CHAPITRE PREMIER
LA CHOISSANCE
§ 43. — Un organisme croît : telle est peut-être l'induction la plus vaste et la plus connue de la biologie. Ce caractère se présente si habituellement et d'une façon si marquée chez les plantes et les animaux, qu'on se laisse aller à croire qu'il leur est particulier; toutefois il n'en est pas ainsi. Dans des circonstances convenables, l'accroissement de volume se montre dans les agrégats inorganiques aussi bien que dans les organiques. Les cristaux croissent, etsouvent ils croissent plus rapidement que les corps vivants. Quand les matériaux nécessaires se trouvent fournis dans les formes nécessaires, on peut constater une croissance dans des masses non cris* tallines : par exemple dans l'amas fongiforme de charbon qui se dépose sur la mèche d'une chandelle qu'on n'a pas mouchée. Sur une échelle immensément plus grande, nous retrouvons la croissance dans les formations géologiques : l'accumulation lente d'un sédiment déposé sous forme d'une couche ne se distingue pas de la croissance dans son acception la plus large. Si nous remontons à la genèse des corps
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célestes, dans l'hypothèse de révolution, nous trouvons que ces corps ont aussi passé par une croissance pour arriver à la forme définie que nous observons. On peut dire que la croissance est un accompagnement de l'évolution; et si l'évolution d'un genre ou d'un autre est un fait universel, la croissance est un fait universel, universel en ce sens que tous les agrégats se présentent en quelque façon et à quelque moment de leur durée.
Où l'on voit le mieux la communauté essentielle de nature entre la croissance organique et l'inorganique, c'est quand on remarque qu'elles se produisent l'une et l'autre de la même manière. La ségrégation des différentes espèces de détritus les uns d'avec les autres, aussi bien que d'avec l'eau qui les charrie, et leur agrégation en couches distinctes, n'est autre chose qu'un exemple d'une tendance universelle vers l'union des unités semblables et la séparation des unités dissemblables {Premiers principes y § 163). Le dépôt d'un cristal dans une solution est Une différenciation d'atomes auparavant mélangés; une intégration d'une classe d'atomes en un corps solide, et de l'autre classe d'atomes en un liquide dissolvant. Est-ce que la croissance d'un organisme n'est pas une opération essentiellement semblable? A Tcntour d'une plante il existe de certains éléments qui sont semblables à ceux qui forment sa substance, l'accroissement de son volume s'effectue par une intégration continue dans la plante de ces éléments semblables qui l'entourent. L'animal ne diffère pas essentiellement à ce point de vue de la plante ou du cristal. Sa nourriture est une partie de la matière ambiante, qui contient des atomes composés semblables aux atomes composés qui constituent ses tissus; que ce soit par simple imbibition, ou par la digestion, l'animal intègre en définitive en lui-même des unités semblables à celles dont
il est construit, et laisse les unités dissemblables. Pour éviter de se faire de la croissance une idée fausse, il convient de remarquer que la croissance comme nous venons de la définir doit être distinguée de certaines augmentations de volume apparentes et réelles qui la simulent. Ainsi les longs jets blancs que poussent les pommes de terre qui croissent dans l'obscurité, se produisent aux dépens des substances contenues dans le tubercule : ce sont des exemples non de Faccumulation de matière organique, mais simplement de son réarraûgement. De plas certains embryons animaux, durant les premières périodes de leur existence, augmentent considérablement de volume sans assimiler des solides empruntés au milieu : ils augmentent en absorbant Teau ambiante. Même dans les organismes supérieurs, chez l'enfant par exemple, on voit quelquefois se produire un accroissement rapide des dimensions du corps, qui n'est pas une mesure exacte de la quantité de matière organique qui lui a été ajoutée ; cet accroissement dépend en partie de changements analogues à ceux dont je viens de parler. Des modifications de ce genre ne doivent point être confondues avec le développement proprement dil, dont nous avons à nous occuper.
Le fait général que nous rencontrons d'abord dans l'étude de la croissance organique, c'est qu'elle a des limites. Il constitue une différence caractéristique entre la croissance organique et l'inorganique, mais cette différence n'est nullement définie. Quoique l'agrégation de matière inanimée que produit la simple attraction puisse aller à l'infini, il semble qu'il y ait iine fin à ce genre défini d'agrégation qui résulte de l'attraction polaire. Des éléments et des composés différents forment d'ordinaire des cristaux plus ou moins dissemblables par leur volume, et chacun paraît avoir un
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volume qui d'ordinaire n'est pas dépassé sans qu'il se pro-. duise une tendance à former un nouveau cristal plutôt qu'à, augmenter l'ancien. A considérer le règne organique comme un tout, nous voyons que les limites entre lesquelles la croissance se meut, sont très-largement espacées. Aune extrémité, nous avons des monades si ténues que les microscopes de la plus grande puissance ne les rendent visibles qu'imparfaitement ; et à l'autre extrémité nous trouvons des arbres de cent mètres de haut et des animaux de cinquante mètres, de long. II est vrai que si en un sens on a le droit de tracer cette distinction, en un autre on ne l'a pas , puisque les plus grands organismes sont formés de la combinaison d'unités qui individuellement ressemblent aux plus petites. Un seul végétal du genre protococctis a la même structure que l'une des nombreuses cellules unies ensemble pour former le Ihallus d'une algue supérieure, ou la feuille d'un phanérogame. Chaque rameau d'un phanérogame porte ordinairement plusieurs feuilles. Un arbre est un assemblage de nombreuses branches unies. Un de ces grands téléophytes se trouve donc être un agrégat d'agrégats d'unités qui séparément ressemblent toutes aux prptophytes parle volume et la structure. On peut reconnaître une construction analogue dans une grande partie du règne animal. Cependant, alors môme que nous nous rappelons cette restriction et que nous comparons des organismes de même degré de composition, nous trouvons encore que les limites de la croissance comprennent une grande étendue. La plus petite plante phanérogame est très-peu de chose à côté d'unarbre de haute futaie, et il y a une différence de volume énorme entre le plus petit et le plus grand mammifère. Mais quand nous comparons les membres de la mêraie espèce, nous reconnaissons que les limites de la croissance sont beaucoup moins variables. Chez
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les protozoaires et les prolophytes, chaque espèce a un volume assez constant dans l'adulte; et chez les organismes plus complexes , les différences entre ceux de même espèce arrivés à maturité, ne sont d'ordinaire pas très-grandes. Les plantes composées présentent, il est vrai, quelquefois des contrastes tranchés entre les individus rabougris et ceux qui sont bien venus; mais les animaux supérieurs ne s'écartent guère des types moyens de leur espèce.
En repassant les faits en vue d'une généralisation empirique des causes de ces différences, nous nous assurons promptement que ces causes, par la variété de deux combinaisons et par leur antagonisme réciproque, produisent des résultats très-irréguliers. Il devient évident qu'on ne saurait remonter d'une cause à ses effets, indépendamment des autres. Par suite il ne faut pas oublier que les diverses propositions contenues dans les paragraphes suivants sont susceptibles de recevoir des modifications les unes à cause des autres.
