LA VI£ VAHIE EN RAISON DE LA CORRE^FONDANCE
croissaDte de la flore et de la faune du globe complique à elle seule le milieu de chaque espèce d'organisme, on pourrait à I la fin montrer que le même principe général se vérifie dans rhistoire deThumanilé. En eiFet, le progrès deFIiumanitè en civilisation a été simultané avec leur progrès à partir des nécessités moins variées de la zone torride jusqu'aux nécessités plus variées de la zone tempérée. Ses principales étapes ont été faites dans les régions qui présentent une géogra« phie physique compliquée. Dans le cours de ses progrès, rhumanité a ajouté à son milieu physique un milieu social qui s'est développé en se compliquant toujours davantage. Ainsi, généralement parlant, il est clair que ces relations dans le milieu, auxquelles doivent correspondre des relations dans l'organisme, croissent elles-mêmes en nombre et en complication à mesure que la vie prend des formes plus élevées.
§ 34. — Pour rendre encore plus évident le fait que le degré de vie varie comme le degré de correspondance, je veux dire que les autres distinctions que j'ai signalées quand j'opposais les changements vitaux, sont toutes impliquées dans cette dernière différence : celle de leur correspondance avec les coexistences et le^ séquences externes. On peut y ajouter comme supplément que la réalisation de ces autres différences, qui sont l'accompagnement de l'élévation du degré de vie, est comprise dans l'accroissement de la réalisation de cette dernière différence. Descendons aux faits. Nous voyons que les organismes vivants sont caractérisés par des changements successifs, et que, a mesure que la vie s'élève dans réchelle, les changements successifs deviennent plus nombreux. Assurément le milieu est rempli de changements successifs que doit présenter un organisme. Nous avon^ vu
que la vie nous montre des changements simultanés, et que plus elle est élevée, plus la multiplicité de ces changements est marquée. Ce n'est pas tout; outre les innombrables phénomènes de coexistence dans le milieu, il y a souvent bien des changements qui s'y produisent au même moment ;^ en conséquence, un accroissement de correspondance avec le milieu suppose un accroissement de production des changements simultanés dans l'organisme. Il en est de même de l'hétérogénéité des changements. Dans le milieu, les relations sont d'espèces très-variées ; en conséquence, comme les actions organiques en viennent de plus en plus à correspondre avec elles, il faut aussi que ces actions organiques deviennent d'espèces très-variées. Il en est encore ainsi même pour la nature définie de là combinaison. En effet, bien que les corps inorganiques dont le milieu se compose principalement ne présentent pas des changements combinés d'une manière définie, ils offrent pourtant des propriétés combinées d'une manière définie, et quoique les variations météorologiques secondaires du milieu ne présentent guère de combinaison de nature définie, celles qui résultent du jour et do la nuit ont ce caractère. Ajoutez encore que, puisque le milieu de chaque organisme comprend tous les autres organismes existant dans sa sphère de vie, puisque les changements ambiants les plus importants et les plus nombreux avec lesquels chaque animal a affaire, sont les changements combinés d'une manière définie présentés par d'autres animaux, sa proie ou ses ennemis, il en résulte que la nature définie des combinaisons est un caractère général des changements extérieurs avec lesquels les intérieurs ont à correspondre. En conséquence, l'accroissement de la correspondance implique un accroissement dans la nature définie des combinaisons. En sorte que partout la correspondance des relations internes
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avec les externes est la chose essentielle, et que tous les caractères spéciaux des relations internes ne sont que les résultats parallèles de cette correspondance.
§ 35. Pour fournir la preuve la plus simple et la plus concluante que le degré de vie varie avec le degré de correspondance, il reste à faire voir que la correspondance parfaite serait la vie parfaite. S'il n'existait dans le milieu d'autres changements que ceux auxquels l'organisme a à opposer des changements accommodés, et s'il ne lui arrivait jamais d'en opposer d'insuffisants, l'existence éternelle et la connaissance universelle seraient réalisés. La mort par usure naturelle survient parce que dans la vieillesse la relation 'entre l'assimilation , l'oxydation et la genèse de force qui se font dans l'organisme, s'écarte peu à peu de la correspondance avec les relations entre l'oxygène et la nourriture et l'absorption de chaleur par le milieu. La mort par maladie survient, soit quand l'organisme est congénialement d'une force insuffisante pour balancer les actions externes ordinaires par les actions internes ordinaires, ou quand une action externe insolite a eu lieu à laquelle nulle action interne n'était la pour répondre. La mort par accident implique certains changements mécaniques voisins dont les causes ont échappé faute d'attention, ou tellement compliquées que leurs résultats ne sauraient être prévus ; et qu'en conséquence certaines relations dans l'organisme ne sont pas accommodées aux relations du milieu. Il est évident, que, si à chaque coexistence ou séquence externe qui l'affecte à quelque degré que ce soit, l'organisme opposait un acte ou une opération qui y répondît, les changements simulUinés seraient indéfiniment nombreux et complexes, et les changements successifs sans fin, c'est-à-dire que la corres-
pondance serait la plus grande qui se pût concevoir, et la vie là plus élevée qui se pût concevoir, aussi bien en degré qu'en durée.
