CHAPITRE Vil
LE SOL. — LES CLIMATS
Le sol II une grande iinporlance dans la répartition des eaux et, par suite, il inilue beaucoup sur les variations météorologiques de l’air.
On distingue deux parties dans le sol : la couche superficielle, généralement ameublie par les divers travaux de culture et que l’on nomme le sol arable ; la couche profonde ou sous-sol, dont la nature variable résulte de l’affleurement des divers terrains formés pendant la série des périodes géologiques. En certains endroits seulement, sur les pentes dépouillées d’arbres, la terre arable disparaît et le sous-sol est à nu; ce n’est qu’une exception.
' Constitution et propriétés du sol. — La constitution chimique de la terre est extrêmement variable puisqu’elle dépend de la nature géologique du sous-sol, mais au point de vue qui nous occupe, nous n’avons pas à étudier les nombreuses espèces minérales qu’on y rencontre. 11 nous suffit de savoir que la couche superficielle est ordinairement composée de sable ou de gravier, de calcaires, d’argile et de matières orga-
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niques formées par les détritus d’étres vivants qui peuplent la terre. Ces diverses substances se présentent là l’état de fragments plus ou moins divisés et laissent entre eux des espaces vides dans lesquels l’eau ou l’air peuvent circuler ; le volume de ces es|)aces varie, suivant la grosseur des fragments de gravier ou de sable, de 40 à "23 pour 100. La terre est donc poreuse et |)eut enq)risonner un volume d’eau ou un volume d’air considérables; en raison de sa j)orosité, le sol est peiniéable, c’est-à-dire [)ent se laisser traverser par l’eau ou par l’air plus ou moins facilement. Lorscpie les sables et les graviers ou les calcaires dominent dans la terre arable, elle est très perméable; si elle renferme de l’argile en grande quantité, l’eau des pluies reste stagnante et l’air ne se renouvelle pas dans les diverses [)arlies du sol.
La nature du sous-sol est beaucoup moins complexe (pie celle de la couche superliciclle, les matières oi’ganûpies y font presipie toujours défaut; on y trouve des sables ou des grès, des calcaires, des argiles ou des marnes, ou enlin dos roches cristallines, granits, porpbyres, etc.
Matières organiques. — La présence constante des matières organiques dans la couche superlicielle de la f(;rre est de la jdus haute importance. Ces matières sont inertes nu vivantes : les premières constituent les détritus des plantes ou des animaux ; les secondes sont des organismes niicroscopiipies, bactéries, champignons, iid'nsoires, etc., qui vivent aux dépens des matières minérales ou organiipies renlérinées dans le sol. Dejiuis
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(juclqucs années, on s’est occupé de reclierclier la nature de ces êtres et d’en fixer approxiinativement le nombre.
Parmi les organismes qni peuplent la couche superlicielle, les bactéries dominent, mais elles sont inégalement réparties : en nombre considérable à la surface du sol et jusqu’à 40 à 50 centimètres de profondeur, elles diminuent rapidement à mesure que l’on descend plus ou moins profondément, et à 2 on 5 inèlres on n’en rencontre plus ou seulement en faible quantité.
Comme nous l’avons déjà fait remarquer à propos de l’eau et de l’air, ce n’est pas le nombre des bactéries qu’il importe de connaître, mais leur nature. Le sol renferme-t-il des bactéries pathogènes? Et dans quelles conditions apparaissent-elles? Il n’est pas douteux (pie le sol contienne les organismes de certaines maladies transmissibles ; le bacillns septicus de la seplicémie est très commun déjà, ce qui explique, comme nous l’avons vu, les graves complications observées dans les jilaies souillées par la terre ; la bacléridic charbonneuse n été aussi retrouvée dans la terre ; dans certains départetements, celui d’Eure-et-Loir par exemple, c’est à la présence de cette bactéridie qu’on a pu légitimement attribuer l’endémicité de la maladie charbonneuse ; plus rarement on a retrouvé le bacille typhique, etc. Mais la ])lupart de ces organismes ne ])araissent pas trouver dans le sol les conditions favorables à leur végétation et, d’après les expériences entreprises, ils ne tardent |>as à j)érir lorsqu’ils y pénètrent en état de vie active ; si cei-taines espèces s’y conservent néaii-
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moins pendant longtemps, comme le lait a été constaté par M. Pasteur pour la bactéridie charbonneuse, c’est parce (pi 'elles passent à l’état de spores.
On ne les rencontre [las d’ailleurs à partir d’une pi’o- Ibndeur de ^2 ou 5 mètres, sauf les cas particuliers de tissures ou de crevasses permettant leur introduction mécani([ue avec l’eau.