Considérons d'abord la relation entre le degré de croissance et la complexité de structure. Cette relation étant
I mêlée à beaucoup d'autres ne devient apparente que lors-
: qu'on prend la moyenne des comparaisons de façon à éliminer les différences. Mais cela ne se peut quand les condilions sont radicalement dissemblables, comme entre les plantes et les animaux. Toutefois, en ne perdant pas de vue ces restrictions, nous verrons que l'organisation a une influence déterminante sur l'accroissement de la masse. Parmi
. les plantes, les plus inférieures, celles qu'on appelle thallogènes, n'atteignent pas ordinairement un volume consi-
1 dérable. Les lichens, les algues et les champignons ne comptent qu'un petit nombre de leurs espèces qui soient volumineuses : les plus grandes, comme certaines algues
qu'on renconlre dans les mers antarctiques, ne contribuent pas beaucoup à augmenter la moyenne. Quoique parmi les acrogènes, comme les fougères arborescentes, il y en ait qui atteignent une hauteur considérable, la majorité n'a qu'une faible taille. Les endogènes, qui comptent à une extrémité de petites herbes et à l'autre les hauts palmiers, nous offrent une moyenne et un maximum supérieur à celui des acrogènes. Les exogènes l'emportent encore sur les endogènes. Parmi les exogènes nou« rencontrons les rois du règne végétal. Chez les animaux, nous trouvons que le volume atteint par les vertébrés est d'ordinaire beaucoup plus grand que celui des invertébrés. Parmi ceux-ci, les plus petits, appelés protozoaires, sont aussi les plus simples; et les plus grands qui appartiennent aux embranchements des annelés et des mollusques, sont au nombre des plus complexes de leurs types respectifs. Parmi les vertébrés, nous trouvons que les plus grands sont les mammifères et que si, dans les époques écoulées, il y avait des reptiles d'un grand volume, ce volume n'atteignait pourtant pas celui de la baleine. Entre les reptiles et les oiseaux, et entre les vertébrés de terre et ceux de mer, la relation n'est pas vraie , les conditions d'existence étant dans ces cas très- différentes. Mais chez les poissons et chez les reptiles, à ne les considérer que dans leur classe, on peut observer, généralement parlant, que les plus grandes espèces sont formées des types les plus élevés. Le lecteur, dont l'esprit de critique s'est éveillé en présence de ces propositions, a sans doute déjà vu que cette relation ne met pas l'organisation sous la dépendance de la croissance, mais la croissance sous la dépendance de l'organisation. La majorité des exogènes sont plus petits que certains endogènes; plusieurs endogènes sont dépassés en hauteur par certains acrogènes; et même parmi les thallogènes, les moins
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développées des plantes, il y a des espèces dont le volume n'est point atteint par un grand nombre de plantes des ordres supérieurs. Pareillement chez les animaux : beaucoup de crustacés sont plus pelits que les actinies; beaucoup de reptiles sont plus petits que certains poissons ; la majorité des mammifères sont inférieurs en volume aux plus grands reptiles; et en comparant' une souris à une méduse bien développée, nous reconnaissons qu'un animal élevé dans l'échelle de l'organisation est dépassé en grosseur par un autre qui n'occupe dans l'échelle qu'un rang très-inférieur. 11 est donc évident qu'on ne saurait soutenir qu'une organisation supérieure s'accompagne d'un grand volume. La proposition à l'appui de laquelle nous venons d'apporter des exemples est la réciproque, à savoir qu'un grand volume s'accompagne d'une organisation supérieure. Le fait frappant que les plus grandes espèces d'animaux et de végétaux appartiennent aux classes les plus élevées, et que dans toutes leurs diverses sous-classes les plus élevées renferment les formes les plus volumineuses, nous fait voir cette relation aussi clairement que nous pouvions nous attendre à la rencontrer au milieu de tant de causes et de conditions capables de la modifier.
La relation entre la croissance et l'apport de nourriture ulile est une relation trop familière pour avoir besoin de preuve. Toutefois elle offre certains points de vue qu'il faut étudier au préalable si l'on veut faire un examen complet do tout ce qu'elle implique. Chez les plantes qui sont toutes en contact constant avec les substances gazeuses, liquides et solides qui doivent être incorporées dans leurs tissus, et qui, dans la même localité, reçoivent des quantités peu diiTérentes de lumière et de chaleur, les ditîérences dans l'apport de nourriture utile n'ont qu'un rapport secondaire avec les
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différences de croissance. Sans doute dans un gi'oupe d'herbes naissant des semences tombées d'une plante, le volume plus grand que certaines d'entre elles présentent, est dû à une nutrition meilleure, résultat d'avantages accidentels; mais ce n'est pas ainsi qu'on peut expliquer le contraste que présentent le volume de ces herbes et celui des arbres du voisinage. D'autres conditions ont ici leur rôle : l'une des plus importantes consiste probablement en ce que dans un cas il existe et dans l'autre il n'existe pas une aptitude à sécréter une quantité de fibre ligneuse qui produise une tige capable de porter un grand développement. Toutefois chez les animaux qui (à l'exception de certains entozoaires) diffèrent des piaules en ce qu'au lieu de baigner leur surface, les matières dont ils subsistent sont dispersées et doivent être cherchées, la relation cnlre la nourriture utile et la croissance se montre avec plus de régularité. Les protozoaires, vivant de fragments microscopiques de matière Oï^anique contenue dans Feau ambiante, sont incapables durant leur courte vie d'accumuler une quantité considérable d'aliments. Les polypes et les molluscoïdes ayant pour proie ces membres à peine visibles du règne animal, encore qu'ils soient gros en comparaison de leur proie, sont petits à côté d'autres types : même quand ils sont agrégés en groupes formés de plusieurs individus qui séparément se procurent de la nourriture pour le bien commun. Ils sont souvent si peu visibles qu'on ne les aperçoit pas du premier coup. Si en partant de ce point nous passons en revue les degrés successifs de l'échelle animale, il devient manifeste qu'en raison de la grandeur du volume de l'animal, les masses alimentaires sont ou bien grandes ou, ce qui en pratique revient au môme, si abondantes et si bien à portée que l'animal en peut absorber uneg^rande quantité. Le plus grand des mam-
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mifères la baleine des mers arctiques, il est vrai, ne se nourrit que d'animaux relativement petits, comme des acalèphes et des mollusques qui flottent dans les mers qu'elle habite, mais sa façon d'en engloutir des masses et de fillrer en la rejetant l'eau qui les porte, la met à même de s'assurer une grande quantité de nourriture. Nous pouvons dire avec certitude que, toutes choses égales, la croissance d'un animal dépend de Tabondance et du volume des masses d'aliments qu'il a les moyens de s'approprier. Il est peut-être nécessaire d'ajouter que dans l'interprétation de cette proposition, il faut tenir compte du nombre des compétiteurs. Évidemment nous ne voulons pas parler de l'abondance absolue de nourriture, mais de l'abondance relative; et cette abondance relative dépend beaucoup du nombre des individus qui se disputent la nourriture. Tous ceux qui ont l'expérience de la pêche dans les lacs des Highlands d'Ecosse savent bien que partout où les truites sont nombreuses, elles sont petites, et que partout où elles sont relativement grosses, elles sont rares.
