LA COMMISSION DU TARIF DOUANIER
Au meeting de Leeds (16 décembre 1903), M. Chamberlain a paru abandonner Tidée d'obtenir un mandat de la nation pour réformer la politique douanière. Il y a annoncé qu'il avait décidé de soumettre la question du tarif douanier à Texamen d'une commission, composée de sa propre initiative.
Faisons également un tarif, a-t-il dit, mais un tarif scientifique. On prétend que nous ne saurions pas en faire un, qu'il ne nous serait pas possible de distinguer entre les matières
(i) M. Chamberlain à Greenock, 7 octobre 1903.
premières et les produits manufacturés. On nous objecte, par exemple, que si nous empêchons l'importation de Tacier en barres au-dessous du prix de revient, nous ruinerons rindustrie des tôles fines, et que si nous arrêtons l'importation des fils de laine, nous tuerons Tindustrie des draps. Comment admettre que nos industriels et nos économistes soient incapables de résoudre le problème auquel les autres nations, aussi bien que nos colonies, ont su parfaitement donner une solution?
Afin d'atteindre ce but, la Tariff Reform League a décidé d'instituer une commission, composée d'experts et n'ayant aucun caractère public. Elle sera chargée de faire une enquête sur la situation du commerce anglais et d'indiquer les remèdes qu'il y aurait lieu d'appliquer.
Cette commission comprendra des représentants des principales industries ou groupes d'industries du pays, ainsi que des représentants du commerce de l'Inde, des colonies de la cou- • ronne et des colonies à gouvernement autonome. Elle invitera des témoins, appartenant aux diverses industries, à se présenter devant elle. Elle dressera un projet de tarif, après avoir entendu tous ceux qui auront des ren-
seignements à lui fournir, et en tenant compte non seulement des Intérêts particuliers* de chaque industrie, mais aussi de ceux de toutes les industries qui lui sont connexes (1).
Le tarif que nous nous proposons de dresser poursuivra un triple but. En premier lieu, il devra nous mettre à même de défepdre notre marché contre la concurrence abusive (unfair); il devra ensuite nous permettre de traiter sur un pied d'égalité avec les nations protectionnistes et de négocier avec elles, donnant donnant; enfin, il devra être de nature à fortifier le sentiment impérialiste et à jeter les bases sur lesquelles nous édifierons TEmpire (2).
(i) Lord G. Hamilton (Londres, i5 janvier 1904) fait remarquer que les intérêts des consommateurs et des producteurs sont opposés. Il faudrait donc que les deux groupes fussent représentés dans la commission. Or, tous les membres en sont des protectionnistes, dont les trois quarts appartiennent aux industries intéressées dans la (question. M. Charles Booth, qui en est membre, s'est également prononcé en faveur du protectionnisme.
(2) M. Chamberlain à Birmingham, 11 janvier 1904.
Le duc de Devonshire (Guildhall, Londres, 8 févr. 1904) a dit que les membres de la Commission sont d'excellentes autorités en ce qui concerne les effets d*un régime douanier sur leurs industries res])ectives ; mais comme ils sont naturellement absorbés par les intérêts
Dans le discours qu'il a prononcé à la séance d'installation de la Commission du tarif douanier (1), M. Chamberlain a annoncé qu'une sous-commission avait été instituée pour Tétude des questions concernant l'agriculture. Il s'est aussi expliqué au sujet du grief qu'on a fait à la Commission, de ne pas renfermer de représentants de la classe ouvrière. La Commission, a-t-il dit, est une représentation des industries et non des classes. Les intérêts de l'industrie sont identiques pour les employeurs et pour les employés. Ceux-ci bénéficieront nécessairement d'un tarif qui profitera aux premiers. Ensuite, les gens qui seraient le plus aptes à fournir des renseignements au sujet de la classe ouvrière, c'est-à-dire les travailleurs eux-mêmes, sont
de leurs propres affaires, ils ne peuvent prétendre à la même autorité à Tégard des autres industries, et encore moins, en ce qui regarde l'intérêt des consommateurs et du pays.
Les différentes sections de la Commission n'auront guère de difficultés à se mettre d'accord sur les mesures propres à favoriser leur propres intérêts; mais quand chaque groupe verra ce qu'il est appelé à payer en retour de ce qu'il espère recevoir, ce sera une autre affaire.
(i) Londres, i5 janvier 1904.
précisément ceux qui ne pourraient pas disposer de leur temps pour participer aux travaux de la Commission. Enfin, il n'çst pas à craindre que leur cause soit négligée par une Commission dont font partie des hommes comme M. Booth et M. Mosely (1).
(i) Le Secrétaire de la Tanff Reform Leagtte est M. Hewins, qui a résigné ses fonctions de directeur de la London Sckool of Economies et de professeur d'économie politique et de statistique à Kitfg*s Collège, pour se consacrer entièrement à ses fonctions de secrétaire de la Commission (Times, i8 décembre 1903).