de la lièvre typhoïde est la suivante ;
Janvier Février Mars. .
Avril. .
Mai . .
.Inin. .
0 cas.
ÉLÉMEiMS imVGIE^E.
Sul)slilulioii (le l’eau de Seine à l’eau de source, du 15 juin au 8 juillet.
Juillet
Août.
17 cas.
K;i popuUilion civile de Paris fournil les mêmes résultats, la mortalité par lièvre typhoïde augmentant jtendant l’époque où l’on substitue l’eau de Seine à l’eau de souree pour la consommation. D’autre pari, la bactérie qui paraît provoquer la lièvre typhoïde (bacille d’Ebertb) a été rencontrée dans un grand nombre d’eaux de rivière ou de source qui avaient reçu les déjections des typhiques, ou qui s’étaient iuliltrées à travers le sol sur lequel ces déjections avaient été déposées.
Choléra. — L’eau est aussi, nous l’avons vu, un des véhicules du Spirilhim c/to/e?YP, la bactérie du choléra.
L’épidémie de Gènes (1884) en fournil une prouve inanifesto : sur 500 cas de cliokira observés dans cotte ville, du 10 au 50 septembre 1884, 250 ont été observéîs cbez les personnes ([ui buvaient l’eau amenée par raqueduc de Nicolay, contaminée sans doute par son passage dans le bourg de Bnssala, où l'épidémie s’était montrée le 15 septembre, liés qu’on supprima la distribution de l’eau sus- ])ecte, le 50 septembre, le nombre des décès diminua de 50 à 27, puis à 12, et l’éjûdémic disparut en 15 jours (Marcy).
Dieu d’tuilrcs Itaetéries |)athogènes existent dans les eaux {liacilluH scplicas, B. anthracis, etc.); si bcaucou]) d’entre elles pénètrent dans l’organisme sans y causer de troultles, cela tient à ce que l’intestin n’offre pas pour elles, comme pour le bacille d’Fd>ertb ou le
Dl'; 1,’KAl'.
l)acille virgule du choléra, uu terrain de cultun; favorable, et ([u’ellcs ne peuvent traverser répithéliinn intestinal; mais si ce revêtement protecteur est entamé, on conçoit (jue des désordres graves puissent survenir par ringestion d’eau impure.
§ II. — Analyse des eaux de düisson
Il est donc de la plus haute importance de connaître la pureté des eaux destinées à la consommation, i.es méthodes d’analyse employées autrefois pour lixer la valeur alimentaire d’une eau, sont devenues insnflisantes depuis la découverte des germes des maladies contagieuses.
On se contentait en effet de déterminer la teneur en oxygène, en sels calcaires, et de doser la pro])ortion de matières organiques, en rejetant de l’alimentation tontes les eaux renfermant plus de "i à 5 milligrammes de matières organiques et dépouillées d’oxygène. Or la nocivité des eaux ne croît pas nécessairement avec la proportion de matières organiques, et M. llronardel a constaté, dans une épidémie de lièvre typhoïde, (jn’une eau de puits, très pauvre en matières organi(pies, renfermait le bacille de la lièvre tyi)hoïde et se montrait pins dangereuse ({ue celle des j)nits voisins, heancoiq) pins chargée de ces matières. D’antre j)art, si l’absence d’oxygèm; est un indice de la mauvaise (pialilé des canx, celles qui sont très aérées peuvent être très dangereuses lorsqu’elles renferment des bactéries patho-
gènes telles que le bacille du choléra, que l’oxygène ne tue pas immédiatement.
De nombreuses observations ont montré, en ciïet, que toutes les eaux courantes, même les plus pures, reni’erment des organismes microscopiques, des bactéries principalement, des spores de champignons, etc. Comme quelques-uns de ces organismes sont les germes de maladies contagieuses, il faut donc que les eaux potables n’en renferment point.
Aussi l’analyse des luTitières soluljles est-elle complétée aujourd’hui par l’examen bactériologique.
On s’est d’abord contenté de dénombrer, par des procédés de culture variés, le nombre des bactéries renfermées dans l’eau et, comme l’observation a démontré qu’aucune eau courante n’est exempte de ces organismes, on a dressé arbitrairement une échelle fixant les qualités de l’eau d’après le nombre des bactéries qu’elle contient. On admet avec M. Miquel (pie Vean de boisson doit renferme)' an plus 500 à 1 000 bacléries par cenlinièh'e cube. Cette définition de l’eau jiotable, acceptable à la rigueur (piand on connaît l’origine de l’eau consommée, est insulbsante et fournit une sécurité trompeuse lorsipie l’on ignore le trajet et la nature des conduits (jui la transportent.
Ajoutons que les bactéries renfermées dans l’eau sont ordinairement inollènsives et que l’on peut les amener impunément en grande quantité dans le tube digestif. Celles qui sont nuisibles, les bactéries pathogènes, sont introduites accidentellement, souvent par le fait de rincurie ou de la négligence de riiomme;
dp: L’EAU.