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CHAPITRE XI

CONDITIONS DE SALUBRITÉ DE L’HABITATION

Les abris construits par rhoinme depuis la plus haute antiquité sont destinés à le soustraire aux modi- Hcatious de l’atuiosphère capables d’exercer une inllucnce nuisible sur la santé. Mais dans le milieu artificiel au sein duquel l’homme s’isole, les déchets organiques teudeut à s’accumuler et vicient plus ou moins l’atmosphère, de sorte que le séjour dans ces abris peut devenir plus meurtrier que le séjour à l’air libre.

L’habitation doit donc être telle, qu’en assurant la protection des individus vis-à-vis des modifications de l’atmosphère, ceux-ci soient soustraits à l’influence nocive des détritus et des déchets résultant de leur activité.

Les données fournies dans la première partie de ce livre nous permettent de formuler les conditions nécessaires et suffisantes pour que l’habitation réalise ce double but. Nous allons les passer successivement en revue. Dans cette élude, nous ne séparerons pas

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l’habitation cio l’agglomération, ville on village, à lacjuelle elle se ratlaelie étroitement, par ses avantages on ses inconvénients, au point de vue liygiénhpie.

§ I. — Emplacement et exposition de l’habitation

Isolement du sol. — Le choix de l’emplacement destiné aux habitations est important, quoicjue trop rarement discuté. On ne doit pas construire dans les régions marécageuses, afin d’éviter les lièvres telluriques ; les terrains soumis à des inondations périodiques étant insalubres il faut, autant que possilile, choisir les pentes où l’écoulement des eaux est facile ou les collines élevées au-dessus des prairies.

Lorsque l’emplacement de l’habitation est déterminé, les bâtiments que l’on construit doivent être édifiés sur des caves ou sur un sous-sol, de manière que le niveau du sol le plus bas soit au moins à 1 mètre au-dessus de la nappe d’eau souterraine. En outi’e, il est prudent de laisser entre les murs de fondation et le sol, tout autour de l’habitation, un fossé en maçonnerie étroit et un peu plus profond que le sol des caves, de manière à soustraire les fondations à l’action des pluies ou des eaux d’infiltration. Lorsqu’il n’est pas possible de construire sur caves, on doit ménager, entre le sol et le rez-de-chaussée, un espace de quelques décimètres, rempli de matériaux poreux.

En somme, il faut assurer, tout autour de l’habitation et à sa base, la libre circulation de l’air.

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Indépendance de l’habitation vis-à-vis de la température ambiante. — La nature des matériaux de construction est très vaiiahlc et le plus souvent imposée par la composition du sol de chaque contrée. On doit seulement remarquer que les matériaux très liygroscopiques doivent être rejetés, à cause de la facilité avec laquelle ils absorbent l’eau et se détériorent sous rinlluence des variations de température. La pierre de taille, les moellons, la bricjue, sont d’excellents matériaux.

Un commence à beaucoup employer les briques creuses dans la construction des murs ; elles ont l’avantage de constituer, dans l’épaisseur des murailles, un matelas d’air très mauvais conducteur, qui ])ermet de réduire leur épaisseur tout en les rendant isolantes.

Disposition des maisons ; étages. — Dans les campagnes et dans certaines villes, comme à Londres, les maisons n’ont qu’un étage ou deux au maximum ; c’est là une disposition bien préférable à la multiplicité des étages qui, dans Paris, provoquent rcncombrcmcnt et accumulent les causes de viciation.

11 n’est pas toujours facile de rompre avec les usages établis, et l’bygiène doit souvent se borner à tirer le meilleur parti des dispositions défectueuses. Ainsi, dans les maisons à nombreux étages, on devra éviter d’habiter les caves ou les sous-sols, ainsi que les combles ; les premiers sont toujours bumides, obscurs et à ventilation insuffisante ; les seconds sont exposés aux variations brusques de la température : très chauds en été, très froids en bivei'. D’après une statisti(jiie pu-

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1)1 iée par le D’’ Arnould, on voit que la mortalité à ilerlin est en elïet bien plus grande dans les caves et dans les combles, que dans les étages intermédiaires.

Décès pour lOOÜ hau.

