CHAPITRE VIII
LA P£AU. - LES SÉCRÉTIONS
L’activité des tissus détruit sans cesse la matière vivante qui les compose et, par une série de modifications chimiques où les oxydations dominent, elle transforme les principes immédiats du corps en composés d’autant plus simples que l’oxydation est plus complète ; tous ces corps constituent les déchets de l’organisme, leur production est en raison directe de l’activité et peut lui servir de mesure.
Les substances qui forment les déchets, telles que les alcaloïdes (leucomaïnes), l’acide urique, l’urée, l’acide carbonique, constituent des poisons pour les cellules vivantes; leur accumulation dans les tissus produit des désordres plus ou moins graves qui ont le caractère de véritables intoxications. 11 est donc indisjiensahle d’évacuer à l’extérieur ces produils toxiques au fur et à mesure de leur formatiou ; c’est le rôle dévolu aux apjiareils d’élimination : poumons, foie, reins, peau.
Nous avons vu, à propos de l’atmosphère, les moyens d’assurer l’exhalation régulière des déchets gazeux ; il nous reste à étudier l’hygiène de la }ieau, dont la néces-
LA PEAU. — LES SÉCRÉTIONS. 261
site est encore si peu appréciée, surtout dans les campagnes.
L’intégrité des fonctions de la peau est nécessaire au bon éipdlibre des fonctions de la nutrition, tant à cause de son rôle comme revêtement protecteur (|ue des sécrétions dont elle est le siège.
Par sa situation, la peau est exposée à un grand nombre de causes d’altération : déchirures, action du froid ou de la cbalcur, action des poussières, envabissement par les parasites. Au moyen du vêtement, nous la protégeons contre les accidents mécanicpies ou physiques ; par des soins appropriés, nous pouvons la protéger contre les parasites et maintenir dans toute son activité la fonction d’élimination.
§ I. — Ai'Fectioxs parasitaires de la peau
Ces affections sont nombreuses et causées par des organismes variés : les unes, comme la (jale causée par un acarien du groupe des arachnides, sont laciles à guérir et n’apparaissent que chez les individus auxquels les soins de projireté sont inconnus : d’autres, sans être graves, sont des allèctions rebelles et très contagieuses : ce sont les diverses espèces de teigne.
La plupart des teignes sont dues au développement de champignons ou de bactéries : si on les observe surtout dans les paities couvertes de poils, sur la tête notamment, elles peuvent cependant envahir la peau dénudée; elles olfrent un caractère commun, celui de
ÉLÉMENTS D’HYGIÈNE
former des taches circulaires qui s’agrandissent peu à peu, en délimitant des auréoles caractéristiques à mesure que les parties centrales guérissent.
Teigne faveuse ou favus. — Elle est causée par le développement d’un champignon ascomycète, V Achorion Schœnleinii, dont les spores, introduites dans les tuniques de la racine d’un poil, germent en donnant des fdaments qui se développent d’ahord dans le poil et causent sa mort, puis s’étendent peu à peu en gagnant les poils voisins. Cette alléction s’observe ordinairement sur la tète ; la partie malade présente de petites concrétions saillantes d’un jaune clair ou soufré, disposées en forme de godet^ à la hase des poils; les concrétions se réunissent souvent en formant des taches sèches, friables, à odeur de souris ; dans les parties atteintes, les cheveux tombent et ne repoussent plus.
La teigne faveuse est bien plus fréquente à la campagne qu’à la ville ; elle est extrêmement contagieuse et se transmet non seulement d’individu à individu, mais encore par certains animaux commensaux (souris, rats) ou domestiques (chiens, chats).
Teigne tonsurante. — Cette maladie est causée par le développement du Tricliophijlon tonsurans , dont les lilaments pénètrent et enveloppent les cheveux ou les poils de harlie et les rendent ti ès friables. Les taches (ju’il détermine sont rondes, grises, recouvertes de pellicules sèches, blanches et ressemblent aux tonsures.
Lorsque le pai’asitc est localisé dans le cuir chevelu,
1. C’est celte l'orme en p^odet qui a valu à raffeclioii le nom de rtUî/s, ce lerme désignant la cellule des al)eilles.
LA PEAU. — LES SÉCRÉTIONS
la maladie prend le nom de teigne tonsiirante proprement dite; elle est surtout fréquente dans les villes, au milieu des grandes agglomérations. C’est chez les enfants qu’elle sévit jusqu’à 12 ou io ans; on ne l’observe plus après 21 ans.