Quelle est la relation entre la croissance et la dépense de force? telle est la question qui se présente ensuite à nous. Quoiqu'il y ait lieu de croire que cette relation existe, elle n'est pas très -facile à décrire, embarrassée qu'elle est au milieu de tant d'autres relations. Toutefois on peut indiquer certains contrastes qui semblent nous en apprendre quelque chose. Laissons le règne végétal, dans lequel la dépense de force est trop petite pour qu'on puisse apercevoir cette relation, et cherchons dans le règne animal s'il y a des classes d'ailleurs voisines qui contrastent par leur activité locomotrice. Comparons les oiseaux d'une part, avec les reptiles et les mammifères de l'autre. On admet que les oiseaux sont organisés d'après un type très-voisin de celui des reptiles, ïnais supérieur; et quoique à bien des égards l'organisation
des oiseaux soit inférieure à celle des mammifères, pourtant à d'autres points de vue, par exemple par l'hétérogénéité et rintégration plus grande du squelette, par le développement plus complexe de l'appareil respiratoire et par une plus haute température du sang, on peut soutenir que les oiseaux l'emportent sur les mammifères. Par suite, si la croissance ne dépendait que de l'organisation, nous devrions conclure que le champ de la croissance chez les oiseaux ne serait pas beaucoup plus resserré que chez les mammifères, et que le type oiseau devrait comporter une croissance plus grande que le type reptile. De plus, nous ne voyons pas quels désavantages manifestes gêneraient l'oiseau dans sa poursuite de la nourriture, dont les reptiles et les mammifères seraient exempts. Au contraire, les oiseaux sont capables d'atteindre, une nourriture placée hors de la portée des reptiles et des mammifères; ils le sont aussi de saisir une proie dont les mouvements sont trop rapides pour que des reptiles ou des mammifères puissent l'atteindre. Néanmoins la limite de la croissance des oiseaux reste bien en arrière de celle qu'atteint celle des reptiles et des mammifères. Avec quelle autre différence entre ces classes celle-ci est-elle en rapport? Ne pouvons-nous pas supposer que ce soit avec celle qui subsiste entre la quantité de leurs efforts locomoteurs? Tandis que es mammifères (à l'exception des chauves-souris, qui sont petites) se trouvent pendant tous leurs mouvements supportés par des surfaces ou des liquides denses, et tandis que les reptiles (excepté les antiques ptérodactyles, qui n'étaient pas très-grands) n'ont pareillement qu'une sphère de mouvement restreinte, la majorité des oiseaux se meut plus ou moins habituellement dans un milieu rare, où ils ne peuvent se soutenir sans des efforts relativement grands. Ce qui vient à l'appui de la conclusion qu'il existe un rapport inverse
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entre la croissance et la dépense de force, c'est le fait important que les membres de la classe des oiseaux, tels que le dinornis et Vépiornis, qui rivalisaient de volume avec les plus grands mammifères et les plus grands reptiles, étaient incapables de voler, hors d'état de dépenser cet excès de force en locomotion. Une autre preuve qu'il exisle un antagonisme entre l'accroissement du volume et la quantité de mouvement produite par un organisme, provient d'un fait d'expérience générale, à savoir que les hommes et les animaux domestiques surmenés pendant l'époque de leur croissance ne peuvent pas atteindre leurs dimensions ordinaires. Il faut poser un autre principe général relatif aux degrés de développement. C'est une règle dont les exceptions n'ont pas grande importance, que les grands organismes commencent leur existence séparée à l'état de masses de matière organique plus ou moins considérables en volume, et communément avec des organisations plus ou moins avancées, et que dans chaque sous-règne organique, il subsiste une relation générale, bien qu'irrégulière, entre le volume iûitial et le volume final. Les végétaux présentent cette relation bien plus clairement etplus constamment que les animaux. Cependant, quoique chez les plantes qui commencent la vie à l'état de spores impalpables, il en est qui, sous des conditions spéciales, acquièrent par la croissance des volumes considérables, leur immense majorité demeure faible. Réciproquement, les grands endogènes et exogènes, au moment où ils se détachent du végétal qui les a portés, ont déjà tout formés les organes des jeunes pladtes, et à côté de ces organes de grands approvisionnements d'une substance très-nutritive. C'est-à-dire que lorsque la jeune plante ne consiste qu'en un centre de développement, la croissance finale est communément insignifiante ; mais lorsque le développement doit de-
venir grand, il existe, comme point de départ, un embryon bien développé et un fonds de matière assimilable. Dans toute rétendue du règne animal, celle relation est assez régulière, sauf dans les classes qui échappent aux nécessités ordinaires de la vie animale, les germes ou œufs de petite dimension ne donnent pas naissance à des êtres volumineux. Lorsque l'animal atteint un volume considérable, c'est que jeune il procède d'un œuf d'un volume considérable, ou qu'il est né avec un volume considérable, tout organisé, et en partie prêt à agir. Dans la classe des poissons, par exemple, il subsiste une certaine proportion moyenne entre le volume des œufs et le volume des individus adultes; parmi les poissons supérieurs, comme les requins, les œufs sont relativement peu nombreux et relativement gros. Les œufs des reptiles sont moins nombreux et plus grands par la masse que ceux des poissons; et dans cette classe on retrouve aussi une proportion générale entre le volume de Tœ^uf et celui du reptile adulte. Considérés dans toute la classe, les oiseaux nous présentent une limitation encore plus grande du nombre des œufs et un nouvel accroissement de leur volume respectif, depuis les œufs si ténus des oiseauxmouches, jusqu'aux œufs immenses des épiornis qui ont plus de cinq litres de capacité, nous voyons qu'en termes généraux, plus grands sont les œ.ufs, plus grands sont les oiseaux. Finalement, chez les mammifères (à l'exception des marsupiaux) les jeunes naissent non-seulement avec des volumes relativement grands, mais avec des organisations avancées; et dans toute la subdivision des vertébrés comme dans toutes lès autres, il y a une relation manifeste entre le volume au moment de la naissance et le volume à l'époque de la pleine croissance. Enfin, notons aussi un fait qui a une signification analogue, à savoir que les jeunes de ces animaux
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supérieurs, outre qu'ils commencent la vie avec un corps d'un volume considérable presque complètement organisé, se trouvent pourvus d'aliments pendant des laps de temps de plus ou moins de durée, chez les oiseaux par la pâture, chez les mammifères d'abord par la lactation et plus tard par la pâture. C'est-à-dire qu'à la masse cl à l'organisation qui lui est transmise, l'oiseau ou le mammifère ajoute un volume encore plus grand à très-peu de frais pour lui.