Le plus grand nombre des bactéries rencontrées à la surface du sol, est donc constitué par des bactéries inolfensives, des saprophytes. Ces organismes sont les agents les plus actifs de la puriticatiou du sol : en présence de l’air, ils transforment les matières organiipies en substances minérales, sels ammoniacaux, nitrates, carbonates, sulfates, ([ui sont absorbés [lar les plantes et rentrent dans la circulation générale. C’est dans les coucbcs sujK'rlicielles où l’air circule aisément (pie ce travail de destruction a lieu; dans les couches profondes l’air est rare, la végétation des bactéries se ralentit et devient nulle, les formes (pie l’on y rencontre sont en état de vie ralentie; mais dès (pie l’on ameulilit ou ipie l’on retourne la terre en ramenant à la surface le sol profond, les spores (pii y .sont renfermées ne tardent pas à végéter activement et bientôt ces couebes [irésentent une grande richesse en bactéries.
Sols perméables. — Assainissement par la culture, — Terrains cultivés. — Les sols perméables, dans les campagnes, sont rapidement assainis à la fois jiar la végétation des bactéries de la couche superticielle et par celle des plantes (pi’on y cultive. Les exemples les plus frappants à cet égard sont tirés des terrains d’irri-
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galion (jiii, à Herliii, à Brcslau, à Dantzig el dans certaines villes d’Angleteri'e, sont arrosés avec l’ean des égouts, souillée j)ar les eaux ménagères el les matières fécales. Ces terrains reçoivent donc les sonillnres les plus nomhrenses et, au point de vue hygiénique, les plus dangereuses, puisque nous avons vu que les matières fécales sont les véhicules des germes de la fièvre typhoïde, du choléra, etc.
Cependant la salubrité de ces terrains ne le cède [>as à celle des régions les plus saines. C’est ainsi que dans les terrains d’irrigation de Berlin, de nombreuses maisons de canqiagne se sont élevées, on y a établi des asiles d’enfants, des casernes, l’école des cadets. A Gennevilliers où, depuis quelques années, le sol est irrigué avec les eaux d’égout de Paris, la mortalité a diminué, la lièvre typhoïde, le choléra, le charbon, y sont rares.
Sol des villes. — Dans les villes, au contraire, les souillures sont nombreuses , et en raison du revêtement imperméable formé par les maisons, les chaussées ou les routes, l’air ne circule pas dans les couches superficielles; si les matières organiques et.leshactéries sont abondantes, l’épuration qui se produit dans les terrains aérés et cultivés ne peut avoir lieu. Aussi ce sol saturé d’impuretés est-il une cause d’insalubrité; les eaux (jui le traversent et qui alimentent la nappe souterraine, sont de mauvaise qualité, presque toujours nuisibles. Lui-nième peut ])rovoquer des accidents graves; s’il est ex[)osé à Pair et à la dessiccation, la surface devient pulvérulente et les poussières entraînées par l’air transportent avec elles les haclériesqui les souillent;
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011 a signalé on elîot de nonibronx exeinplos d’épidémies coïncidant avec le bonleversenieni des terres, nécessité par des travaux de terrassement (Nancy).
Sols imperméables. — Marais. — Les sols imperméables, on ceux dans lesquels la conclic inijierméable est à une faible distance de la surface, à pentes faibles on nnlles, ne laissent pas écouler l’eaii qu’ils reçoivent; celle-ci séjourne dans tonie la surface, l’air ne circule pas et les matières organiques se pntrélient, transformant les étendues d’ean stagnante en vastes marais, dont la présence donne à une contrée une insalubrité d’anlant plus grande (pie la température moyenne est plus élevée.
Malaria ou fièvres paludéennes. — Les alléctions oliservées chez les habitants des régions marécageuses sont connues sous le nom de vialaria (mauvais air), de jièvres paludéenïies on de fièvres lelluriques. On les désigne aujourd’hui sous le nom de paludisme. Les régions marécageuses existent dans tons les (lays dn glohe, mais c’est surtout dans les contrées chaudes et tempérées ipi’elles provoquent des accidents graves. L’Ecosse, r Allemagne, la Hollande, jirésentent de grandes étendues marécagenses on les accidents sont rares et toujours hénins.