Ciwes 25,0

Rez-de-chausséü 22,0

1'”' étage 21,6

2“ étage 21,8

étage 22,6

4° étage et au-dessus 28,2

La mortalité si grande pour les étages supérieurs ou les combles, qui semblerait indiquer des conditions hygiéniques plus défectueuses que dans les caves, est due à ce que les habitants de ces étages sont en général pauvres, exposés à la misère et aux jirivations.

Orientation des maisons. Arrivée de la lumière. — La lumière est indispensable dans les habitations, non seulement parce qu’elle est une condition de propreté, mais parce qu’elle est nécessaire au dévelopj)cment normal de l’homme. 11 serait désirable que toutes les maisons fussent ensoleillées pendant une partie du jour; cette condition, lacile à réaliser à la campagne, ne peut pas toujours l’ctrc dans les villes : là, la nécessité de l’orientation est suboi-donnéc à la direction des rues. D’ailleurs l’orientation varie beaucoup suivant la direction des vents dominants ; on peut seulement remarquer que l’exposition au midi est ])référable dans les villes du nord, au contraire l’exposition au nord est recherchée dans les villes du midi.

S’il n’est pas possible de laisser arriver le soleil dans

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toutes les habitations, on devrait au moins exiger que la lumière diiïuse y pût pénétrer. Cette condition n’est môme pas réalisée dans un trop grand nomljre d’habitations, surtout dans celles des villes. D’après le DTrousl, il existe en France '219 270 maisons dépourvues de Icnètres, et 1 050 050 maisonnettes (jui n’ont que deux ouvertures. Ce sont ces maisons, les plus mal aménagées, qui renrerment le plus grand nombre d’habitants. D’après une étude laite par le D' Maijolin en 1880, après le recensement de la population indigente de Paris , on a constaté que sur 40 044 ménages 20 757 n’avaient pour vivre qu’une seule pièce; parmi ces chambres uniques, 5422 renfermaient trois lits, 1170 en contenaient quatre et 142 juscpi’à cinq. Sur ce nombre, 2 402 chambres ne recevaient le jour (jue par des paliers ou des corridors et, dans 5 777 autres, on ne pouvait faire de feu, faute de poêle ou de cheminée.

Depuis cette époque, le nombre des indigents a augmenté et conq)rend à Paris, aujoiu'd’Imi, j)i-ès de 150 000 personnes formant plus de 50 000 ménages. Les conditions hygiéniques n’ont pas été modifiées, elles se sont plutôt aggravées ; depuis l’exécution des grands travaux, la population pauvre a émigré dans les (juartiers excentriques, s’entassant dans d’immenses casernes ou dans de véritables cloa(pies.

Dans les grandes villes, qui j)résentent encore de vieux quartiers et, dans Paris, pour les (piartiers commer(;ants, l’éclairage, malgré la présence des fenêtres, est encore insuffisant ; dans les rez-de-chaussée et

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les étages inférieurs, le gaz doit rester allumé toute la journée pendant l’hiver et même en été, pendant les temps pluvieux ; cela tient à l’étroitesse des rues. Ce n’est que dans les rues nouvelles que l’on a adopté une largeur suffisante, 12 à 20 mètres, pour laisser pénétrer la lumière partout. On peut remarquer en outre que, dans beaucoup de constructions neuves, les chambres qui exigent le plus d’air et de lumière (chambres à coucher, cuisines, etc ) sont reléguées sur des cours étroites, véritables puits où le soleil ne pénètre jamais et où la lumière fait toujours défaut dans les étages inférieurs.

Cubage d’air. Ventilation. — Nous avons vu (juc l’espace nécessaire pour chaque individu est, au minimum, de 20 mètres cubes et que l’air, renouvelé au moins une fois par heure, doit être pur et frais; ces conditions sont rarement réalisées.

Dans les habitations pauvres ou cités casernes, dan les vieilles maisons de Paris, là où les fenêtres sont rares, où la lumière n’arrive pas, l’espace fait toujours défaut et l’on peut citer des réduits où chaejue individu dispose à peine de 5 mètres cubes d’air.

L’insuffisance de l’espace est si grande dans la plupart des habitations ouvrières, que la Commission des logements insalubres en a été réduite à proscrire les chambres (pii n’offrent pas au moins 1 0 mètres cubes d’air par individu.