Si nous voulions traiter la question d'une façon complète, il serait nécessaire d'accorder un paragraphe à chacune des nombreuses circonstances qui sont susceptibles de favoriser ou de limiter la croissance. Par exemple, l'entozoaire est limité par le volume de l'animal ou même de l'organe au sein duquel il vit; un parasite, bien que trouvant une nourriture abondante sans effort appréciable, est réduit à ce petit volume qui lui permet de n'être point immédiatement découvert par l'animal qu'il désole; chez la belette, par exemple, la petitesse est une condition de succès dans la poursuite de l'animal qui lui sert de proie; d'autres fois, l'avantage de ressembler à d'autres animaux, et de tromper par là ses enneniis ou sa proie, devient une cause qui limite le volume. Mais pour le moment je ne veux autre chose qu'exposer les relations les plus générales entre la croissance et d'autres phénomènes organiques, relations auxquelles l'induction nous conduit. Cela fait, recherchons si ces relations générales peuvent êtreétablies déductivement.
§ 44. On peut prouver à piiori qu'il existe un lien de dépendance qui rattache la croissance à l'organisation. Quand nous considérons les phénomènes de la vie, soit en euxmêmes, soit dans leurs relations avec les phénomènes ambiants, nous croyons que toutes choses égales d'ailleurs plus
les agrégats sont grands, plus est grande la complexité nécessaire de structure.
Dans les plantes mêmes du type le plus élevé, il existe une dépendance mutuelle des parties relativement faibles : un bouton de fleur dont les parties sont encore ramassées s'épanouira dans quelques jours, et fleurira, si la tige est plongée dans l'eau. Un drageon détaché de l'arbre où il a pris naissance et planté en terre, poussera. Les parties possèdent une activité vitale qui ne difl'ère pas de celle des autres, il est donc possible que le végétal atteigne un grand volume sans posséder la structure compliquée nécessaire pour combiner les actions de parties. Même ici, pourtant, nous voyons que, pour atteindre un grand volume, il faut un degré d'organisation susceptible de coordonner les fonctions des racines et des branches. Nous voyons que le volume atteint par les arbres ne saurait l'être qu'à la condition d'un système vasculaire efficace qui permette aux organes distants d'utiliser les produits les uns des autres. Nous voyons encore que la coexistence d'une grande croissance avec une organisation inférieure, comme on la trouve dans quelques algues de mer, se rencontre lorsque les conditions d'existence ne rendent pas nécessaire une dépendance mutuelle considérable des parties, lorsque la plante ayant à peu près le poids spécifique de son milieu, n'a pas besoin d'une tige bien développée, et lorsque tous les matériaux de la croissance étant tirés de l'eau par chaque portion du thallus, il n'est besoin d'aucun appareil pour les transporter d'une partie à l'autre. Chez les animaux qui, à peu d'exceptions près, sont, par les conditions de leur existence, obligés de prendre leur nourriture par une partie spécialisée de leur corps, il est clair qu'il doit y avoir un moyen pour que les autres parties du corps reçoivent l'aliment qui doit les entretenir. Il est évident que
pour que leur nutrition s'entretienne également bien partout il faut que les parties d'une grande masse possèdent un appareil propulseur et conducteur plus compliqué; et que dans la proportion où ces parties subissent une plus grande usure, il est nécessaire qu'il existe un système vasculaire encore plus développé. Il n'est pas possible que les parties d'une masse soient en état de se mouvoir, ni que leurs mouvements soient coordonnés de manière à produire les actions de locomotion ou d'autres, sans de certains arrangements de structure ; et, toutes choses égales, une quantité donnée de cette activité nécessit-e des arrangements de structure plus compliqués dans une grande masse que dans une petite. Il faut au moins qu'il y ait un appareil de coordination qui présente de plus grands contrastes dans ses parties centrale et périphérique.
La dépendance restreinte qui rattache la croissance à l'organisation, se retrouve encore quand on étudie la croissance dans ses rapports avec l'accommodation des relations internes aux externes qui constitue la vie. On ne la voit pas bien dans les plantes, parce que l'accommodation des relations internes aux externes n'est pas grande. Pourtant, elle se révèle dans le fait que la condition qui seule permet à un végétal d'acquérir un grand volume, est qu'il est obligé, par le développement d'un tronc massif, de présenter des relations internes de forces capables de contre-balanccr les relations externes de forces qui tendent continuellement, et aussi accidentellement, à le détruire; et l'organisation d'un cœur de fibres ligneuses régulièrement arrangées est un progrès dans l'organisation. Dans tout le règne animal, on aperçoit cette relation. Acquérir des matériaux pour la croissance, échapper aux lésions, qui interrompent la croissance, éviter les ennemis qui y mettent fin subitement, tout cela suppose
dans l'organisme l'existence des moyens d'approprier les mouvements pour faire échec aux nombreuses coexistences et séquences de l'extérieur, et suppose en outre les divers arrangements de structure que rendent possibles ces actions diversement adaptées. On ne saurait contester que, toutes choses demeurant constantes d'ailleurs, un animal plus complexe, capable d'accommoder sa conduite à un plus grand nombre d'éventualités dans le milieu, sera d'autant plus capable de se procurer sûrement sa nourriture, et d'échapper aux causes de destruction, et par là d'accroître son volume. Évidemment, sans aucune restriction , nous pouvons dire qu'un gros animal vivant dans les conditions complexes d'existence qui se rencontrent partout, n'est pas possible sans une organisation comparativement élevée.
Ainsi donc, bien que cette relation soit contrecarrée et masquée par d'autres, il ne se peut faire qu'elle n'existe. Déductivement nous voyons qu'elle doit être modifiée, de même qu'inductivement nous voyons qu'elle est modifiée par les circonstances au milieu desquelles nous voyons que chaque organisme est placé-; mais qu'elle est toujours un facteur qui concourt à déterminer le résultat.
§ 45. La croissance dépend, cœteris paribus^ de la quantité de matière assimilable disponible. C'est une proposition que l'expérience spéciale ne cesse de vérifier, et qui tire son évidence de l'expérience générale à tel point qu'il ne serait guère nécessaire de la formuler, s'il ne fallait pas indiquer les restrictions qu'il convient d'y apporter.
Les matériaux dont chaque organisme a besoin pour se construire, n'appartiennent pas à une seule espèce mais à plusieurs. Tous les organismes ont besoin d'eau comme véhicule qui transporte les substances à travers les tissus, au
moins autant que de solides, et quelque abondants que soient les matériaux solides, il n'y aurait pas de croissance en Fabsence de l'eau. Dans les solides, il doit y avoir une certaine proportion qui n'excède pas certaines limites. Une plante autour de laquelle l'acide carbonique, l'eau et l'ammoniaque existent en quantité suffisante, peut se trouver arrêtée faute de silice. L'absence totale de chaux dans la nourriture d'un mammifère peut arrêter le développement de son squelette, empêcher l'animal de croître ou même le détruire, quelle que soit la quantité d'autres colloïdes et cristalloïdes qu'il ait à sa disposition.
