LES « MEURT-DE-FAIM
Sir Henry Campbell-Bannerman prétend qu'il y a en Angleterre 13 millions de personnes,
des communes, que cettç déclaration est erronée. Les Allemands ont un système de réparation plus étendu que celui des Anglais, mais il diffère trop de la loi anglaise pour permettre de le comparer à celte dernière. Les Français ont admis le même principe que les Anglais, mais ils allouent aux ouvri'rs des indemnités plus larges.
La France et l'Allemagne, ajoute sir Charles Dilke, sont décidées, si l'Angleterre maintient ses lois ouvrières, à exercer une pression sur la Belgique et l'Italie, pour qu'elles appliquent les leurs. Il ajoute qu'il serait tout disposé à se joindre à la France et à l'Allemagne, pour exclure les produits belges ou certaines catégories de ceux-ci, si la Belgique refusait de céder à cette invitation.
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soit le tiers de la population, qui sont insuffisamment nourries et menacées à tout moment de mourir de faim (1) (underfed and on the verge of starvation). Cette allégation est très probablement exagérée. Elle contient cependant un certain degré de vérité. Mais pourquoi ces gens sont-ils insuffisamment nourris? Ce n'est pas parce que le pain n'est pas à bon marché, ce n'est pas non plus à cause des
(i) Sir H. Campbell-Bannerman s'est défendu dans la suite de faire sienne cette allégation. Il s'est * justifié en disant qu'il avait trouvé ce chiffre dans un livre de M. Rowntree. 11 ne l'avait, du reste, cité que pour attirer l'attention sur les maux qu'entraînerait pour une grande partie de la population, toute mesure qui aurait pour effet d'amener un renchérissement dans le coût de l'existence.
M. Chamberlain a, sur la même question, demandé l'avis de M. Charles Booth, qui s'est fait une spécialité de l'étude du paupérisme. Celui-ci lui a répondu qu'il ne pensait pas que ses propositions, telles qu'elles étaient actuellement présentées, fussent de nature à rendre l'existence plus difficile pour les classes pauvres. Il ajoute que, même si elles avaient cet effet dans une certaine mesure, il n'en resterait pas moins partisan, pour le motif que le bien-être des classes pauvres et même celui des gens régulièrement ou plus ou moins régulièrement occupés, dépend plutôt des conditions générales de la prospérité publique et des fluctuations du marché du travail que des variations dans le prix des denrées.
taxes, puisque les objets de première nécessité ne sont pas imposés; il n'y a donc qu'une raison : c'est parce qu'ils manquent de travail (1). Nos importations augmentent chaque année.
En 1872, nous avons importé pour 63 millions £, en 1882, pour 84 millions £, en 1892, pour 99 millions £, et en 1902, pour 149 millions £ d'objets manufacturés. En trente ans, les produits que nous aurions pu fabriquer aussi bien que les étrangers, ont donc augmenté de 86
(i) Un correspondant du Times (20 octobre 1903) écrit qu'on ne pourrait trouver la main-d'œuvre requise par une extension de l'industrie, ni parmi les ouvriers agricoles, ni parmi les ouvriers non qualifiés. Il faudrait donc que les ouvriers industriels se décidassent à travailler davantage pour gagner plus. Sont-ijs disposés à \e faire? Une série d'articles, parus dans le Times, a révélé, parmi les ouvriers, la tendance à aller à l'aise, ca' canny, et à travailler le moins possible (Plusieurs autres correspondants du Times font le même reproche aux Trade Unions), La vraie question à laquelle devraient répondre ceux qui prétendent que l'industrie anglaise décline, est celleci : étant données les conditions et l'organisation actuelles de l'industrie, l'Angleterre n'a-t-elle pas atteint le maximum de sa productivité? Si oui, c'est atteler la charrue devant les bœufs que de vouloir augmenter la production du pays avant d'avoir réuni les conditions qui rendent cette augmentation possible.
