CHAPITRE III
§ 116. La supposition que les races d'organismes sont le produit d'une création spéciale se trouve discréditée par son origine. Au contraire, la supposition que les races d'organismes sont le produit de l'évolution mérite confiance à cause de son origine. Loin d'être une croyance née dans l'esprit et acceptée quand le genre humain était plongé dans une ignorance profonde, c'est une croyance née à une époque où les lumières sont comparativement développées. De plus, la croyance que toutes les formes organiques sont nées conformément à des lois constantes, au lieu de naître par des violations de lois constantes est une croyance qui s'est formée parmi les gens les plus instruits d'une époque où l'instruction est plus grande qu'elle n'a jamais été. Ce n'est point parmi les gens qui ne font nullement attention à l'ordre de la nature que cette croyance a pris naissance, mais parmi ceux que leurs études avaient familiarisés avec la connaissance de cet ordre. Ainsi, l'origine de cette hypothèse moderne est un argument aussi favorable que celle de l'ancienne était un argument défavorable.
§ 1 1 7 . Il existe une antithèse analogue entre les deux familles
de croyances auxquelles celles que nous comparons appartiennent respectivement. Tandis que Tune s'éteignait l'autre se multipliait. Aussitôt qu'on a cessé de regarder les diverses classes de phénomènes comme causés par des agents personnels agissant d'une manière irrégulière, on en est venu à considérer les diverses classes de phénomènes comme causés par une force générale agissant uniformément : les deux changements étant corrélatifs. Comme,d'une part, Thypothèse qui attribue chaque espèce à un acte surnaturel, ayant perdu presque toutes les hypothèses ses parentes, ne peut manquer de s'éteindre bientôt; d'autre part, l'hypothèse que chaque espèce est le résultat de l'action de causes naturelles, appartenant à une famille d'hypothèses toujours plus nombreuse, ne peut manquer de survivre et de s'établir.
La probabilité de sa survie et de son avènement nous paraît encore plus grande quand nous observons qu'elle appartient à un genre d'hypothèse qui s'est étendu rapidement. L'interprétation des phénomènes par l'évolution s'est produite d'une manière indépendante dans divers domaines scientifiques, bien éloignés les uns des autres. La supposition que le système solaire s'est formé graduellement par évolution aux dépens d'une matière diffuse est une supposition tout astronomique dans son origine et son application. Les géologues, sans y être amenés par des considération^ astronomiques, sont arrivés pas à pas à la conviction que la terre est parvenue par une évolution à la variété de structure qu'elle possède aujourd'hui. Les recherches des biologistes ont prouvé la fausseté de la croyance jadis générale que le germe de chaque organisme est une répétition en miniature de l'organisme arrivé à maturité, et n'en différant que par le volume; elles ont montré, au contraire, que chaque organisme naissant d'une matière en apparence uniforme, avance
vers sa multiformité définitive par des changements insensibles. Parmi les penseurs qui s'occupent de philosophie politique, l'idée que le progrès de la société est une évolution a gagné du terrain : le principe qu'on « ne fait pas des constitutions, mais qu'elles croissent » est un élément du principe qu'on ne fait pas les sociétés, mais qu'elles croissent. Il est universellement admis par les physiologistes que les langues, au lieu d'avoir une origine artificielle ou surnaturelle sont des produits de développement. L'histoire de la religion, de la philosophie, de la science, des beaux-arts et de l'industrie, montre que tout a passé par des phases aussi insensibles que celles que traverse l'esprit d'un enfanl pour arriver à la maturité. Si donc on a de plus en plus reconnu dans l'évolution la loi de tant d'ordres divers de phénomènes, ne pouvons-nous pas dire que cela rend très-probable que l'on reconnaîtra bientôt l'évolution comme la loi des phénomènes que nous considérons? Tous les progrès de la connaissance confirment la croyance à l'unité delà nature; et la découverte que l'évolution s'est accomplie ou s'accomplit dans tant de provinces de la nature devient une raison de croire qu'il n'est pas une province de la nature où elle ne s'accomplisse.