Il faut encore apporter une restriction au principe que, toutes choses égales, la croissance varie suivant la quantité de nourriture, en signalant une condition nécessaire, à savoir que la quantité de nourriture ne doit pas dépasser l'aptitude à l'assimiler. Dans le régne végétal la surface d'assimilation étant externe, et se trouvant susceptible de s'étendre par la formation de nouvelles racines, de nouveaux bourgeons et de nouvelles feuilles, l'effet de la restriction ne saute pas aux yeux; mais en fournissant artificiellement aux plantes les matériaux qu'elles n'ont d'ordinaire qu'avec la plus grande difficulté, nous pouvons faciliter beaucoup leur croissance, el produire ainsi des différences frappantes de volume dans la même espèce. Même alors, cependant, l'effet se trouve restreint dans les limites de l'aptitude à assimiler, puisqu'en Tabsence de la lumière solaire et de la chaleur par le secours de laquelle se fait la plus grande partie de l'assimilation, les autres matériaux sont inutiles. Dans le règne animal, cette restriction est rigoureuse. La surface absorbante est, dans la grande majorité des cas, interne ; elle n'a qu'une étendue comparativement faible, qui ne saurait s'agrandir sans un remaniement du corps entier; elle est en relation avec un
Ui LES INDUCTIONS DE LA BIOLOGIE.
système vasculaire qu'il faudrait aussi reconstruire pour qu'une plus grande somme de nourriture pût devenir utile ; il est donc évident qu'au delà d'un certain point, bientôt atteint, l'accroissement de la nourriture ne cause pas l'accroissement de la croissance. Au contraire, si ,1a quantité d'aliments ingérée dépasse de beaucoup le pouvoir absorbant de l'animal, l'excès devenant un obstacle à l'action régulière de l'organisme peut retarder la croissance plutôt que l'accélérer.
Si d'un côté il est certain, à priori^ qu'il né saurait y avoir de croissance en l'absence de substances du genre de celles dont l'organisme se compose ; et s'il est également certain que la proportion de la croissance doit en premier lieu suivre la quantité de ces substances; d'un autre côté, il n'est pas moins certain qu'une quantité extraordinaire de ces substances ne produira pas une croissance extraordinaire au delà d'un point qui sera bientôt atteint. L'induction nous fait connaître trois principes dont la déduction nous fait voir la nécessité, à savoir que la valeur de la nourriture pour la croissance dépend non de la quantité des divers matériaux organisables qu'elle contient, mais de la quantité des matériaux dont l'organisme a le plus besoin; qu'étant donnée une proportion convenable de matériaux, la structure préexistante de l'organisme limite leur pouvoir utile; et que plus la structure est élevée et plus tôt la limite se trouve atteinte.
§ 46. Mais pourquoi faut-il que la croissance de tout organisme se trouve à la fin arrêtée? Quoique la quantité de croissance puisse, dans chaque cas, être nécessairement restreinte dans des limites de variation étroites, quoique l'accroissement possible en un temps donné ne puisse excéder une certaine quantité; pourquoi faut-il que Taccroisse-
ment décroisse, et finalement devienne insensible? Pourquoi tous les organismes, pourvus d'abondanls matériaux, ne doivent-ils pas continuer à grandir tout le temps qu'ils vivent? Pour trouver une réponse à cette question, nous devons commencer par revenir à la nature et aux fonctions de la substance organique.
Dans les trois premiers chapitres de la première partie, nous avons vu que les plantes et les animaux se composent principalement de substances en état d'équilibre instable, substances qui ont été portées à cet état d'équilibre instable, par la dépense de la force que nous appelons rayonnement solaire, et qui l'abandonnent sous d'autres formes en tombant dans un état d'équilibre stable. Laissons l'eau qui sert de véhicule à ces matériaux et de milieu pour leur changement; excluons les matières minérales qui jouent soit des rôles passifs, soit le rôle d'auxiliaire, et nous trouvons que les organismes sont construits de composés qui sont des magasins de force. Ces colloïdes et ces cristalloïdes complexes qui, par leur union, forment des corps organisés, sont les mêmes colloïdes qui abandonnent, en se décomposant, les forces dépensées par les corps organisés. C'est pour cela que les substances azotées et carbonées étant à la fois des matériaux pour la croissance organique et des sources de force organique, toute la quantité de ces matériaux qui sert à engendrer de la force est soustraite à l'actif de la croissance, et toute la quantité économisée par la diminution de la production de force, sert à la croissance. Nous savons la quantité limitée de matière nutritive que la structure préexistante, d'un organisme lui permet d'absorber, et c'est un corollaire nécessaire de la persistance de la force que la matière accumulée sous forme de croissance, ne peut excéder ce surplus qui reste indécomposé après la production des quan-
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tités nécessaires de mouvement sensible et insensible. Ce principe, qui serait rigoureusement vrai dans toutes les conditions, si Fon usait exactement les mêmes substances dans les mêmes proportions, pour la production de force et pour la formation des tissus, doit, cependant, subir une restriction, à savoir que certaines substances dyhamogèhés ne sont pas des éléments de tissus; de la sorte, il peut y avoir une production de force qui ne se fait pas aux dépens de la croissance potentielle. Les organismes (ou au moins les organismes animaux, dont nous nous occupons surtout ici) ont une certaine faculté d'absorption élective, qui diez un individu partiellement, et dans une race plus complètement, accommode les proportions des substances absorbées aux besoins de l'organisme. Si, donc, une certaine dépense habituelle de force conduisait à une certaine absorption habituelle de matières dynamogènes qui ne servent pas à la croissance; et si, lorsqu'il y a moins de nécessité à absorber de ces matières, l'aptitude à absorber des matières utiles à la croissance augmentait dans une étendue équivalente; il s'ensuivrait que l'antagonisme dont on a parlé devrait, à la longue, se trouver vrai sans cette restriction. Par suite ia croissance est en substance équivalente à la nourriture absorbée , diminuée de la nourriture consumée sous forme d'action.
