CHAPITRE XIII
§ 169; Les phénomènes de la vie organique peuvent donc s'expliquer de la même manière que les phénomènes de toute aulre évolution. Ces lois universelles de la redistribution de matière et de mouvement, auxquelles Jes choses en général se conforment, les choses vivantes s'y conforment aussi, dans l'histoire des individus, dans l'histoire dès espèces, et dans l'histoire de l'agrégat qu'elles forment. De quelque façon qu'on les exprime ordinairement, les vérités de développement telles qu'elles se révèlent dans les règnes animal et végétal, peuvent s'exprimer comme des manifestations des vérités abstraites exposées dans les Premiers principes. Pour bien nous en convaincre , nous devrons considérer dans leur ensemble les divers procédés décrits séparément dans les quatre chapitres précédents.
Si les forces qui agissent sur un agrégat restent les mêmes, les changements qu'elles produisent dans l'agrégat atteindront effectivement une limite où les forces extérieures constantes sont contre-balancées par les forces intérieures constantes; et, après cela, aucune métamorphose ultérieure n'aura plus lieu. Par suite, de ce qu'il peut y avoir des chan-
gements continus de structure dans les organismes , il doit y avoir des changements continus dans les forces incidentes. Cette condition de l'évolution des formes végétales et animales, nousla trouvons pleinement satisfaite. Les changements astronomiques, géologiques, météorologiques, ont marché lentement, mais d'une manière incessante, et sous des combinaisons de plus en plus compliquées n'ont cessé de modifier les milieux des organismes; les organismes, à mesure qu'ils devenaient plus nombreux et plus élevés dans leur genre, ont modifié leurs milieux propres par une intervention mutuelle. Ainsi, pour expliquer l'accumulation de modifications progressives que suppose l'évolution organique, nous trouvons une cause suffisante dans l'accumulation de modifications que tout milieu à la surface de la terre a subies durant les périodes géologiques et prégéologiques. Les changements internes progressifs, pour l'explication desquels nous trouvons une cause dans les changements externes continus, obéissent, autant que nous pouvons les suivre , à la loi universelle de l'instabilité de l'homogène qui se manifeste dans tout le cours de l'évolution en général. Nous voyons que dans les organismes, comme dans toutes les autres choses, l'exposition de parties différentes à des espèces et à des quantités différentes de forces incidentes a rendu nécessaire leur différenciation, et que, pour la même raison, des agrégats d'individus ont passé graduellement à l'état de variétés, d'espèces, de genres et de classes. Nous voyons aussi que, dans chaque type d'organisme, comme dans l'agrégat des types, la multiplication des effets a continuellement aidé cette transition d'un état plus homogène à un état plus hétérogène. Nous voyons encore que l'accroissement de ségrégation et l'accroissement du caractère défini qui caractérise i'hétérogénéité croissante d'un organisme, se
sont trouvés assurés par la nécessité de leur conservation sous l'empire de combinaisons de forces qui ne diffèrent pas beaucoup des combinaisons précédentes — par la destruction continuelle de ceux qui s'exposent à des agrégats d'actions externes nettement incompatibles avec les agrégats de leurs actions internes, et par le service de ceux qui ne sont soumis qu'à des conditions relativement peu incompatibles. Enfin, nous avons trouvé que chaque changement de structure superposé à des changements antérieurs a été une rééquilibration nécessitée par le dérangement d'un équilibre précédemment établi. La conservation de la vie étant la conservation d'une combinaison balancée de fonctions, il s'ensuit que les individus et les espèces qui ont continué à vivre, sont les individus et les espèces dans lesquelles la balance des fonctions n'a pas été renversée. Il est donc inévitable que la survie à travers des changements successifs de conditions implique des ajustements successifs de l'équilibre à de nouvelles conditions. Nous trouvons la vérification inductive de cette déduction. Ce qu'on appelle ordinairement adaptation est, traduit en termes de mécanique'!, une équilibration directe; et l'opéiTition dans laquelle, sous le nom de sélection naturelle, Darwin nous a montré le moyen sans cesse en action qui adapte les structures des organismes aux circonstances^ nous paraît, quand nous l'analysons, de nature à s'exprimer en termes de mécanique et à recevoir le nom d'équilibration indirecte.
Les actions dont nous parlons, en les présentant comme successives sont, en réalité, simultanées, et il faut les concevoir ainsi, si l'on veut bien comprendre l'évolution organique. Le tableau suivant, qui représente la coopération des facteurs, aidera à les concevoir.
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