§ 118. Entre les hypothèses de la création spéciale et de l'évolution, il n'existe pas un contraste moins grand si on les examine au point de vue de leur légitimité à titre d'hypothèse. L'une, ainsi que nous l'avons vu, appartient à l'ordre des conceptions symboliques qui se trouvent n'être que des illusions à cause de l'impossibiUté de les concevoir; mais l'autre est une de ces conceptions symboliques que l'on peut concevoir plus ou moins. La production de toutes les formes organiques par la lente accumulation de modifications sur mo-
diOcations, et par la divergence lente qui résulte de Taddilîon continuelle de nouvelles différences aux différences déjà acquises, cette production peut se concevoir dans ses grandes lignes, sinon dans les détails. Nous avons divers genres d'expériences qui nous permettent d'en concevoir Vopération. Examinons l'un des plus simples.
Il ne semble pas qu'il y ait une ressemblance entre une ligne droite et un cercle. Le cercle est une courbe, et la définition de la ligne droite exclut l'idée de courbure. Le cercle enferme un espace; la ligne droite, même prolongée à l'infini, n'enferme point d'espace. Le cercle est fini, la ligne droite peut être infinie. Pourtant, opposées qu'elles sont dans toutes leurs propriétés, on peut les rattacher l'une à l'autre par une série de lignes dont aucune ne diffère de ses voisines d'une manière appréciable. Ainsi, coupez un cône par un plan perpendiculaire à son axe, et vous avez un cercle. Si au lieu d'être parfaitement à angle droit avec l'axe, le plan forme avec lui un angle de 89" 59', vous avez une ellipse que nul œil d'homme, même aidé d'un compas de précision, ne saurait distinguer d'un cercle. Faites décroître l'angle par minutes, et l'ellipse commence à paraître un peu excentrique, un peu plus tard elle l'est manifestement, et peu à peu elle prend une forme extrêmement allongée, en sorte qu'elle n'a plus aucune ressemblance avec un cercle. Continuez encore, et l'ellipse se change en parabole. Diminuez encore l'angle, et la parabole devient une hyperbole. Enfin, si l'on rend le cône de plus en plus obtus, l'hyperbole passe à l'état de ligne droite, quand l'angle du cône se rapproche de 180 degrés. Or, dans cet exemple, nous avons cinq espèces de lignes, le cercle, l'ellipse, la parabole, l'hyperbole, la ligne miroite, dont chacune a ses propriétés particulières et son équation propre, dont la première et la dernière sont tout à
fait opposées de leur nature, sont reliées ensemble comme membres d'une même série, et peuvent être produites par une simple méthode de modification insensible.
Mais les expériences qui mettent le plus clairement en lumière l'opération de l'évolution générale, sont celles de révolution spéciale, répétée dans chaque végétal ou chaque animal. Chaque organisme présente, dans un court espace de temps, une série de changements qui, s'étendant par supposition à un laps de temps infiniment grand et s' accomplissant de diverses manières, au lieu d'une seule, nous donne une conception suffisamment claire de l'évolution organique en général. Dans un développement individuel nous trouvonsy comprimée dans un espace relativement infinitésimal, une série de métamorphoses tout aussi vastes que celles que l'hypothèse de l'évolution nous montre s'accomplissant durant les époques impossibles à mesurer dont la croûte terrestre nous entretient. Un arbre diffère immensément d'une semence à tous les points de vue, en volume, en structure, en couleur, en forme, en poids spécifique, en composition chimique ; il en diffère tellement que l'on ne saurait découvrir entre l'un et l'autre aucune ressemblance visible d'aucun genre. Pourtant il ne faut à la semence que quelques années pour se changer en arbre; le changement a lieu si graduellement qu'à aucun moment on ne peut dire : c'est à présent que la semence cesse d'être, et que l'arbre existe. Peut-il y avoir deux choses plus profondément différentes qu'un enfant de naissance et la sphère microscopique de gelée demi-transparente qui constitue l'œuf humain? La structure de l'enfant est si complexe, qu'il faut une encyclopédie pour décrire toutes les parties qui le composent. La vésicule germinative est si simple qu'on peut la définir en une ligne. Néanmoins quelques mois suffisent pour faire
sortir l'enfant de l'œuf par voie de développement; et cela également par une série de modifications si petites que, si Ton examinait l'embryon de minute en minute, le microscope même y découvrirait à peine des changements appréciables. Grâce à ces faits, la conception de l'évolution générale peut devenir aussi définie qu'aucune de nos conceptions complexes. Si, au lieu des minutes successives de laviefœtale d'un enfant, nous prenons des générations successives d'êtres vivants, si nous regardons des générations successives comme ne différant pas plus Tune de l'autre que ne faisait le fœtus dans les minutes successives, il faut que notre imagination soit bien faible si nous ne parvenons pas à avoir une véritable conception de l'évolution qui fait sortir l'organisme le plus complexe du plus simple. Si une cellule unique, dans des conditions appropriées, devient un homme dans l'espace de quelques années, on n'aura assurément pas de peine à comprendre comment, dans des conditions appropriées, une cellule peut, dans le cours d'un nombre inconnu d'années, donner naissance au genre humain.