Mais ce n'est pas une réponse à la question de savoir pourquoi la croissance individuelle a une limité. L'antaganisme dont nous avons parlé ne rend pas clairement compte du fait que chez tout animal domestique les accroissements de la croissance se présentent continuellement en proportion décroissante par rapporta la masse, et finalement s'arrêtent. Néanmoins on peut démontrer que l'excès de la nourriture absorbée sur la nourriture dépensée doit, toutes choses
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égales, diminuer à mesure que le volume de l'animal devient plus grand. Dans les corps d'une construction analogue, les masses varient comme les cubes des dimensions, tandis que les forces varient comme les carrés des dimensions. Là est la solution du problème. Supposez un animal qui l'an passé avait un pied de haut, et qui en a deux aujourd'hui, tandis que ses proportions et sa structure n'ont pa$ changé ; quelles sont les conséquences nécessaires des changements qui y ont eu lieu? Il est huit fois plus lourd, c'est-à-dire il a à opposer à l'effort de la gravitation sur son organisme une résistance huit fois plus grande; et pour produire, aussi bien que pour arrêter chacun de ses mouvements, il a à surmonter huit fois l'inertie. Pendant ce temps, les muscles et les os ont augmenté leurs pouvoirs respectifs de contraction et de résistance en raison des aires de leurs sections transverses; donc ils sont chacun seulement quatre fois plus forts qu'auparavant. Ainsi, tandis que l'animal a doublé en hauteur, et que son aptitude à surmonter des forces a quadruplé, les forces qu*il a à vaincre sont devenues huit fois. plus grandes. Par conséquent, pour élever son corps à une hauteur donnée, il faut que ses muscles se contractent avec une intensité double et au prix d'une dépense double de matière. Cette nécessité se montrera encore plus clairement si nous laissons l'appareil locomoteur, et si nous considérons seulement les forces nécessaires pour le mouvement et les moyens de les produire. En effet, puisque dans des corps semblables les aires varient comme les carrés des dimensions, et les masses comme les cubes, il s'ensuit que la surface abkor^ bante est devenue quatre fois plus grande, tandis que le poids que la matière absorbée doit mouvoir est devenu huit feis plus grand. Si donc, il y a un an, la surface absorbante pouvait prendre deux fois autant de nourriture* qu'il en
fallait pour la dépense, laissant ainsi une moitié de son actif pour la croissance, elle n'est plus capable aujourd'hui que de compenser la dépense et ne peut plus pourvoir aux besoins de la croissance. Quelque grand que soit l'excès de l'assimilation sur la dépense durant les premiers temps de la vie d'un organisme actif, nous voyons que par la raison qu'une série de nombres croissant comme les cubes, l'emporte sur une série de nombres croissant comme les carrés, alors même que la première part d'un nombre inférieur, il est nécessaire, si l'organisme vit assez longtemps, qu'il se rencontre un point où l'excès de l'assimilation se trouve réduit à rien, où la dépense balance la nutrition, c'est-à-dire un état d'équilibre mobile. Cette relation, bien que la principale, n'est pourtant pas la seule relation variable entre les degrés de croissance et les sommes de force dépensée. Il y en a encore deux, dont l'une concourt avec la précédente et l'autre en est l'antagoniste. Voyons d'abord à quel prix la nourriture est distribuée dans tout le corps, et les matières usées sont rejetées au dehors. Chaque accroissement de la croissance s'ajoutant à la périphérie de l'organisme, la force dépensée dans le transport de la matière doit croître en progression rapide, plus rapide même que celle de la masse. Mais comme la dépense dynamique de distribution est faible en comparaison de la valeur dynamique des matériaux qu'elle distribue, cet élément du calcul est sans importance. Maintenant considérons, en second lieu, le changement de proportion entre la production et la perte de chaleur. Dans de pareils organismes, les quantités de chaleur engendrées par de pareilles actions accomplies dans toute leur substance, doivent croître comme les masses ou comme les cubes des dimensions. En attendant, les surfaces par où le rayonnement amène une perte de chaleur ne croissent que comme
les carrés de leurs dimensions. Sans doute ce n'est pas' une raison pour que la perte de chaleur, ne croisse que comme les carrés des dimensions, mais elle croît certainement dans une proportion moindre que les cubes. Dans la mesure où Taugmenlalion de la masse a pour effet une plus grande économie de chaleur, elle a pour effet une économie de force. Toutefois cet avantage n'a pas Timportance qu'il paraît posséder à première vue. La chaleur organique est un phénomène concomitant de l'action organique, et elle se produit si abondamment pendant l'action, que ce qui s'en perd à ce moment n'a point d'importance. Il est vrai même que. la perte est souvent trop lente pour empêcher que la production ne s'élève à un excès dommageable. C'est seulement au point de vue de la conservation de la chaleur, si nécessaire durant le repos, que les grands organismes ont un avantage sur les petits, en ce que la perte est moindre chez eux. Ces deux relations subsidiaires entre le degré de croissance et la quantité de force dépensée, se trouvant mutuellement en antagonisme, nous pouvons en conclure que leur résultat différentiel ne modifie pas considérablement le résultat de la relation principale que nous avons posée la première.
Tous ceux qui voudront vérifier cette déduction, trouveront qu'elle semble parfois contredire des faits établis par l'induction. De peur que ces faits n'égarent le lecteur, il convient de les expliquer. Dans tout le règne végétal, remarquez qu'il n'y a d'autre limite à la croissance que celle que la mort impose. Passant sur un grand nombre de plantes qui ne s'élèvent jamais beaucoup au-dessus d'un volume relativement faible, parce qu'elles meurent en totalité ou en partie à la fin de chaque année, et s'arrêtant aux arbres qui poussent chaque année de nouveaux rameaux, alors même que leur
tronc est creusé par la décomposition, le lecteur demandera peut-être comment il se peut que la croissance y soit illimitée. Voici la réponse : les végétaux sont seulement des organismes d*accumulation ; ils ne sont nullement des organismes de dépense. Comme ils né subissent pas une usure qui croît avec les cubes des dimensions, tandis que l'assimilation croît avec leurs carrés, il n'y a pas de raison pour que leur croissance se trouve arrêtée par l'équilibre de Fassimilation et de l'usure. De plus, s'il veut chercher chez les animaux une correspondance exacte entre les accroissements décroissants de la crt)îssanèe constatés par l'observation et ceux que la déduction détermine, il ne la trouvera pas. Il y a des raisons suffisantes pour que la correspondance ne soit pas plus qu'approximative. Outre le fait rapporté plus haut, qu'il existe d'autres relations variables qui compliquent la relation principale, le lecteur doit se rappeler que les corps mis en comparaison ne sont pas vraiment semblables : les proportions du tronc aux membres et du tronc à la tête varient d'une manière considérable. La comparaison est encore plus sérieusement viciée par le rapport inconstant que soutiennent les éléments dont le corps se compose. Dans la chair des mammifères adultes, l'eau entre pour 68 à 71 pour 100; la substance organique pour 24 à 28, et la substance inorganique pour 3 à 5; au lieu qu'à l'état fœtal, l'eau y entre pour 87 et les substances organiques solides pour H seulement. Évidemment ce changement d'un état où la matière dynamogène forme un dixième au total, à un état dans lequel elle en forme les deux dixièmes et demi, doit déranger considérablement le parallélisme entre la progression réelle et la théorique. Il se peut encore que le lecteur ait remarqué une autre difficulté. Le crocodile, dit-on, grandit toute la durée de sa vie; et il y a quelque raison de croire
que certains poissotis de proie, comme le brochet par exem-* pie, font de même. Toutefois, il faut convenir que le fait que ces animaux d'une orgiani^tion comparativement élevée n ont pa$ deJimite, précise de croissance, est dû à ce que, par exception, tes conditions qui imposent la limitation ne sont pas remplies. Quel genre de vie inène uii crocodile? C'est un animal i sang! froid, ou pr^que. à sang froid; c'est-à-dire qu'il .dépense très-peu pour entt^étenir sa chaleur. Il est habitueUement inerte : il ne chasse pas.s^a proie, mais il lui tend des pièges, ne fait des efforts considérables qu'au moment des luttes de courte durée qu'il engage avec sa proie. Tou3 lés autres ^orls qu'il a à faire par intervalles, pour changer de place sont faibles à cause de la faible différence qui existe entre son poids spécifique et celui de l'eau. Aussi le crocodile dépense-t-il e» mouvement muscul?iire une somme de force ijosignifiante en comparaison de celle que dépensent les aaimaux terrestres. En conséquence, chez lui l'assimilation habituelle se trouve diminuée n^oi^s qu'à l'ordipair^ par lit destruction habituelle, et comme J'psgimilalion et la deslruciibn présentent au commencement une disproportion excessive, il est bieil possible que la prepfiière ne pçrde jam£(is l'avance qui la sépare de la dernière dan^ tout le cours de lai vie; En examinant de plus près l'exemple du crocodile atwJi que belui-du brochet, qui est aussi un animal à sang froid, et comme le crocodile se met en embuscade pour saisir sa proie, et qui est encore, comme lui, capable, à mesure qu'il augmente de taille, de se saisir de proies dé plus en plus grandes, nous apercevons une autre raison qui explique pourquoi leur croissance n'a pas une limite définie. Les causes mécaniques qui imposent nécessairement une limite à la croissance , n'agissent qu'imparfaitement chez le crocodile comme chez le brochet. En effet, un ani-
mal qui vit dans un milieu dont la densité est à peu près la même que celle de son corps, n'a pas constamment à surmonter la force de la pesanteur, principale résistance qu'ont à vaincre les animaux terrestres : il n'a point à dépenser à cet effet une force musculaire déjà grande au début et qui croît comme les cubes des dimensions. La seule force croissant comme les cubes de ses dimensions qui lui reste à vaincre est l'inertie de ses parties. La continuation exceptionnelle de croissance que l'on observe chez des animaux placés dans ces conditions est donc parfaitement explicable.
