ATTITUDE DE M. CHAMBERLAIN
M. Chamberlain n'a rien voulu entendre, et, sans prendre l'avis de ses collègues, il a lancé son projet de réforme douanière dans le public. L'enjeu est trop considérable pour qu'on puisse suivre un homme, sur sa seule parole, même quand il a le prestige et le talent de l'ancien secrétaire des colonies. Et il y a lieu d'être particulièrement prudent, quand on sait que ce même homme a professé, à une époque antérieure, une opinion diamétralement opposée à celle qu'il défend aujourd'hui. En 1882, le commerce de l'Angleterre avait 9ubi une dépression sensible. M. Gladstone lui-même le reconnaissait. Cependant, l'idée de procéder à une
enquête fut combattue énergiquement par M.
Chamberlain, qui était alors ministre du commerce, et qui déclara que « le libre-échange unilatéral était le meilleur système qui pût être imaginé pour ce pays ».
M. Chamberlain a particulièrement mal choisi son moment pour essayer de bouleverser le système douanier de PEtat. Au sortir d'une guerre longue et pénible, comme a été celle de l'Afrique de Sud, le pays n'éprouvait guère le besoin d'être jeté en proie à de nouvelles agitations. Ce qu'il lui fallait maintenant, c'est le « repos commercial » (1), c'est le loisir de se remettre des sacrifices et des perturbations qui sont l'accompagnement inévitable d'une guerre.