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LES PAYS PROTECTIONNISTES N'ÉCHAPPENT PAS AUX CRISES

11 existe certainement un malaise dans le pays, mais la faute en est-elle au libre-échange? Les pays protectionnistes connaissent les crises mieux que nous. En 1902, un mémoire fut présenté par une des grandes organisations industrielles de l'Allemagne sur l'état du marché, et nous y lisons que : « Depuis deux ans et demi, toute la vie économique de l'Allemagne se trouve dans une situation qui présente tous les caractères d'une crise. Malgré l'énorme commerce d'exportation qui se fait sous la

(i) Sir Michael Hicks-Beach à Manchester, 5 novembre 1903.

protectiop des traités de commerce en vigueur, Tindustrie allemande souffre vivement du manque de commandes dans sa branche la plus productive. L'insuffisance du travail est considérable et il en résulte une réduction dans les salaires. L'esprit d'entreprise s'éteint. On n'acquiert plus guère de nouvel outillage et l'on n'étend plus les entreprises existantes. Enfin, les efforts que font les employeurs pour maintenir leurs établissements en marche, ont eu pour résultat, surtout en ce qui concerne les industries syndiquées, de déterminer l'exportation d'une grande partie de leur production à des prix d'une modicité sans précédent. Mais si ce procédé était appelé à durer longtemps encore, il causerait à la situation économique de l'Allemagne le plus grave dommage ».

LE « DUMPING »

Cette façon d'agir n'est pas sans profit ppur nous. Nous en bénéficions à un double point de vue : d'abord comme consommateurs et ensuite comme producteurs, en ce qui concerne les objets utilisés par nos industries de transformation.

224 LE PfiiaCÈS DU LlBFiE-ËC^ANGÊ EN ANGLETEt^RE

Nous avons déjà cité Pénorme avantage que les Constructeurs de navires anglais retirent des ventes de plaques d'acier à prix réduits des Allemands. Ils vendent à ceux-ci des navires construits avec leurs propres plaques! On peut mentionner d'autres cas, où le « dumping » est pour nous une occasion de bénéfices. Ainsi, dernièrement, un grand industriel d'Ecosse disait qu'il avait reçu de New-York, une forte commande de tubes en acier. Il n'aurait pu l'accepter s'il avait dû acheter de l'acier en Angleterre ou en Ecosse. Il essaya de se le procurer en Allemagne ou en Suède, mais ne put trouver de prix asse^ avantageux. 11 s'adressa alors en Amérique même. Et il finit par recevoir de New-York l'acier qu'il renvoya dans cette ville sous forme de tubes (1).

Le « déversement » de l'acier allemand nous permet de vendre des machines à meilleur compte que l'Allemagne. C'est grâce à ce fait que nous avons pu obtenir, comme le constate un rapport consulaire, l'adjudication pour la

(i) Sir H. Fowler à la Chambre des Communes, 9 février 1904.

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construction de Tusine à gaz de Copenhagen (1).

L^ protectionnisme n'est du reste pas une garantie contre Penvahissement d'un marché.

Malgré ses droits d'entrée, le Canada est inondé du surplus de la production américaine, vendu à vil prix (2).

qu'arrivera-t-il si nous mettons fin au « dumping »?

Si nous défendons aux étrangers de «déverser » le surplus de leur production chez nous, qu'arrivera-t-il? Ils ne vont naturellement pas le jeter à la mer. Ils l'enverront sur les marchés qui sont nos clients, et nous aurons à en subir la concurrence. Mais dans quelles conditions? Supposez que les Etats-Unis nous offrent pour 90 £ ce qui leur coûte 100 £ à produire. Si nous n'en voulons pas, ils iront l'offrir ailleurs pour le même prix, et ils le feront avec d'autant plus de succès que nous ne pourrons pas le fournir à

(i) M. Ritchie à la Chambre des Communes, lo février 1904.

(2) Sir E. Grey, Chambre des Communes, 10 février

226 LE PROCès DU LIBRE-ÉCHANGE EN ANGLETERRE

moins de 100 £. On peut donc dire que chaque fois que nous refusons pour 90 £ de produits vendus au-dessous du prix, nous subissons une perte de 100 £ dans nos exportations.