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millions £, tandis que nos exportations de produits manufacturés ont diminué de 6 millions (1). La perte pour notre industrie a donc été de 92 millions £, dont la moitié ou 46 millions représentent des salaires (2). Or, cette somme aurait permi$ de donner du travail, à raison de 30 sh. par semaine, à 600,000 ouvriers, et aurait assuré, en tenant compte de leurs familles, l'existence de trois millions de personnes. Cela n'aurait pas fait disparaître les meurt-de-faîm, c'est vrai, mais aurait au moins permis de rédujife sensiblement leur nombre (3).
(i) V. tableau, p. 56.
(2) Il résulte des recherches du Board of Trade (BIuc Bo^k, p. 36o), que la moitié du prix des produits exportés représente les salaires payés pour leur fabrication, tandis que l'autre moitié comprend le coût des matières premières et le profit.
(3) M. Chamberlain à Newcastle, 20 octobre 1903. M. Ritchie (Chambre des conmiunes, 10 février
X904) conteste que de grandes importations aient pour effet d'augmenter le chômage. En 1889, les importations ont battu un record : elle se sont élevées à loo millions iî. Il faudrait donc croire que cette année a aussi battu le record du chômage ; or, c'est tout le contraire qui s'est produit. Le nombre de chômeurs est tombé à 2,1 p. c. Si Ton songe aux gens malades ou empêchés pour divers motifs, il faut bien reconnaître que c'est là le minimum. Dans la suite, les importations
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Les libres-échangistes disent qu'il faut pouvoir acheter au marché le plus avantageux. C'est fort bien pour le capitaliste qui ne demande qu'à se procurer, au meilleur compte, les objets dont il a besoin. Il en est tout autrement de l'ouvrier. Celui-ci ne peut vivre sans travail, et il ne peut trouver de travail si ces objets sont fabriqués à l'étranger. 11 ne suffit donc pas de considérer les intérêts du consommateur. Ceux du producteur sont beaucoup plus importants.
Acheter au marché le plus avantageux n'est pas le véritable intérêt des ouvriers. On a tort, comme disait justement le rapport d'un congrès de trades-unions, de tout sacrifier au « démon du bon marché » (1).
ont baissé, et le nombre des chômeurs a augmenté. En 1893, les importations sont tombées à 98 millions £, et le chômage est monté à 7 ^ p. c. De 1893 à 1900, les importations se sont relevées graduellement et le nombre des chômeurs a décliné dans la même proportion.
(0 M. Bonar Law avait dit (Chambre des communes, 9 février 1904) que le commerce va bien quand les prix sont élevés, et mal quand les prix sont bas. Sir E. Grey a répliqué, le lendemain, que cela est vrai
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Ce qui intéresse par-dessus tout les ouvriers, c'est d'avoir du travail. Aussi le trade-unionisme est-il inconciliable avec le libre-échange (1), M. Keir-Hardie Ta reconnu à la Chambre des Communes : « Le libre-échange, appliqué d'une façon absolue, est une impossibilité. 11 n'y a pas de membre dans cette Chambre, partisan du trade-unionisme, qui puisse prétendre qu'il soit un libre-échangiste qui accepte toutes les conséquences du principe Les trade-unionistes
de notre pays n'ont nullement l'intention de permettre aux ouvriers exploités et mal rémunérés du continent, d'entrer en concurrence avec eux ».
11 n'y a pas de trade-unioniste qui ne soit opposé à l'immigration, sans réserve, des ouvriers étrangers. Nous croyons pouvoir dire que le
quand la hausse est la conséquence naturelle de la demande. Le protectionnisme peut aussi faire monter les prix, mais cette hausse sera le résultat non de l'accroissement de la demande, mais de la restriction de l'offre.
(i) Le Congrès des trade-imions de 1903 a voté une motion, condamnant la politique douanière de M, Chamberlain. Le Comité parlementaire du Congrès a, en outre, publié un manifeste dans le même sens, le 2 décembre 1903.
gouvernement est d'accord avec nous sur la nécessité d'empêcher que les étrangers ne viennent prendre le pain des ouvriers anglais. Mats n'est-ce pas une contradiction de la part de certains chefs trade-unionistes, de s'opposer d'une part à l'entrée de la main-d'œuvre à bon marché et de maintenir, d'autre part, l'importation des produits fabriqués par cette main-d'œuvre? (1)