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GUERRE DE TARIFS

On cherche à nous effrayer par le spectre d'une guerre de tarifs. L'expérience nous montre que^ quand nous avons le courage de revendiquer ce qui est juste, nous obtenons desrésul-' tats satisfaisants. Pendant trente ans, l'Angle-, terre et les colonies ont souffert du système

(i) M. Chamberlain à Glasgow, 6 octobre 1903. (2) Voir tableau, p. 64.

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des primes d'exportation. Elles ont eu pour conséquence de ruiner presque complètennent nos colonies des Indes occidentales, et d'écraser une des industries les plus florissantes de notre pays, le raffinage du sucre. Pendant trente ans, nos hommes d'Etat, à quelque parti qu'ils appartinssent, ont protesté contre les agissements des nations étrangères. Nous avons essayé de leur persuader qu'il était contraire à leur intérêt d'agir comme elles faisaient, nous leur avons déclaré que leur conduite n'était pas loyale à notre égard. Rien n'y a fait : pendant trente ans, nous n'avons pas obtenu la moindre satisfaction. Au bout de ce terme, nous leur avons dit : — « Ecoutez, nous sommes fatigués de ce jeu; si vous ne le cessez pas, nous imposerons un droit élevé sur les sucres » — et nous avons réussi.

On objectera peut-être que depuis lors le prix du sucre a monté. Supposons que cela soit exact. Serions-nous donc égoïstes au point de laisser abattre et ruiner ceux de nos camarades qui travaillent dans une autre industrie, aux seules fins d'épargner une minime fraction sur le prix du. sucre que nous consommons?

Evidemment non. Mais ensuite, le prix du

sucre n*a pas augmenté. 11 coûte actuellement 10 s. 1 ^ d. le cwt; et, pendant les cinq années qui ont précédé la signature de la convention de. Bruxelles, il a coûté 11 s. 3 d.; son prix a donc baissé de 1 s. 1 ^ d. Le prix du sucre varie, non en raison des droits, mais de la situation du marché général (1).

Le Canada nous offre un autre exemple de rinanité du danger d'une guerre de tarifs. Quand le Canada eut accordé à l'Angleterre une réduction de 33 i p. c. sur son tarif,

(i) Le prix du sucre a une grande importance pour l'industrie de la fabrication des confitures, qui a pris une si grande extension en Angleterre. Depuis 1874, le sucre entre librement dans ce pays. Grâce aux primes d'exportations allouées par les gouvernements étrangers, le sucre se vendait beaucoup moins cher en Angleterre que dans les pays producteurs. C'est ce qui a permis à la fabrication des confitures de se développer dans de si fortes proportions. La Convention de Bruxelles a mis fin au système des primes d'exportation. L'Angleterre l'a signée dans l'intérêt de ses possessions des Indes occidentales. La convention a eu pour résultat de priver les fabricants de confitures anglais de l'avantage qu'ils possédaient sur leurs concurrents étrangers, en achetant, à meilleur compte, les matières premières. Le sucre a déjà augmenté de 3 s. le centner. (R. J. Boyd, dans British industries under Free TradeJ,

TAIlemagne protesta, et, voulant mettre fin à cette préférence, imposa aux produits du Canada son tarif maximum. Le Canada répliqua en élevant les droits d'entrée à Tégard des produits allemands. Les journaux d'Allemagne s'écrièrent : « Nous ne pouvons tolérer une chose pareille. Si le Canada est autorisé à agir de la sorte, les autres colonies anglaises suivront son exemple! >^ Et les autres colonies ont suivi cet exemple. L'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande ont également accordé des droits de préférence à l'Angleterre, et l'Australie est prête à les suivre. L'Allemagne n'a cependant pas pris de mesures contre ces colonies. 11 est vrai que quelqu'un qui faisait alors partie du gouvernement, lui a fait savoir que l'Angleterre ne le tolérerait pas. Et depuis lors, il n'a plus été question de rien (1).

11 y a, du reste, une raison particulière pour ne rien craindre à ce sujet. Les seuls pays qui pourraient être tentés d'user de représailles à notre égard, sont l'Allemagne et les Etats-Unis. Or, ces pays ne courront jamais le risque de se voir fermer le marché de l'Angleterre, car

(i) M. Chamberlain à Nevvport, 23 novembre 1903.

nous sommes leur plus gros client. L'Allemagne a importé chez nous, en 1901, pour 45,300,000 £, soit 20 p. c. du total de ses exportations; et les Etats-Unis, en 1901, pour 108,000,000 £, soit 40 p. c. du total de leurs exportations (1); nous achetons actuellement à l'Allemagne deux fois, à la France, trois fois, et aux Etats-Unis, six fois autant que nous leur vendons respectivement. Les Etats-Uqis ont, d'ailleurs, créé le précédent des tarifs préférentiels à Cuba.

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