§ 47. Évidemment cet antagonisme entre l'accumulation et la dépense doit être une des causes principales du contraste que l'on observe entre les volumes d'animaux très- voisins, et à beaucoup d'égards placés dans des conditions semblables. La vie suivie par chaque espèce animale suppose une certaine quantité moyenne d'effort pour une quantité donnée de nourriture ; une partie de l'effort sert à ramasser ou à chasser la proie, une autre à la déchirer et à la mâcher, et une troisième aux opérations subséquentes nécessaires pour séparer les atomes nutritifs. L'effort varie donc selon que la nourriture est abondante ou rare, fixe ou mobile, selon qu'il est facile ou difficile au point de vue mécanique de la traiter quand elle est en possession de l'animal, et selon qu'elle est ou non promptement soluble. En conséquence, comme chez tous les animaux de la même espèce ayant le même genre de vie, il y a une proportion constante entre l'accumulation et la dépense, et par suite une limite assez constante à la croissance ; il y a toute raison de s'attendre à ce que les différentes espèces, suivant différents modes de vie, présenteront des rapports différents enire l'accumulation et la dépense, et par conséquent des limites de croissance différentes.
Bien que les faits connus par voie inductive présentent une harmonie générale avec la déduction que nous tirons, il ne nous est pas possible ordinairement de montrer cette harmonie d'une manière spécifique. Le seul contraste qui semble réellement venir à Tappui de notre déduction est celui dont nous avons déjà parlé, qui existe entre les vertébrés volants et les vertébrés qui leur ressemblent le plus, mais qui ne volent pas : les différences dans le degré d'organisation et dans les rapports avec la nourriture n'y sont pas dénature à affecter sérieusement la comparaison. Si l'on admet que les oiseaux dépensent ordinairement plus de force que les mammifères et les reptiles, il en résulte à priori que, les autres choses étant à peu près égales, les oiseaux auront une limite de croissance inférieure à celle des mammifères et des reptiles ; et nous savons àposteriori qu'il en est ainsi.
§ 48. Il nous reste encore à examiner une des principales causes, sinon la principale, des différences entre les volumes des organismes. Pour y arriver nous n'avons qu'à pousser un peu plus avant Tétude précédente. Nous avons vu que les petits animaux ont un avantage sur les grands, à savoir que chez eux l'assimilation se fait, toutes choses égales, dans une proportion plus grande que la dépense ; nous avons vu aussi qu'en conséquence, à mesure que les petits animaux deviennent plus grands, ils perdent peu à peu l'excès de force assimilatrice qu'ils possédaient, et finissent par ne pouvoir plus assimiler plus qu'il n'est nécessaire pour compenser l'usure des tissus. Comment ces animaux arrivent- ils, quand ils sont petits et jeunes, à posséder un excès de forces assimilatrices ? Tous les animaux possèdent-ils le même excès de force assimilatrice ? S'il n'en est pas ainsi, dans quelle mesure des différences entre les excès déterminent-elles des différences
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entre lés limites de (Croissance? El répon^Qt à ces questions, noua trouverons l'explication de bien de$ oontmtes de croissance hanches qui neproviennent d'aucune des causes déjà invoquées. Un bœuf, par exemple, dépasse de beaucoup un mouton en masse. Pourtant Fûn et Tautre vivent, dç génération en génération, dans les mêmes dhamps; mangent les mêmes herbes et leb mêmes racines, prennent possession de leur nourriture avec la même dépense de force, fit diffèrent à peine par le degré d'organisation* D'où viQUldoc. la différence frappante de leur volume ?