Il est vrai que les expériences des faits de la nature dont cette conception est construite, font défaut à tant d'esprits qu'ils ont une peine réelle à la former. Habitués à considérer les choses plutôt à leur état statique qu'à leur état dynamique, ils ne conçoivent jamais que de faibles accroissements de modifications puissent engendrer une somme quelconque de modifications. La surprise qu'ils éprouvent quand ils trouvent un individu qu'ils ont connu enfant, arrivé à l'état d'homme, devient de l'incrédulité quand le degré de changement est plus grand. Pour eux, l'hypothèse que, par une série de changements, un protozoou puisse jamais donner naissance à un mammifère, paraît grotesque au moins autant que l'affirmation du mouvement de la terre
par Galilée pouvait le paraître aux arislotélicions, or «»ie Taffirmation de la sphéricité de la terre le semblait aux i rels de la Nouvelle-Zélande. Mais il est bien naturel que ceux qui acceptent comme très-satisfaisante une proposition littéralement inconcevable, commettent par contre la faute de ne pas trouver satisfaisante une proposition trèsconcevable.
§ H9. Il y a encore un autre point de vue auquel l'hypothèse de l'évolution contraste avec celle des créations spéciales. L'hypothèse de l'évolution n'est pas simplement légitime au lieu que l'autre est illégitime, parce qu'elle peut être représentée dans l'esprit au lieu que l'autre ne le peut être ; mais elle a pour elle l'appui des faits au lieu que l'autre en est absolument privée. Sans doute, les faits que l'on peut à présent fournir pour prouver directement que les races d'organismes qui paraissent distinctes peuvent être le résul* tat de races antécédentes progressivement modifiées, ne sont pas suffisants, mais il y a pourtant des faits nombreux capables de jouer ce rôle. On a mis hors de contestation que la dissemblance de structure survient peu à peu parmi les descendants d'une même souche. Nous trouvons qu'une opération modificatrice, du genre de celles que l'on reconnaît comme causes des différences spécifiques, se poursuit : opération qui, toute lente qu'elle est dans son action, produit, avec le temps, si les circonstances l'exigent, des changements visibles; opération qui, selon toute apparence, produirait avec des millions d'années et sous l'influence de la grande variété de conditions que supposent les archives géologiques, foutes les quantités de changement.
Dans les chapitres sur Y Hérédité et la yana^ion (deuxième partie), nous avons présenté un grand nombre de ces faits.
HYPOTHESE DE L'ÉVOLUTIOiN. 425
et^iîous pourrions en ajouter encore beaucoup d'autres. " . ■ ^1 qu'on ait fait relativement peu d'attention à ce sujet JL;>4u'à ces derniers temps, les faits qu'on a recueillis montrent qu'il s'accomplit durant les générations successives des altérations de structure tout aussi marquées que celles qui, durant des périodes courtes et successives, s'opèrent dans l'embryon; souvent même elles sont plus marquées, puisque, outre les différences dues aux changements dans le volume relatif des parties, il se produit quelquefois des différences dues à des additions ou à des suppressions de parties. La modification structurale qui s'est produite depuis qu'on observe les organismes n'est pas audessous de ce que l'hypothèse demande ; par rapport à cette courte période, elle présente un changement aussi grand que la totalité des changements de structure observés dans l'évolution d'un organisme complet parlant d'un simple germe, n'en présente par rapport à l'immense période durant laquelle les formes vivantes ont existé sur la terre.
