CHAPITRE V
Trois réformes
I. — Le droit à Fexistence et l'organisation du marché du travail
En dehors des capacités productrices auxquelles il faut surtout garantir la liberté, il y a d'abord la masse des invalides, des indigents, des malades, des incapables, qui ne savent pas ou ne savent plus coopérer à l'œuvre de production.
Pour eux, l'Etat doit aller franchement
jusqu'à leur RECONNAITRE LE DROIT A LA VIE, et il
doit chercher le plus vite qu'il pourra à leur assurer l'existence. Déjà actuellement, dans nos pays, on ne laisse plus sciemment personne mourir de faim; mais ce sont encore souvent
les bons et les généreux qui paient pour les mauvais et les égoïstes. D'autre part, on crée partout des sociétés d'assurances, des sociétés 'de secours mutuels, etc., toutes distinctes les unes des autres; cela amènera dans la société une inextricable complication. Enfin, il y aura toujours, quoi qu'on fasse, des oubliés, des abandonnés. On voit donc que l'unification s'imposera de toute façon tôt ou tard.
Si le tigmps qu'il faudra pour arriver à ce résultat est encore indéterminé, si on l'apprécie différemment selon les opinions, il faut rechercher néanmoins la voie sûre et la plus prompte; on n'ira jamais trop vite pour obtenir ce bien immense ; mais il faut rester pratique, possibiliste, de façon à ne pas nuire, par des mesures inconsidérées, à la capacité de concurrence mondiale du pays. Notamment, s'il est hors de doute qu'il faut accorder des pensions à tous les travailleurs et que ces pensions doivent être sérieuses, il faut toujours tenir compte, surtout en matière d'impôts, de ce qui existe dans les PAYS concurrents. Cette considération domine toute la question de l'organisation méthodique de la société; elle conduit fatalement à l'internationalisation des principales réformes.
GHAP. V — TROIS RÉFORMES : I 55
A côté des invalides et des indigents, il existe, dans nos sociétés industrielles modernes, un certain nombre, variable suivant les périodes d'activité ou de dépression économiques, d'hommes valides, involontairement inoccupés et par là dénués de ressources.
Ces chômeurs forcés doivent être traités
COMME DES invalides, ET ILS ONT, COMME TELS, DROIT
A LA VIE. Mais, au point de vue productiviste, la société doit aux victimes involontaires du chômage plus que la garantie de l'existence ; elle leur doit l'occupation même, en leur assurant du travail soit dans le pays, soit à l'étranger, par une émigration donnant des garanties de sécurité, si le travail fait couramment défaut dans le pays. C'est ce que tendrait à réaliser de la façon la plus éminemment favorable à la société, l'organisation CAPACITAIRE DU MARCHÉ DU TRAVAIL.
Non seulement chaque commune, quelque petite qu'elle soit, devra, dans l'avenir, avoir sa Bourse du travail à elle (le secrétaire communal y suffira souvent) et être régulièrement en communication avec les bourses du travail des
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autres communes; non seulement il devra exister une Bourse du travail gouvernementale, renseignant les autres Bourses sur le marché du travail du monde entier, mais, de plus, on devra établir des écoles supplémentaires de « capacitariat», fournissant l'instruction plus spécialement au point de vue des nécessités du marché du travail universel.
Voici comment il semble que l'on pourrait recruter la population de ces écoles supplémentaires.
Les Bourses du travail s'occuperaient non seulement de ceux qui manquent d'occupation d'une façon continue, mais encore de ceux auxquels l'occupation manque ordinairement par mois, par semaines et même par jours et fractions de journées. Elles chercheraient à opérer le placement des inoccupés âgés et des inoccupés jeunes, mais peu doués, en les faisant permuter avec des travailleurs occupés, jeunes et bien doués. Ce sont ces derniers qui peupleraient les écoles supplémentaires.
Ainsi l'on attirerait dans ces écoles, pour les capacitarier, tous ceux qui se montreraient susceptibles d'acquérir une instruction sérieuse; au nombre des chômeurs successivement remis