CHAPITRE XIII
DIFFÉnSNCIATION MORPHOLOGIQUE CHEZ LES ANIMAUX.
§ 242. Les considérations générales par lesquelles nous avons préludé à nos études de la forme des plantes et de leurs parties, serviront aussi de prélude à nos études de la forme des animaux et de leurs parties. Chez les animaux, comme chez les plantes, la formation d'agrégats supérieurs par le volumç ou par le degré de composition, ou par l'un et l'autre caractère, s'accompagne de changements de forme dans leurs parties, et les opérations de différenciation morphologique se conforment à la même loi générale dans un règne aussi bien que dans l'autre.
Il n'est pas nécessaire de récapituler les divers genres de modification qu'il s'agit d'expliquer, ni les divers facteurs qui contribuent à les produire. Pour ceux qui sont communs aux plantes et aux animaux, les chapitres précédents nous les ont fait suffisamment connaître. Il n'est pas non plus nécessaire de spécifier de nouveau les divers types de symétrie et leurs noms spécifiques ; en efTet, ce qui est vrai de ces types dans un cas est vrai dans l'autre. Toutefois il y a un facteur nouveau et d'une très-grande importance dont nous avons maintenant à tenir compte, et sur lequel nous devons faire au préalable quelques remarques.
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§ ^iS. Ce nouveau facteur est le mouvement, le mouvement de l'organisme par rapport aux objets ambiants, ou des parties de l'organisme les unes par rapport au autres, ou des deux. Sans doute il y a des plantes, spécialement des espèces plus simples, qui se meuvent, et quelques-uns des animaux plus simples ne se meuvent pas; mais les mouvements sont si exceptionnels et si peu apparents dans l'un des règnes, et au contraire si généraux et si frappants dans l'autre, que la distinction profonde que Ton place entre eux communément est bien justifiée. Ce qui, chez les plantes, est une cause imperceptible de différenciation morphologique, devient, chez les animaux, la principale cause de la différenciation.
Les animaux qui ont des racines ou qui sont fixés d'une autre manière, présentent naturellement une structure trèssemblable à celle que nous venons d'étudier. Les mouvements des parties les unes par rapport aux autres et par rapport au milieu, étant régis par le mode d'organisation et le mode de fixation , nous observons des différenciations morphologiques qui ressemblent par leurs caractères généraux à celles des plantes, et qui nous offrent des genres de symétrie analogues dans des conditions analogues. Mais les animaux qui se meuvent d'un lieu à un autre sont soumis à des réactions d'un nouveau genre. Les actions et réactions les affectent de diverses manières suivant leurs divers modes de mouvement. Voyons les diverses relations entre la forme et le mouvement que nous pouvons nous attendre à rencontrer.
Si un organisme se meut à travers un milieu homogène, une de ses extrémités toujours en avant, on peut prévoir que cette extrémité, exposée à des forces différentes de celles auxquelles l'autre est exposée, deviendra différente de celleci. Supposé qu'il n'y ait pas d'autre différence de conditions,
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nous pouvons prévoir une distribution égale des parties autour de l'axe de mouvement, une symétrie radiaire. Si, à cette attitude habituelle des deux extrémités vient s'en ajouter une autre, si une des surfaces du corps est toujours dessus et Tautre dessous, il se produit entre le haut et le bas des diiïérences de conditions, tandis que les deux côtés restent similairement conditionnés. Aussi peut-on prévoir que cet oi^anisme se divisera en deux moitiés semblables par un plan vertical passant par son axe de mouvement, c'est-àdire qu'il aura une symétrie bilatérale. Nous pouvons prévoir que cette symétrie ne s'écartera guère de la symétrie bilatérale double, quand les parties supérieure et inférieure ne seront pas exposées à des influences trop profondément différentes; au contraire nous pouvons raisonnablement prévoir une symétrie bilatérale simple bien tranchée chez les êtres qui ont leurs parties dorsale et ventrale en rapport avec des régions du milieu très-différentes; dans tous les cas, par exemple, où le mouvement a lieu sur une surface solide. Si le mouvement, tout en se faisant sur une surface solide, n'a pas une direction constante, mais se fait aussi souvent d'un côté que d'un autre, on peut prévoir encore la symétrie radiaire; et, si les mouvements ont des directions encore plus diverses, s'ils ne se bornent pas à des surfaces à peu près planes, mais s'ils s'étendent à des surfaces distribuées à l'entour avec une irrégularité régulière, l'on pourra prévoir que la symétrie radiaire se rapprochera de la symétrie sphérique. Lorsque les habitudes sont telles que les relations entre l'organisme et son milieu n'impliquent pas en définitive une égalité d'action et de réaction, ^ur deux ou plusieurs côtés, on peut s'attendre à rencontrer une irrégularité complète ou quelque déviation de la régularité. On peut admettre que les mêmes relations générales qui
existent entre les formes et les forces incidentes dans les ani« maux considérés dans leur totalité, existent aussi dans les parties qui composent les animaux. Il n'est pourtant pas utile de passer le temps à les décrire. Passons aux faits et voyons comment ils confirment à posteriori les conclusions que nous venons d'obtenir à priori.