On peut dire même que les preuves directes que nous avons de la production graduelle de tous les êtres organiques par les actions des causes naturelles sont de même espèce et en même quantité que celles du» développement de la croûte du globe avec toute la variété et la complexité de la structure. On a bien le droit de dire, je pense, qu'entre les modifications constatées chez les organismes et la totalité des modifications présentées par leurs structures, la disproportion n'est pas plus grande qu'entre les changements géologiques constatés et la totalité des changements géologiques qu'on assigne par hypothèse à des causes semblables. Çà et là on signale des dépôts sédimentaires qui se forment lentement à l'époque actuelle. Ici, c'est un littoral qui a été envahi par la mer sur une étendue considérable depuis les temps dont on
a conservé le souvenir. Là, c'est un estuaire dont le fond s'est relevé durant le cours de quelques générations. Dans une région, c'est un soulèvement général qui s'opère à raison de quelques pieds par siècle; dans une autre, on voit que des tremblements de terre amènent de légères variations de niveau. On peut avoir dans quelques localités une étendue appréciable de terrain mis à nu par les eaux; dans d'autres, on surprend les glaciers usant les surfaces rocheuses sur lesquelles ils glissent. Mais les changements que ces faits nous attestent sont infiniment petits en comparaison de l'ensemble des changements dont la croûte terrestre rend témoignage, même dans des systèmes de couches encore existantes. Si donc les faibles changements qui s'opèrent actuellement à la surface du globe, sous l'influence des forces naturelles, nous autorisent parfaitement à conclure que toutes les combinaisons qui rendent si compliquée la structure de la croûte terrestre sont l'effet des mêmes forces naturelles en action pendant d'immenses époques, ne pouvonsnous pas, en nous fondant sur les faibles modifications connues produites dans les races d'organismes par les forces naturelles, conclure pareillement que les forces naturelles ont donné graduellement naissance aux combinaisons qui rendent si compliquée la structure que nous observons chez ces races?
L'hypothèse de l'évolution s'appuie donc sur des faits qui, bien qu'en petit nombre, sont de nature probante ; d'ailleurs la proportion qu'ils soutiennent avec la conclusion paraît aussi grande que celle qui existe entre les faits et la conclusions dans un autre cas où cette proportion en décide l'acceptation.
§ 120. Prenons un moment la place de ceux qui, de l'expé-
rience des modes d'après lesquels les hommes agissent, tirent des indications touchant des modes d'action de la puissance dernière qui se manifeste à nous parles phénomènes. La supposition que chaque espèce d'organisme a été intentionnellement créée nous paraîtra bien moins d'accord avec l'idée qu'ils professent sur cette puissance dernière, que la supposition d'après laquelle tous les organismes sont le résultat d'une action ininterrompue. L'irrégularité de méthode est le signe de la faiblesse. L'uniformité de méthode est une marque de force. Une intervention insuffisante pour modifier un système préétabli d'action y suppose un arrangement défectueux. Si des ouvriers, dont les premières machines avaient besoin d'être sans cesse mises en étal, montrent les progrès de leur adresse en faisant des machines qui s'arrangent d'elles-mêmes, les personnes qui se figurent la production du monde et des êtres qui l'habitent par un « grand artiste >, sont obligées d'admettre que pour accomplir ce plan par une opération persistante, adaptée à toutes les éventualités, il faudrait une adresse bien plus grande que pour l'accomplir au moyen d'opérations qui luttent contre les éventualités à mesure qu'elles se produisent.