Quant à la ventilation, elle est insuffisante et, quand elle se produit, l’air qui entre est tellement souillé par les (unanations des dêdrifus (ù des (bijections, (juc l’at-

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raosphcre reste toujours empestée et vient même empester l’air des rues ou des ruelles sur lesquelles (lél)ouclient les corridors. Même dans les constructions neuves, raménagement des chambres est réalisé en dépit de l’hygiène ; on construit de belles chambres de réception, rarement habitées, et l’on sacrifie les chambres à coucher, souvent petites, mal éclairées et mal ventilées.

§ 11. — Distribution de l’eau

L’eau pure est aussi indispensable que l’air et la lumière. Toutes les habitations devraient avoir de l’eau de source rigoureusement privée des germes des maladies transmissibles. Nous avons vu que les eaux courantes, exposées aux souillures de l’air et du sol superficiel, remplissent rarement cette condition. Aussi est-il à désirer que tous les ménages soient pourvus des filtres décrits plus haut, permettant d’obtenir une eau de boisson toujours saine, sinon agréable.

Le problème de l’alimentation en eau de boisson est à l’ordre du jour depuis quelques années ; bien des progrès ont été réalisés dans cette voie, mais il reste beaucoup à laire.

On estime à environ 150 ou 200 litres la quantité d’eau nécessaire à un individu, par jour, pour satisfaire aux besoins de la maison, de la rue et de l’industrie ; mais ce n’est là qu’un minimum que l\m doit plutôt dépasser ; comme l’a dit Fouchcr de Careil : « Il faut h'op (Veau 'pour qu'il y en ail nssrz ».

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Dans les campagnes, la qiianlilé lait rarement défaut, c’est la qualité qui laisse à désirer; par ignorance et par insouciance, les habitants des campagnes consomment souvent des eaux médiocres ou même mauvaises, alors (ju’il sulïirait de quelques travaux pour canaliser des sources excellentes ou pour établir les puits abyssiniens. C’est surtout dans les villages, où les babitations sont fortement grou|)ées, que l’alimentation en eau est défectueuse, les puits ou les fontaines étant souillés par les détritus et les déjections de riiomme et des animaux.

Dans les villes, la quantité est souvent insuffisante, la qualité médiocre ; la plupart n’atteignent pas même la moitié de la ration indispensable.

C’est la ville de Rome qui est le plus riche à cet égard , car elle a hérité des travaux gigantesques accomplis par les Romains ; vingt-deux aqueducs amenaient des torrents d’eau dans rancienne Rome, et, aujourd’hui, ceux que le temps a respectés amènent, par jour, 1 100 litres d’eau .à chacun de ses 500 000 habitants ; à Marseille, chaque habitant peut disposer de 792 litres jiar jour. A Paris, aetuellement, il n’y a que 220 litres d’eau par jour, dont les deux tiers sont représentés par des eaux de mauvaise qualité : celles de la Seine, de l’Ourcq, de la Marne, ({ui ne devraient être employées qu’au service des rues onde l’industrie. Mais bientôt la dérivation des sources de la Vigne et de Yerneuil permettra d’assurer à chaque habitant 500 litres d’eau, dont 100 litres d’eau de source. On peut espérer voir disparaître bientôt la distribution estivale d’eau de

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Seine, qui sème dans Paris les maladies transmissibles : fièvre typhoïde, dysenterie, etc. Les progrès réalisés à Paris ont été cependant considérables depuis un siècle, car en 1789 la Ville ne disposait que de 7 98G mètres cubes d’eau pour COO ÜÜO habitants , c’est - à - dire 15 litres par tête.

Influence de la pureté de l’eau sur la santé. — L’approvisionnement des habitations en eau de source, dans toutes les agglomérations où il a été réalisé, n’a pas tardé à produire ses effets par un abaissement sensible de la mortalité et du nombre des malades. Nous avons cité (pages 40 et 47) les résultats obtenus à Vienne (Autriche) et à Rennes. Cette influence est démontrée encore par les chiffres du tableau suivant empruntés h la statisticpie de l’armée, en 1885, et insérés dans les rapports de M. le I)'' Brouaitlel sur les é[)idémies de fièvre typhoïde en France :

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