Parfois le parasite est localisé sur la face, au maxillaire inférieur : on nomme l’affection qu’il provoque mentagre o\\ sycosis; cette forme a été observée souvent dans les villages ou dans les régiments à l’état de véritables épidémies propagées par les barbiers.
Enfin, le Trichophyton peut se développer sur la peau nue, le tronc, le cou, les membres; il détermine alors la formation de taches rouges ou d’anneaux qui ont fait donner à cette forme de l’affection le nom dlierpès circiné.
La teigne tonsurante, sous ses diverses formes, est une maladie très longue et d’une guérison difficile, elle est éminemment contagieuse ; riiomme peut la gagner aussi de certains animaux domestiques (bœuf, cheval, chien, chat).
Pelade ou teigne décalvante. — Cette maladie, qui se montre sur toutes les parties velues du corps : cils, sourcils, barbe, cheveux, se présente sous l’aspect de plaques arrondies entièrement dépourvues de poils et dans lesquelles la peau, lisse, conserve sa couleur normale comme dans la calvitie qui survient avec l’âge.
Il parait démontré que l’on désigne sous le nom de pelade des affections dues à des causes diverses ; l’une d’elles, qui provoque la chute complète des cheveux, des cils et des sourcils, est probablement d’origine ncr-
ÉLÉMENTS DTIYGIÈNE.
YCiise et, par suite, non contajiieuse ; mais les autres, d’origine parasitaire, seraient dues, d’après des observations récentes, à certaines espèces de inicrocoqiies. Cela paraît être le cas dans la pelade localisée qui est contagieuse.
Modes de transmission, prophylaxie, — l,es diverses forines de la teigne qui peuvent être transmises à l’homme par certains animaux se propagent, surtout dans les agglomérations, d’un individu à un auti'e par les coilfures, les taies d’oreiller, l’usage commun des peignes et des brosses, des rasoirs, des ciseaux et des tondeuses. Dans les écoles, c’est surtout par la mauvaise habitude ([u’ont les enlants de changer de coiffure, que la teigne tonsurante se transmet. Chez les adultes, c’est par la négligence des barbiers ou des coilfeurs, (pie la maladie est propagée et affecte le caractère de véritables épidémies.
Les moyens de préservation sont, dans les écoles, l’isolement des enfants malades, l’interdiction de l’usage commun des brosses ou des peignes. Les coiffeurs devront stériliser leurs outils au moyen de solutions antiseptiques, ou par l’immersion dans l’eau bouillante. Les linges ou les vêtements seront passés à l’étuve, car les spores des parasites conservent leur activité pendant plusieurs mois et même pendant un an.
A coté des diverses formes de parasites de la teigne, la peau peut nourrir d’autres champignons, le microsporon furfur qui cause l’affection désignée sous le nom de pityriasis versicolor (nommée aussi d’un mot
LA PEAU. — LES SÉCRÉTIONS
grec, qui signifie son, pour rappeler l’apparence des lambeaux épidermiques formant les pellicules détacliées de la peau). Cette alfcction se montre sur les parties du corps recouvertes par les vêtements; elle ne se rencontre ni chez les enfants ni chez les vieillards.
Le 2)ifij7'iasis du cuir' chevelu est une affection très bénigne causée aussi par un parasite ; signalons encore le psoriasis (de psoros, gale) ; Vimpelh/o, etc.
Muguet. — Tandis que les allections précédentes ont leur siège dans l’épiderme ou dans ses productions, \q, muguet est une alfection des muqueuses, notamment de la inmpieuse buccale, due au développement de l’ofdium albicans. Ce parasite détermine la formation de taches blanches toutes les fois que le liquide buccal est acide ; on l’observe fréquemment chez les enfants encore à l’allaitement, parce que le lait qui reste dans la bouche feianente en donnant de l’acide lactique qui favorise le développement de l’oïdium. Le muguet s’observe aussi chez les adultes, principalement au début ou à la tin des maladies graves.
§ II. — Protection de la peau. — Vêtements
Les vêtements sont destinés à protéger la peau contre les chocs ou les frottements des corps solides et à la soustraire aux variations brusques de la température ; mais, tout en réalisant cette double protection, le vêtement doit assurer la libre circulation de l’air et l’intégrité des sécrétions dont la peau est le siège.
Du vêtement considéré comme isolant ther-