De même pour le côté moral du contraste des deux hypothèses. Nous avons vu que l'hypothèse des créations spéciales se heurte à la difficulté de Tabsence des formes supérieures de la vie durant ces époques incommensurables de Texistence de la terre que la géologie nous rappelle. Mais, pour l'hypothèse de l'évolution, l'absence de ces êtres n'est point une difficulté. Supposez l'évolution, et cette question est nécessairement éliminée. Supposez les créations spéciales, et cette question qui se dresse inévitablement ne peut plus être résolue. Bien plus marqué encore est le contraste des deux Mpothèses, en présence de cette immense quantité de souf-
428 i;évolution de la vie.
france infligée à tous les êtres doués de sensibilité, par suite de leur adaplation imparfaite aux conditions de leur vie, et de la quantité de souffrance encore immense que leur causent leurs ennemis et leurs parasites. Nous avons vu que si les organismes étaient placés intentionnellement chacun au lieu qu'il occupe dans la nature, on ne pourrait éviter de conclure que les milliers d'espèces d'organismes inférieurs qui font leur proie des supérieurs, ont été créés avec l'intention d'infliger toutes les douleurs et la morjalité qui en sont les conséquences. Or l'hypothèse de l'évolution ne se prend pas dans ce dilemme. Lentement, mais sûrement, l'évolution réalise une plus grande somme de bonheur : tous les maux n'étant que des conséquences accessoires. Par sa nature essentielle, l'évolution doit produire partout une adaptation plus exacte aux conditions d'existence, quelles que soient ces conditions. S'appliquant également aux formes inférieures comme aux plus élevées de la vie, elle produit partout une adaptation progressive et assure la survie de la forme la mieux adaptée. Si, dans la marche de l'opération, des organismes de type inférieur se développent, qui font leur proie de ceux qui appartiennent aux types supérieurs, les maux qui en résultent ne constituent qu'une diminution de profit. Le courant universel et nécessaire vers la suprématie et la multiplication des meilleurs, qui dirige la création organique dans sa totalité aussi bien que chaque espèce ne cesse de réduire le dommage produit , tend toujours à conserver les organismes supérieurs qui, d'une façon ou d'une autre, évitent les invasions des inférieurs, et tend de la sorte à produire un type moins exposé aux invasions des espèces inférieures. Les maux qui accompagnent l'évolution ne cessent donc point de s'éliminer eux-mêmes. Sans doute une question peut se poser: pourquoi n'ont-ils pas été évités?
Mais il en est une autre qui ne se pose plus : pourquoi sont* ils infligés intentionnellement? Quoi qu'on en pense, il est clair qu'ils ne supposent pas chez leur auteur une malveillance gratuite.
§ 121 . Donc, à tous les points de vue, l'hypothèse de révolution contraste d'une manière favorable avec l'hypothèse de la création spéciale : elle s'est formée à une époque relativement cultivée, et dans la classe la plus cultivée. C'est une de ces croyances à la production régulière des phénomènes qui ne cessent de supplanter les croyances à la production irrégulière et arbitraire des événements; elle appartient à un genre de croyances qui, dans ces derniers temps, ont fait des progrès rapides. C'est une hypothèse dont l'esprit peut se faire une conception définie : puisqu'elle n'est qu'une extension au monde organique en général d'une conception construite avec les faits que nous présentent les organismes individuels; de même que l'hypothèse de la gravitation universelle était une extension de la conception qui résultait des faits de la gravitation terrestre. Cette hypothèse, dont l'esprit peut se faire une conception définie, outre l'appui de l'analogie basée sur un grand nombre de faits, a aussi celui de la preuve directe : nous avons la preuve positive qu'il se fait une opération de ce genre; et si les résultats, tels qu'on les constate actuellement, sont petits en comparaison de la totalité des résultats qu'on attribue à l'évolution, ils ne laissent pas de soutenir avec cette totalité un rapport aussi grand que celui qui sert à justifier une hypothèse analogue. Enfin, le sentiment que l'on prétend satisfaire par la doctrine des créations spéciales, trouve une satisfaction bien plus certaine dans la doctrine de l'évolution, puisque cette doctrine ne soulève aucune des questions contradictoires
relativement à la cause inconnaissable, que porte en ellemême la doctrine opposée.
Maintenant que nous avons vu comment, dans ses points généraux, l'hypothèse de l'évolution se recommande à nous par son origine, sa consistance, les analogies qui la soutiennent, les preuves directes qui la démontrent, et les conséquences qu'elle comporte, nous allons examiner les divers ordres de faits qui lui prêtent indirectement un appui. Nous commencerons par noter l'harmonie qui existe entre cette hypothèse et plusieurs des inductions dont nous avons traité dans la Deuxième Partie.