N^bus avons remarqué, quand nous avons étudié les phénomènes de (Toissancepar la voie inductive, que les organismes des types plus gros et plus élevés commencent leur existence séparée, en qualité de masses de matière organique passablement grandes. En général, nous voyons» que dans chaque sous-règne organique, un être n'arrive à un grand volume que lorsqu'il commence avec un volume déjà eonsidéi^able ; et que le voluiïie final est d'autant plus grand que la vie que doit mener cet être est plus compliquée. '. C'est «n raisonnant par analogie que nous essayerons d'abord d'interpréter cette induction. Un marchand qui débite des oranges par les rues ne fait dans chaique. vente qu'un bénéfice insignifiant; et, à moins d^un bonheur exceptionnel, il ne saurait espérer de réaliser pendant le jour une somme supérieure à celle qui suffit à ses besoins; il repart chaque jour du même point qu'il était parti la veille. Le commerce du petit débitant qui vend le thé par once et le sucre par demi-livre, impose pareillement beaucoup de peine pour de faibles profits. Commençant avec un capital de quelques livres, il est impossible que ce détaillant ait une boutique assez grande ou des marchandises en assez grande quantité ou assez variées, pour faire beaucoup d'affaires; il faut qu'il
se contente de gagner un sou ou deux dans les petites ventes qu'il fait aux pauvres gens; et si, évitant les dettes, il parvient à faire quelques économies, il n'économise jamais grand' chose. Un gros marchand de détail est obligé de mettre beaucoup d'argent à l'installation de son établissement, il est forcé d'en engager encore plus en marchandises, et il faut qu'il ait en outre un capital ftottant pour faire face à ses obligations avant la rentrée de ses profits. Mais comme il part avec des moyens suffisants pour ceia^ il peut faire des ventes nombreuses et relativement grosses, et par là réaliser des profits plus grands et plus nombreux. Pareillement, pour chiffrer leurs bénéfices par mille, il faut que les marchands et les manufacturiers engagent dans leur industrie des sommes chiffrées par centaines de mille. Bref, la proportion d'après laquelle la fortune d'un homme s'accumule, se mesure d'après l'excès du revenu sur la dépense, et cet excès, excepté dans certains cas &vorables, est déterminé par le capital avec lequel on commence les affaires. Or, au nom de l'analogie, nous pouvons retrouver dans les transactions d'un organisme les trois mêmes éléments. II y a la dépense nécessaire pour prendre possession de la nourriture et pour la digérer ; il y a la rentrée brute sous forme de nourriture assimilée, ou propre à l'assimilation ; et il y a la différence entre celte rentrée brute de nourriture ei la nourriture qui a été consommée dans le travail destiné à en prendre possession, différence qui peut être un profit ou une perte. Toutefois, s'il y a un excès, il est évident qu'il suppose que la force dépensée est moindre que la force latente dans la nourriture assimilée. Évidemment, aussi, l'augmentation de la croissance est limitée à la quantité de cet excès du revenu sur la dépense ; de sorte qu'une grande croissance suppose en même temps que l'excès de la nulrilion sur l'usure des tissus est relativement considérable,
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el que l'usure des tissus et la nutrition se font sur une grande échelle. Évidemmenl, encore, l'aptitude d'un oi^anisme à dépenser laidement et à assimiler largement, de façon à produire un grand excès, suppose l'existence d'un grand capital physiologique, sous forme de matière oi^nique avec des arrangements de structure plus ou moins complets. Dans le règne végétal les faits qui prouvent celte vérité ne sont ni apparents ni réguliers ; il y a pour cela une raison évidente, c'est que les plantes sont des êtres qui accumulent et qui dépensent très-peu, et que par conséquent les prémisses de notre raisonnement ne s'y trouvent pas réalisées complètement. La nourriture des plantes, à l'exception des champignons et de certains parasites, est à peu près la même pour toutes, elle les enveloppe comme dans un bain, et peut être absorbée sans effort, en sorte que l'opération vitale se résume presque toute en un profit. Une fois bien enraciné en lieu convenable, un végétal peut, dès le début, ajouter toutes ses rentrées à son capital, et ne tarde pas à étendre ses opérations sur une large échelle, quoiqu'il ne le puisse pas encore au début. Pourtant, lorsque les végétaux dépensent, comme pendant la germination et les premiers temps de la croissance, le degré de croissance s'y trouve déterminé par la valeur du capital vital. C'est parce que l'arbre jeune commence la vie avec un embryon déjà formé et une provision d'aliments suffisante pour durer quelque temps, qu'il est en état d'enfoncer ses racines et de lever sa cime audessus des herbes du voisinage. Mais dans tout le règne animal la' nécessité de ce rapport saute aux yeux partout. Les petits carnivores qui font leur proie de petits herbivores ne peuvent croître en volume que par des croissances faibles. Leur organisation ne leur permet pas de digérer de plus grands animaux ; lors même qu'ils peuvent les tuer, ils ne
peuvent en tirer profit en consommant des quantités de nourriture qui dépassent une limite étroite. Les augmentations de croissance qu'il leur est possible de réaliser au début, étant faibles, et décroissant rapidement, doivent prendre fin avant que ces animaux aient atteint un volume considérable. Evidemment le lionceau, né avec un volume considérable, nourri par allaitement jusqu'à ce qu'il ait grossi encore davantage, pourvu de nourriture par la lionne jusqu'à ce qu'il soit arrivé à la moitié de sa taille, se trouve en état, par la force de l'organisation qu'il acquiert sans frais, de chasser et de tuer des animaux assez gros pour lui donner la grande quantité de nourriture dont il a besoin pour faire face à ses grosses dépenses, et même pour laisser en faveur de la croissance un excès considérable. Ainsi s'explique le contraste que nous avons signalé plus haut entre le bœuf et le mouton. Un veau et un agneau commencent leurs affaires physiologiques sur des échelles très-différentes; leurs premiers accroissements de croissance offrent pareillement des quantités en contraste tranché; et plus tard les deux séries d'accroissements diminuantes aboutissent à des limites pareillement contrastées.
§ 49. Telles sont les diverses conditions qui régissent les< phénomènes de croissance. Tendant au même but ou en conflit de mille manières ou à mille degrés divers, elles se limitent plus ou moins diversement entre elles. Aussi sommesnous obligés' de poser chaque généralisation comme vraie en moyenne, ou de faire une réserve en disant — toutes choses égales d'ailleurs.
Avec cette réserve nous pouvons formuler nos conclusions de la manière suivante : Premièrement, la croissance étant une intégration dans l'organisme des substances ambiantes
qui sont de même naliure que celles qui composent Forganisme, la croissance de Torganisme dépend de la quantité utile de ces substances qui peut exister: c'est un principe également établi par.rexpériçnee et déduit d'un principe donné dans les formçs'de la pensée ÇPremifiTs Principes; ^ § 53). Deuxièmement, la quantité utile de oiaUère assimilable restant la même, et les .autres conditions ne différant pas, le degré de croissance varie selon l'excès de la nutritiic^Ji sur la dépense, généralisation qui se^vérifiedans quelques uns des contrastes les plus frappants offerts par les diverses divisions des organismes, et qui est aussi -un corollaire de la persistance de la force. Troisièmement, daQ&le.mèiae organisme l'excès de la nutrition sur la dépense est une quotité variable; et cette croissance est illimitéçi ou elle a une limite définie, selon que l'excès décroît pu ne MQVoii pas progressivement. Cette proposition trouve ^a co^iiJ:n)atio^ dans la croissance incessante des organismes qui ne dépensent pas de force ; dans la croissance à diminutionJente et sans arrêt complet des organismes qui ne dépensent que, peu de force.; enfin dans la croissanceà limite définie des Organismes quj.dtér. pensent beaucoup de force. D'autre part nous croyons qu'elle est une conséquence d'un certain accroissement relatif de dépense qui accompagne nécessairement l'accro^isemeAt ^^e volume, et que, par conséquent, elle est un corollaire du. principe de la persistance de la force. Quatrièmement, Chez les organismes grands dépensiers de force, lé volume atteint, en définitive se trouve, toutes choses égales d'ailleuri^, déter^ miné par le volume initial .^ En t)reuve de cette conclusion nous pouvons produire des faits nombreux aussi bi^ que Jfi nécessité à priori que les totaux des séries décroisBantes analogues dépendent de la valeur des termes initiauK. Cinquièmement, partout où la ressemblance des autres clixon*
Stances permet une comparaison, retendue possible de la croissance dépend du degré d'organisation : conclusion qu'on peut confirmer par l'étude des plus grandes d'entre les formes que présentent les diverses divisions et subdivisions des organismes, et qu'on peut inférer à priori des conditions (inexistence.