‹ Principes d'orientation sociale; (volume 2)Chapitre 74 sur 79 · QUELLE EST L'OFFRE DES COLONIES · texte numérisé non relu

QUELLE EST L'OFFRE DES COLONIES

On voit bien ce que M. Chamberlain offre aux colonies, mais non ce qu'elles donneront en retour. Les colonies se bornent du reste à parler des « offres de M Chamberlain », sans souffler mot des leurs.

Les Canadiens ne paraissent nullement enclins à consentir de nouvelles concessions en faveur de Tindustrie anglaise. Au contraire, on lit dans le Globe, un journal ministériel, qu'un

fabricant de laines réclame Téiévation des droits d'entrée contre les laines anglaises, de 23 p. c. à un taux net de 30 p. c. Un autre exige 35 p. c, et ajoute que « la Grande Bretagne est notre plus grand concurrent en ce qui concerne les laines, et il faut que nos fabricants soient protégés contre cette concurrence ruineuse ».

Le tarif du Canada est, du reste, resté assez élevé pour empêcher que les produits manufacturés anglais ne puissent lutter efficacement contre les siens. 11 faut bien reconnaître qu'une préférence de ce genre est de peu de valeur. En fait, depuis qu'elle est établie, le commerce des Etats-Unis, de la France et de l'Allemagne avec le Canada, n'a cessé d'augmenter dans de plus fortes proportions que celui de l'Angleterre (1).

Les Australiens ne veulent pas accorder de réduction sur les tarifs en vigueur, mais semblent disposés à élever les droits sur les importations des pays autres que l'Angleterre. Et quelle serait l'utilité d'un tarif pareil pour nous? Comme le disait fort bien M. Reid, le chef de l'opposition australienne : « Si vous avez un mur

(i) Voir tableau, p. 142.

de trois pieds de haut qui empêche les chiens d'entrer, à quoi bon élever un autre mur de cinq pieds, pour écarter des chiens qui ne peuvent pas môme sauter par-dessus le premier » (1).

l'inde

M. Chamberlain ne fait jamais allusion h l'Inde ni aux autres colonies de la Couronne qui ne sont pas protégées par des tarifs. L'Inde est animée de sentiments protectionnistes. Mais aussi longtemps que l'Angleterre maintient le principe du libre-échange, elle a moralement le droit de l'imposer à l'Inde. Cette colonie importe annuellement pour 20,000,000 £ de cotonnades anglaises, c'est-à-dire autant que le Canada et l'Australie réunies. Si l'Angleterre entre dans la voie du protectionnisme, elle ne pourra refuser à l'Inde de faire ce qu'elle fait elle-même et ce que font les colonies de se/f government Or, si l'Inde établissait, comme ces dernières, des droits sur les importations de

(i) Ou comme disait un correspondant du Times : « Jolie consolation pour celui qu*on jette dans une mare, de savoir que son rival sera précipité dans rOcéan ! »

coton, TAngleterre perdrait, du coup, plus qu'elle ne gagnerait du côté des colonies à se/fgovernment (1).

A peu près la moitié des exportations de rAngleterre vers Tlnde consistent en cotonnades. Vingt millions £ de notre commerce d'exportation seraient menacés si Tlnde entrait dans la voie du protectionnisme.

QUEL BÉNÉFICE l'ANGLETERRE RETIRERAIT-ELLE D'UN DROIT DE PRÉFÉRENCE?

En admettant que toutes les colonies nous accordent un droit de préférence, quel bénéfice pourrions-nous en retirer? M. Chamberlain estime qu'il en résulterait un gain de 26 millions £ pour notre industrie : ce chiffre représente les

(i) M. C. A. EUiott (Times, lo novembre igoS) fait remarquer que le programme de M. Chamberlain est fondé sur le principe du « Do ut Des ». Si Tlnde obtient une préférence pour le blé, le riz et le thé, par exemple, elle devra donner quelque chose en échange. On pourrait lui demander d'abaisser les droits d'entrée sur les cotons anglais, sans modifier les droits d'accise qu'elle perçoit sur les produits de ses propres établissements textiles (Le droit d'entrée sur les cotonnades est de 3 J p. c. ad valorem, contrebalancé par un droit d'accise de même import).

produits importés par les étrangers aux colonies, que nous pourrions fabriquer nous-mêmes.

M. Chamberlain oublie que sur ces 26 millions £, il y en a déjà 10 qui se rapportent à des articles achetés à l'étranger par les colonies, et à l'égard desquels nous jouissons du droit de préférence. 11 ne resterait donc plus que 16 millions £, et quelle partie pourrions-nous détourner de cette somme à notre profit (1)?

Le Canada reçoit 37 millions £ d'importations par an, dont 32 millions £ sont originaires des Etats-Unis et de l'Angleterre. Nous ne pouvons pas espérer exclure la concurrence américaine, qui a l'avantage de la proximité et qui consiste en grande partie en produits, tels que le sucre, le maïs, le tabac, etc., que nous ne produisons pas. Restent donc les 5 millions £ importés par les autres pays. Admettons que nous puissons en accaparer, grâce à des droits préférentiels, les deux tiers ou 3,500,000 £.

La même situation se présente en Australie et en Nouvelle-Zélande. Si on laisse de côté les importations anglaises et américaines, on voit

(i) M. Asquith à Cinderford, 8 octobre igoS.

que celles des autres pays n'atteignent que le chiffre de 7,000,000 £, dont une partie provient des contrées tropicales. Concédons également que nous puissions en acquérir les deux tiers ou 5,000,000 £. Nous arrivons alors à un total de 8,500,000 £, en échange duquel nous aurons à subir une augmentation de prix de 5 p. c. sur 210,000,000 £ de denrées alimentaires (1).

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