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GUERRES DE TARIFS

Il est du reste à craindre qu'en adoptant la politique protectionniste, nous ne provoquions des représailles de la part des pays étrangers, et que ceux-ci n'élèvent davantage leurs barrières douanières. 11 en résulterait une guerre de tarifs, également préjudiciable aux différentes nations qui y auraient recours.

11 y a eu en Europe trois grandes guerres de tarifs : une entre l'Italie et la France; une autre entre la France et la Suisse, et une troisième entre l'Allemagne et la Russie. Voyons ce que chacun de ces pays a gagné et perdu dans ces luttes (2).

(i) Lord G. Hamilton à Ealing, 22 octobre 1903. (2) Lord G. Hamilton à Ealing, 22 octobre 1903.

Litalie et la France ont fait, pendant les huit années qui ont pris fin en 1887, un commerce annuel moyen de 26,000,000 £. L'Italie appliqua alors un tarif offensif. La France répondit de la même manière. Et cette situation dura dix ans. Puis, on fit la paix et on en revint aux droits anciens. L'estimation la moins élevée évalue à 120,000,000 £, le prix que cette guerre a coûté aux deux nations. Depuis le rétablissement de la paix, le commerce des deux nations n'a jamais dépassé 13,000,000 £, c'est-à-dire la moitié de ce qu'il était avant l'ouverture des hostilités. La cause en est que les anciens clients ont pris l'habitude de se pourvoir ailleurs.

Avant la guerre de tarifs entre la France et la Suisse, les échanges entre ces deux pays s'élevaient à 14,000,000 £. Les hostiKtés durèrent cinq ans. Le chiffre du commerce tomba à 8,500,000 £. Puis, la paix fut conclue, mais le commerce n'a plus revu sa prospérité d'autrefois.

Au mois de juin 1893, la Russie éleva de 30 p. c. les droits imposés sur les marchandises originaires de l'Allemagne. Celle-ci répondit par une majoration de 50 p. c. sur celles de la Russie. La Russie répliqua par une surtaxe de 50 p. c. sur les produits allemands. Cette guerre

ne dura que huit mois. Le mécontentement fut si grand de part et d'autre, que les gouvernements ne purent résister à la pression de Topinion publique.

L'application de la taxe sur le blé est de nature à amener des difficultés d'application en ce qui concerne le blé du Canada. On sait qu'à certaines époques de l'année, le blé des Etats- Unis doit traverser le Canada pour arriver au port d'embarquement, tandis qu'à d'autres périodes, c'est le contraire qui se produit : le blé du Canada doit passer par le territoire des Etats-Unis. 11 est inévitable qu'il en résultera des inconvénients. Et qui voudrait de gaîté de cœur susciter des difficultés entre l'Angleterre et les Etats-Unis?

Les représailles exercées contre l'étranger pourraient avoir des conséquences terribles.

Supposez que les Etats-Unis, au lieu d'élever davantage leurs barrières, imposent un droit de sortie d'un farthing ou d'un demi-penny sur le coton : le Lancashire serait ruiné (1).

(i) M. Morley à Manchester, 19 octobre 1903.

M. Bonar Law, secrétaire du Ministère du Commerce, dit (Chambre des Communes, 9 février 1904)

252 LE PROCÈS DU LIBRE-ÉCHANGE EN ANGLETERRE NOUS DEVONS PERFECTIONNER NOTRE INDUSTRIE

Le meilleur moyen de combattre la politique protectionniste est de perfectionner notre système de production. Nous devons recourir à des méthodes plus scientifiques et mieux adaptées au but poursuivi. Nous devons créer des écoles techniques supérieures. Nous devons former non seulement de bons ouvriers, mais aussi de bons ingénieurs et chefs d'entreprises. L'Allemagne peut nous servir d'exemple sur ce point (1).

Neuf fois sur dix, on pourra dire, quand on

que les exportations de T Allemagne' en Russie qui, de 1880 à 1892 étaient tombées de dix millions £ à six millions £, se sont relevées, de 1893 à 190 1, à seize millions. L'Allemagne a entamé la guerre de tarifs parce qu'elle y a été forcée. Elle a fini par réussir. Cette guerre a coûté cher, mais toute guerre coûte.

Lord G. Hamilton (Chambre des Communes, 10 février 1904) réplique que, depuis lors, le mécontentement n'a cessé de régner en Russie, où les industriels espèrent voir rétablir les droits. D'autre part, à l'abri de ces droits, un grand nombre d'industries se sont créées, qui, depuis lors, sont devenues une source de dangers pour cet Empire. Enfin, les hostilités ont permis aux Etats-Unis et à la République Argentine de prendre pied en Allemagne pour l'importation des céréales.