Il est certain que les pays qui pratiquent ce système subiraient de grande pertes s'ils devaient continuer à nous fournir des produits à vil prix. Aussi, ne faut-il pas trop s*effrayer de ces trusts, dont les fondations sont peu résistantes, et qui sont regardés avec hostilité et défiance dans leurs propres pays.

l'industrie EST MOINS STABLE DANS LES PAYS PROTECTIONNISTES

Les bases de Tindustrie sont moins fermes dans les pays protectionnistes que dans les autres. L'existence de l'industrie des tôles fines aux Etats-Unis, par exemple, dépend d'un vote du Parlement. Si, lors d'une élection générale, la majorité se prononçait contre le parti qui les soutient, toute cette industrie s'effondrerait. Nous ne voulons pas que l'industrie anglaise repose sur des fondements aussi fragiles. Nous préférons un développement moins rapide, mais plus sûr.

tHAP, IV — LA DÉFENSE DU LIBRE-ÉCHANGE 22^

Les maux que causent les trusts sont connus dans les pays où ils sévissent. Les consommateurs se plaignent, et il s'est formé, aux Etats-Unis comme en Allemagne, un mouvement en faveur de rabaissement des droits (1).

Les trusts sont les enfants du protectionnisme. Ils n'auraient pu prendre les dimensions qu'ils ont acquises dans certains pays et écorcher les consommateurs comme ils le font, si la concurrence étrangère avait pu passer par-dessus les barrières douanières qui les protègent (2).

(i) M. Mosely (lettre au Times, 23 décembre igcS), qui a fait récemment un voyage aux Etats-Unis, pour étudier l'organisation et le fonctionnement de renseignement, dit qu'en Amérique le protectionnisme est une question qu'on ne discute plus. On se demande seulement si l'on ne se taxe pas trop soi-même en ce qui concerne certains articles ; et une certaine partie de la population est désireuse d'abaisser les droits sur des objets déterminés. L'opinion des hommes d'affaires aux Etats-Unis est que l'Angleterre a raison d'imposer des droits d'entrée sur les produits étrangers. « Pourquoi ne l'a t-elle pas déjà fait? » disent-ils. C'est aussi l'avis du professeur Gray, qui a été chargé par le gouvernement des Etats-Unis, il y a deux ans, de faire une enquête sur la question ouvrière en Angleterre, et dont le rapport sera publié bientôt par le Bureau du Travail, de Washington.

(2) Lord Goschen à Liverpool, 6 novembre 1903.

228 LE PROCÈS DU LIBRE-ÉCHANGE EN ANGLETERRE LES PRÉTENDUS BÉNÉFICES DU PROTECTIONNISME

M. Chamberlain estime à 90 millions £, les produits manufacturés que nous achetons à Tétranger, et que nous pourrions fabriquer nousmêmes. Sur ce chiffre, 45 millions seraient distribués en salaires et feraient vivre 330,000 personnes à 30 s. par semaine.

Tout d'abord, si ces 90 millions £ d'objets étaient manufacturés dans le pays, comment le trésor toucherait-il les neuf millions de droits d'entrée (10 p. c.) que M. Chamberlain lui promet?

Ensuite, où irait-il chercher les. ouvriers capables de fabriquer ces produits manufacturés? Tout le monde sait qu'il y a toujours un certain pourcentage de chômeurs; mais le nombre n'en est pas si considérable qu'il puisse justifier le bouleversement de notre politique douanière. Il y a aussi des gens inoccupés en dehors des industries. Mais ceux-là constituent la classe des miséreux (paupers) et se recrutent parmi les incapables, les imprévoyartts et les infirmes. On ne rencontre pas de gens, aptes au point de vue physique, parmi ceux qui sont assistés par la charité pubHque.

Il n'est d'ailleurs pas exact de dire que nous pourrions fabriquer ces 90 millions £ d'objets aussi bien que l'étranger. Tout d'abord, il y a un certain nombre d'objets que d'autres pays peuvent faire mieux et moins cher que nous, et un des grands avantages du libre-échange consiste précisément à laisser fabriquer ces produits par les autres, et à nous appliquer, de notre côté, à la production de ceux pour lesquels nous avons une aptitude spéciale. Ensuite, un grand nombre des objets que l'on désigne sous le nom de produits manufacturés ne sont que des produits semi-ouvrés. Ils sont importés dans notre pays pour y subir de nouvelles transformations. Tels sont les cuirs et la fonte. On sait aussi que dans les stades supérieurs de la fabrication des produits, les salaires sont plus élevés que dans les opérations premières et rudimentaires.

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