PRELIMINAIRES
§109. Nous avons considéré, dans la partie qui précède, ' les généralisations les plus importantes que les biologistes ont tirées de l'observation des organismes. Nous avons aussi examiné chacune de ces inductions de la biologie par leur côté déductif, afin de faire ressortir l'harmonie qui subsiste entre elles et les vérités primordiales exposées dans les Premiers principes. Après avoir étudié les phénomènes principaux de la vie séparément, nous sommes en état de les étudier dans leur ensemble en vue d'en donner la meilleure interprétation.
11 y a un ensemble de phénomènes vitaux que chaque organisme présente dans le cours de sa croissance, de son développement et de son déclin, et il y a un ensemble de . phénomènes vitaux que présente le monde organique considéré comme un tout. On ne saurait traiter convenablement à part l'un de l'autre ces ensembles de phénomènes. L'interprétation que nous donnons aux faits de structure et de
fonction dans chaque corps vivant, dépend entièrement de l'idée que nous nous faisons du mode d'après lequel les corps vivants en général ont été produits. Le premier pas que nous ayons à faire, c'est d'arriver à une opinion arrêtée, provisoire sinon permanente, touchant ce mode.
Nous avons à choisir entre deux hypothèses : Thypothèse de la création spéciale et celle de l'évolution. Les nombreuses espèces d'organismes qui existent actuellement, et les espèces encore plus nombreuses qui ont existé durant les temps biologiques, ont-elles été créées de temps en temps séparément, ou bien sont-elles nées par degrés insensibles sous l'influence des forces que nous voyons agir. L'une et l'autre hypothèse suppose une cause. La dernière, assurément autant que la première, reconnaît que cette cause ne saurait être scrutée. Le point en question est de savoir comment cette cause a agi pour produire les formes vivantes. Ce point, s'il doit être résolu, ne peut l'être qu'au nom des faits. Voyons donc laquelle de ces deux hypothèses opposées s'accorde le mieux avec les faits positifs.