(1) Lord Rosebery à Shefïield, i3 octobre 1903.

citera une industrie qui exportait beaucoup autrefois et qui maintenant n'exporte presque plus, que la cause ne s'en trouve pas tant dans les tarifs hostiles que dans la défectuosité de ses méthodes de production et son manque d'adaptation (1).

Nous devons suivre l'exemple des Allemands. Ils sont actifs et économes, et ne se laissent pas rebuter par les détails. Ils sont de redoutables rivaux, grâce à leurs qualités de travail, et ils le seraient sous n'importe quel régime douanier (2-3).

(i) M. Asquith à Newcaslle-on-Tyne, 22 octobre

(2) Lord Goschen à Liverpool, 5 novembre 1903.

(3) M. Charles Bell (Times, 4 janvier 1904) dit que les étrangers ont vu que les Anglais gagnaient facilement de l'argent dans les industries mécaniques, mais ils ont aussi remarqué que ces derniers dédaignaient les petits bénéfices et la fabrication des articles à bon marché et de qualité inférieure. Ils se sont emparés de ces objets pour lesquels ils ont trouvé un ample débouché. Ils ont ain-i réuni les capitaux qui leur ont permis de s'attaquer à d'autres genres de production.

M. Carder, professeur à la WordsUy School qf Art, a été envoyé récemment en mission sur le continent pour visiter les verreries. Il a été à Berlin, à Leipzig, en Bohème et dans d'autres centres. Les conclusions de son rapport portent que les Allemands et les Autrichiens

L'application des sciences à Pindustrie a eu des résultats excellents en Allemagne. Ce pays a fait de cette manière d'énormes progrès dans l'industrie des produits chimiques, la fabrication du coltar et les objets en celluloïde. Les Allemands sont aussi parvenus à faire de rindigo artificiel, qui lutte contre l'indigo naturel de l'Inde.

Nous avons un exemple analogue en Angleterre. Il est fourni par les établissements Armstrong, qui n'ont pas hésité à dépenser 100,000 £ en une année, pour faire des expériences. Aussi leurs produits ne craignent la concurrence d'aucun autre pays.

Ce ne sont pas seulement les méthodes surannées de certains industriels, mais aussi celles des trade-unions, qui sont coupables du recul de certaines industries. Ces dernières

tendent à absorber la fabrication du verre en Europe. Parmi les causes auxquelles il attribue ce fait, on remarque celles-ci : la meilleure éducation technique des chefs et ouvriers; la substitution d'un outillage moderne à l'ancien et l'emploi de machines économisant la main-d'œuvre ; l'emploi de fours à gaz ; de meilleures conditions d'hygiène du travail ; l'étude des marchés étrangers (Board of Tradc Journal, ii février 1904).

devraient cesser de s'opposer à Pintroduction de systèmes nouveaux ou à remploi de machines qui économisent la main-d'œuvre, et renoncer à vouloir limiter le nombre des apprentis (1).

l'empiré britannique

Les protectionnistes abusent du mot « Empire ». Ils se laissent séduire par de fausses analogies.' Ils s'imaginent que l'Empire britannique est un empire comme la Russie, ou l'Empire romain ou tout autre empire qui a existé dans l'histoire. A notre avis (2), l'Empire britannique est une grande ligue défensive composée des communautés réunies sous l'autorité de la couronne anglaise. Cette ligue et 'ces communautés ne peuvent prospérer que si chacune des unités qui la composent suit sa propre voie, conformément à son propre milieu. La plus importante de ces communautés est l'Angleterre, et si vous voulez qu'elle se développe, laissez-la suivre également sa voie.

(i) S r J. Brunner à la Chambre des Communes, 1 1 février 1904.

(2) Lord Rosebery à Edinburgh, 12 décembre 1903.

Cette politique est la seule qui convienne à la fois à la Grande-Bretagne et à ses colonies. C'est la plus féconde et c'est la seule qui puisse garantir le développement et la durabilité de PEmpire britannique (1).

(i) Différents projets ont été proposés en vue de créer un fonds destiné à couvrir les frais de la défense de l'Empire. Ils ont, en général, pour objet de frapper les importations, tant de la métropole que des colonies, d'une taxe spéciale destinée à alimenter ce fonds. On peut citer, enlre autres, le plan du colonel Denison, qui est appuyé par la Canadian British Empire Leagtu, Il propose de prélever, dans tous les ports de l'Empire, un droit spécial de 5 ou lo p. c. siu: toutes les importations sans distinction, donc aussi sur les denrées alimentaires et les matières premières.

Sir Robert Giffen a fait le calcul de ce qui serait fourni, d'après cette proposition par chaque partie de l'Empire, dans le tableau suivant :

lo p. c.

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