En France, les marais sont répandus surlout sur le littoral aux embouchures des lleuves, le long des c(jtes liasses et sablonneuses. A l’intérieur des terres, la hresse et la Sologne ont acquis depuis longtemjis une triste réputation; mais c’est en Italie que la malaria sévit avec intensité ; les rizières rentreliennent dans
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lii Lombardie et le Piémont; on l’observe aussi dans les Marais Pontins, la Campagne romaine, les Pouilles, la Calabre, etc. En Algérie, aux débuts de la colonisation , certaines régions ont acquis une réputation d’insalubrité heureusement disparue aujourd’lmi.
Organismes spécifiques du paludisme. — Hématozoaires. — L’inllucnce des marais sur le développement des lièvres paludéennes est établie depuis longtemps, et, pour l’expliquer, on supposait que l’air chargé de miasmes les transportait à une distance variable ; mais on n’avait jamais isolé ni vu ces miasmes paludéens. La révolution apportée dans l’étiologie des maladies transmissibles par les découvertes de M. Pasteur, a provoqué un grand nombre d’observations sur l’origine des lièvres paludéennes. Grâce aux recberclies de M. Laverai!, contirmées par d’autres médecins, le parasite du paludisme est bien connu aujourd’hui.
Si l’on examine en etïét le sang d’un individu atteint de paludisme, on y trouve des corpuscules de Ibrme variée, animés de mouvements amiboïdes et vivant aux dépens des globules du sang qu’ils décolorent et finalement détruisent (lig. ^25) . Ces corpuscules rentèrment des granules bruns de })igment, qui donnent au sang et aux organes cougestionnés, une teinte brun chocolat caractéristiipic. On distingue les corpuscules sphériques [c] les plus communs, tantôt plus petits ou un peu plus grands (|uc les hématies, nageant dans le plasma ou inclus en nombre variable dans les globules; les corpuscules flacjellés (d), corps spliéri(|ues munis de minces prolongements,. 2, 5 ou i, très dilticilcs à voir quand ils
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sont au repos; les corps en croissant, libres ou accolés aux globules [n], les corps en rosace on segmentés (p). Ces formes paraissent appartenir à un seul organisme que M. Laverai) nomme héinatozoaire et que l’on rapporte au gi'oupe des sporozoaires; ce serait une des nombreuses espèces de coccidies, animaux parasites aj)[)arlenant aux grégarines.
l’iR. ^5. — lléinalnzoaircs du paludisme. K. dans le saiip de l'homme : a, plohule rou"e normal; glohulc.s rouges renfermant des corps pigmenlés;
c, corps pigmenté isolé; d, corps pigmenlés avec llagella; p, corps segmentés; n, corps en croissant. B, dans le sang des oiseaux : a, glolmles normaux ; b, globules avec corps pigmentés; c, corps pigmenté libre; l, leucocyte;
d, corps en massue, libre.
L’hématozoaire a été retrouvé dans le sang de presque tous les individus atteints de paludisme, il manque dans celui des individus sains. On l’a retrouvé dans le sang îles animaux (oiseaux, toidues, etc.) vivant dans les régions de lièvres paludéennes. Knlin ce parasite, injecté dans le sang d’individus sains, s’y développe rapidement en provotpiant les accidents fébriles caractéristiques du paludisme.
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Voie d’introduction des hématozoaires. — On ii’a pas retrouvé les parasites dans l’eau ou dans le sol des marais, et l’on snj)pose qu’ils vivent dans le corps d’antres animaux, comme nous l’avons vu ])oni‘ certaines airections parasitaires dues aux nématodes ou aux vei's plats ; il règne donc encore beaucoup d’incertitude sur les voies de transmission de ces parasites.
Le transport par l’air et l’introduction par les voies respiratoires, considéré autrefois comme la cause essentielle de l’infection, paraît être aujourd’hui sans importance.
Au contraire l’eau de boisson serait, d’après M. Laveran, la cause la plus fréquente de contamination, car dans les contrées insalubres, les individus qui boivent de l’eau bouillie ou de l’eau provenant de sources éloignées sont épargnés, tandis que ceux qui consomment l’eau des marais sont atteints; d’auti'e part, dans des contrées salubres, si l’eau consommée provient de localités insalubres, les habitants contractent la malaria, et les individus les plus exposés au paludisme sont ceux qui consomment le plus d’eau.
Prophylaxie. — On peut préserver les individus de ces alfections de deux manières: 1“ par l’assainissement des régions insalubres; par des précautions bygiénbfucs individuelles.
Assainissement des marais. — La mise en culture des terrains marécageux est le procédé le plus eflicace pour faire disjiaraître les lièvres palustres ; elle exige deux opérations : VaiiséchemenL des marais j)ar un drainage convenable, destiné à favoriser rapidement l’écou-