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§ 170. Sur la coopération de ces facteurs, il reste seulement à indiquer la part respective qu'ils prennent à la pro- ' duction du résultat total, et la manière d'après laquelle les proportions de leur part respective varient à mesure que révolution progresse.
D'abord, les changements dans la quantité et les combinaisons des forces inorganiques externes, astronomiques, géologiques et météorologiques, sont les seules causes des modifications successives subies par les organismes ; et ces changements ont continué et doivent continuer encore à être les causes de ces modifications. Mais comme, à cause de la diffusion des organismes et des actions différentielles des forces inorganiques qui les affectent en conséquence de cette diffusion, il se produit des différences entre les organismes, d'où résultent des variétés, des espèces, des genres, des ordres, des classes, etc., les actions des organismes l'un sur l'autre sont devenues des causes nouvelles de modifications organiques. Enfin, aussi souvent que les types se sont multipliés et sont devenus plus complexes, aussi souvent les actions mutuelles des'organismes les uns sur- les autres sont devenues des facteurs plus influents sur leur évolution respective , jusqu'à ce qu'à la fin , comme nous le voyons dans la race humaine, elles' en soient devenues les facteurs principaux.
En passant des causes externes de changement aux opérations de changement qu'elles produisent, nous voyons que ces opérations ont varié dans leurs proportions, que celle qui était originellement l'opération la plus importante et à peu près la seule, devient graduellement moins importante, si non à la fin la moins importante. Il doit y avoir eu toujours, et il doit toujours continuer à y avoir une survie des plus aptes : il faut que la sélection naturelle ait fonctionné
dès le début, et elle ne saurait jamais cesser de fonctionner. Tandis que les organismes avaient encore des moyens comparativement faibles de coordonner leurs actions et de les ajuster aux actions du milieu, la sélection naturelle agissait presque seule pour modeler et remodeler les organismes de manière à les adapter à leurs milieux changeants; et la sélection naturelle est demeurée presque la seule force par laquelle les plantes et les ordres inférieurs d'animaux se sont modifiés et développés. L'équilibration d'organismes qui sont comparativement passifs s'efiTectue nécessairement d'une manière indirecte par l'action des forces incidentes sur l'espèce considérée comme un tout. Mais à côté de l'évolution graduelle d'organismes possédant quelque activité, il y a une espèce d'équilibration qui est relativement directe. Dans la proportion où l'activité s'accroît, l'équilibration directe joue un rôle plus important. Enfin, quand l'appareil nervo-musculaire se trouve très-développé et que le pouvoir de varier les actions pour s'adapter aux diverses conditions est devenu considérable, la part qui revient à l'équilibration directe devient plus importante. Nous avons des raisons de croire qu'aussi longtemps que les facultés se multiplient et que le nombre des organes qui concourent à l'accomplissement d'une fonction augmente, l'équilibration indirecte par sélection naturelle devient de moins en moins capable de produire des adaptations spécifiques ; et que la seule chose dont elle soit tout à fait capable, c'est de conserver l'adaptation générale de la constitution aux conditions. Pareillement la production des adaptations par équilibration directe prend la première place, l'équilibration indirecte servant à la faciliter. Enfin à la longue, chez les races humaines civilisées, l'équilibration devient surtout directe : l'action de la sélection naturelle se trouvant restreinte à la destruction des races qui sont
constitutionnellement trop faibles pour vivre, même avec un secours du dehors. Comme la conservalion des incapables est habituellement assurée par nos arrangements sociaux; et comme très-peu d'individus, à Texcéption des criminels, . sont empêchés par leur infériorité même de laisser le nombre voulu de rejetons (il est même probable que la balance delà fécondité est en faveur des inférieurs), il en résulte que la survie des plus aptes ne peut guère avoir pour effet la production de caractères, soit corporels, soit mentais. Dans ce cas les caractères, surtout mentais, que nous voyons se produire, et qui se produisent si rapidement qu^au bout d'un petit nombre de siècles il y a des changements considérables, doivent être attribués presque entièrement à une équilibration directe (1).
(1) Je signalerai comme jetant de la lumière sur la question des variétés de l'homme, un article sur l'Origine des races humaines j lu devant la Société anthropolog^ique, le !«' mars 1864', par M. Alfred Wallace, dont les naturalistes connaissent des travaux sur l' hypothèse de la sélection naturelle, travaux indépendants de ceux de M. Darwin, mais plus récents et moins approfondis. Dans cet article, M. Wallace montre très-clairement selon moi, qu'en mêaie temps que chez Thomme le deg;ré d'intelligence que suppose l'usage des meubles, des vêtements, etc., se trouve atteint, les modifications cérébrales tendent à se substituer aux modifications corporelles., et cependant il ne cesse pas de regarder la sélection naturelle des variations spontanées comme une cause des modifications. Mais, si les arguments qui précèdent sont bons, la sélection naturelle ne joue ici qu'un rôle secondaire qui consiste à favoriser les adaptations produites par d'autres causes. Il est vrai qu'ainsi que le prétend M. Wallace, et comme je l'ai moi-même brièvement indiqué {Westminster Review„ April 1852, p. 496- 501), la sélection naturelle des races conduit à la survie de celles qui sont développées au point de vue céfébral, tandis que celles qui sont moms développées dans ce sens disparaissent. Mais quoique la sélection naturelle agisse sans obstacle dans la lutte d'une société avec une autre, cependant dans la lutte entre les unités de chaque société, son action est tellement combattue, qu'il ne reste aucune cause qui explique suffisamment l'acquisition de la supériorité mentale par une race sur une autre, excepté l'hérédité des modifications d'origine fonctionnelle. Toutefois cette opinion s'accorde également bien avec la conclusion de M. Wallace, qu'à une certaine phase de l'évolution le cerveau commence à changer bien plus que le corps.