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CHAPITRE IX

Aboutissement social

Si, faisant appel à toute la puissance de sa volonté, on parvient à quitter le milieu des questions actuelles et immédiates et à dominer le courant contemporain pour faire une pause de philosophie, il n'est pas difficile d'apercevoir vers quelles solutions ultimes marche la société.

Tout d'abord, il faut se garder d'un fréquent mirage.

Parce que les cent dernières années ont vu un développement inouï dans le domaine des inventions et des progrès techniques, on s'imagine communément que ce tourbillon prodigieux va continuer à entraîner le monde.

Mais on oublie que le mouvement scienti-

fique et industriel* obéit à une loi de progression intense. Non seulement la population, mais l'instruction par habitant s'accroît de plus en plus, de telle sorte que le nombre d'hommes aptes à participer à la production augmente sans cesse. Ainsi, le monde se précipite, avec une rapidité qui donne le vertige moral, vers son état scientifique et industriel ultime, lequel sera atteint bien avant son extrême population : la science ne tardera pas à avoir dit son dernier mot de valeur, l'industrie à avoir réalisé sa dernière application sérieuse.

Cela peut paraître incroyable, au moment où les progrès déjà réalisés dans toutes les directions de l'activité humaine nous émerveillent et où les progrès encore à réaliser semblent constituer une mine inépuisable. On comprendra, cependant, qu'il puisse en être ainsi,* si l'on réfléchit que, depuis un siècle, en partant à peu près du néant, on en est arrivé au développement colossal d'aujourd'hui. 11 reste peut-être moins à faire qu'il n'a été fait déjà : la fatale et navrante échéance se laisse entrevoir; nos petits-fils ou arrière-petits-fils la subiront.

Si l'opinion courante est autre, c'est d'abord parce que, ainsi que nous venons de le dire, le

champ de création est immense à Theure actuelle; ensuite, parce que nous continuons à demeurer dans l'ignorance absolue de la nature intime des choses, Tessence des principes fondamentaux de Tunivers, force, matière, éther, énergie, étant encore pour nous une énigme.

Ces deux raisons, jointes à la fièvre de l'entraînement général vers la réalisation immédiate, obscurcissent vraiment nos facultés de prévision.

Et cependant, sommes-nous si loin d'avoir atteint la limite extrême de notre pouvoir en science et en industrie?

Après les améliorations de notre existence, qui résulteront des progrès que nous pourrons encore réaliser en chimie minérale et dans le domaine de la production et de l'utilisation de l'énergie, après la conquête mécanique de l'atmosphère et après la grandiose réalisation de la synthèse des principes organiques, alimentaires et autres, que restera-t-il à créer qui ait quelque valeur?

Rien.

Sans s'abandonner à la pénible et déprimante impression, à la sensation de néant, par laquelle on passe en songeant qu'après avoir

atteint le summum de connaissances et de pouvoir, on sera fatalement arrivé en môme temps à la disparition définitive du surnaturel, à l'anéantissement de tout ce qui constitue la source que nous croyons si supérieure et si pure de nos sentiments, sans nous attarder à ce côté de la question qui n'a que faire ici, reprenons son aspect social qui est le vrai et le seul à considérer.

Supposons donc que la société mondiale, ayant atteint son apogée en science et en industrie, soit a l'état de régime qui correspond à cette situation et au degré d'évolution de l'homme moyen à l'époque considérée; l'ère de la recherche et de l'investigation a pris fin, il n'y a plus rien à découvrir ni à inventer, l'état stable qui précède l'état régressif est atteint, et il ne reste plus qu'à répandre ou à développer davantage ce qui a été déjà préalablement découvert ou inventé.

A ce moment, le nombre de capacités productives créées dans les périodes antérieures sera devenu maximum, par le fait de l'applica-

tion prolongée du capacitariat. L'application également longtemps prolongée de « l'impôt successoral réitéré » aura fait que, la fortune héréditaire ayant disparu graduellement, il n'y aura plus d'autre fortune que celle acquise par le travail. A un tel stade, la fortune possédée à un moment donné par un particulier sera due UNIQUEMENT à sa productivité; elle sera la représentation mathématique de la capacité productive de son possesseur. « A chacun selon sa PRODUCTIVITÉ SOCIALE » Sera la formule courante. Bien plus, on pourrait dire que dans cet état stable de l'organisation sociale, chacun

SERAIT RICHE SANS FORTUNE RELATIVE RÉELLE : Car

la fortune ne dépendant plus que de la capacité productive diffusée à l'extrême, le travail étant devenu en quelque sorte automatique, grâce au perfectionnement ultime de l'outillage, il est évident que la fortune de chacun, évaluée non en capital, — celui-ci croissant comme la richesse, — mais par rapport a celle de ses CONCITOYENS, diminuera.

Or, à ce moment, la tendance innée, immanente de l'humanité vers la justice sociale, ne sera-t-elle pas effectivement réalisée? Le Droit

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tout entier ne sera-t-il pas pénétré de la valeur souveraine accordée à la personnalité productive de rhomme?

La seule évolution, libre et pacifique, n'aura-t-elle pas, sans contrainte, insensiblement et légitimement, consacré Tégalité des

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