§ 36. — Avant de clore ce chapitre, il sera utile de comparer la définition de la vie que nous venons de formuler avec la définition de l'évolution posée dans les Premiers Principes. Les corps vivants étant des corps qui présentent à un degré considérable les changements de structure qui constituent l'évolution, et la vie étant composée de changements fonctionnels qui accompagnent ces changements de structure, nous devons trouver une certaine harmonie entre la définition de l'évolution et celle de la vie. Cette harmonie ne fait pas défaut.
La première différence caractéristique que nous avons remarquée entre l'espèce de changement présenté par la vie, et d'autres espèces de changements, c'est son caractère sériaire : nous avons vu que le changement vital est essentiellement différent du non vital, en ce qu'il se compose de changements successifs. Or, puisque les corps organiques présentent à un aussi haut 'degré que les corps inorganiques des différenciations et les intégrations continues qui constituent l'évolution, et puisque les redistributions de matière poussées si loin dans un laps de temps relativement court, impliquent des redistributions concomitantes de mouvement; il est clair que dans un temps donné, les corps organiques doivent subir des changements relativement aussi nombreux pour que le caractère de succession de leur changement acquière la valeur d'un signe distinctif. Il en résultera à priori^ comme nous l'avons vu à posierioriy que les organismes qui présentent l'évolution au plus haut degré, présentent les successions de changements les plus longues ou les plus rapides.
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OU bien les unes et les autres. De plus, nous avons vu que le changement vital se distingue du non vital en ce qu'il se compose de changements simultanés; nous avons vu aussi que les êtres qui possèdent une vitalité supérieure se distinguent de ceux qui possèdent une vitalité inférieure parce qu'ils présentent un bien plus grand nombre de changements simultanés. Ici, donc, l'accord est complet. Dans les Premiers Principes , § 456, nous sommes arrivés à la conclusion qu'une force tombant sur un agrégat se divise en diverses forces; que lorsque les agrégats se composent de pîirties dissemblables, chaque partie devient hj centre de différenciations dissemblables de la force incidente; et que par suite la multiplicité de ces différenciations doit s'accroître avec la multiplicité des parties dissemblables. Il s'ensuit nécessairement que les agrégats organiques qui, comme classe, se distinguent des inorganiques par le grand nombre de leurs .parties dissemblables, s'en distinguent aussi par le grand nombre de changements simultanés qu'ils présentent; et de plus que les agrégats organiques supérieurs ayant des parties dissemblables plus nombreuses que les inférieurs, doivent subir des changements simultanés plus nombreux. Nous avons vu ensuite que les changements survenus dans les corps vivants se distinguent de ceux qui se passent dans les corps bruts, en ce qu'ils sont plus hétérogènes; et que les changements qui surviennent dans les corps vivants supérieurs sont pareillement distingués, de ceux qui se présentent dans les inférieurs. Donc l'hétérogénéité de fonction est le corrélatif de d'hétérogénéité de structure ; et l'hétérogénéité de structure est le principal caractère qui distingue les agrégats organiques des inorganiques, aussi bien que ceux d'une organisation supérieure de ceux d'une organisation inférieure. Par réaction, il faut qu*une force incidente soit rendue mul-
tifonne en proportion de la muUiformité de l'agrégat sur lequel elle tombe; en conséquence, les agrégats les plus multiformes qui présentent au plus haut degré les phénomènes d'évolution considérée au point de vue de la structure, doivent en même temps être des agrégats qui manifestent au plus haut degré les actions multiformes qui constituent révolution considérée au point de vue fonctionnel. Les changements hétérogènes qu'un organisme vivant présente simultanément et en succession se distinguent, en conséquence d'une nouvelle étude, par leur combinaison^ d'avec certains changements non vitaux qui simulent la vie. Encore ici le parallélisme existe. Nous avons vu dans les Premiers Principes (§ i07-H5) que le caractère essentiel de l'évolution est l'intégration de parties qui accompagne leur différenciation, intégration qui se montre tant dans la consolidation de chaque partie que dans la consolidation de toutes les parties en un tout. Or, évidemment, une combinaison, entre les changements qui ont lieu dans différentes parties combinées, doit être proportionnnée au degré de combinaison de ces parties : plus les parties sont mutuellement dépendantes, plus leurs actions doivent être mutuellement dépendantes. En conséquence, les corps animés qui possèdent une plus grande coordination de parties que les inanimés, doivent présenter une plus grande coordination de parties. Cette coordination plus grande de leurs changements ne doit pas seulement distinguer les agrégats organiques des inorganiques, mais aussi pour la même raison les organismes supérieurs d'avec les inférieurs, ce que nous constatons. Encore une fois, nous avons fait voir que les changements qui constituent la vie, diffèrent des autres changements par la nature définie de leur combinaison; et qu'une différence de même espèce, sinon de même degré, existe entre