CAUACTÈRES SPÉCIAUX DES RAPPORTS PRÉCÉDENTS
Prenons chez les épizoaires un exemple, les nicothés. Ils appartiennent aux entomostracés ; les mâles aussi bien que les femelles de cette espèce sont donc, dans les premiers temps, semblables aux animaux de la même sous-classe ; les mâles le sont toute leur vie. Toutefois chaque femelle ne tarde pas à se fixer sur la peau d'un animal aquatique, où elle reste et où elle pompe les sucs dont elle se nourrit ; elle grossit rapidement, et le développement de ses ovaires subit une altération considérable, lisse renflent sur les côtés, forment des sacs latéraux dont chacun atteint à peu près un volume triple de ce qu'il était auparavant; puis une nouvelle altération se produit qui forme deux grands sacs ovariques, chacun plus grand que l'animal lui-même, et qui pendent. En sorte que les organes qui produisent les germes et leur contenu fmissent par acquérir un volume total huit ou dix fois plus grand que le reste du corps. De nombreuses espèces îippartenant à ce type, et vivant avec ces habitudes, reproduisent cette relation entre une vie d'inaction unie à une nourriture abondante et un énorme coefficient de genèse. Nous trouvons plusieurs exemples de cette relation étiologique chez les entozoaires, mais à un degré encore supérieur. Le Gordius ou filaire, qui pénètre jeune dans le corps d'un insecte, y croît rapidement, et sortant ensuite pour pondre, dépose environ 8000000 d'oeufs en moins d'un jour. De même pour les plus grands types qui infestent les animaux supérieurs. Le docteur Eschricht, cité parle professeur Owen, a calculé qu'il y a 64000000 d'œufs chez une femelle adulle de l'ascaride lombricoïde. Chez les entozoaires cestoïdes on trouve une fécondité encore plus grande. Un ténia immergé dans un liquide nutritif qu'il absorbe par son tégument, n'a pas besoin d'appareil digestif. L'espace que cet appareil occuperait, et les matériaux qu'il consommerait, sont donc dispo-
nibles pour des organes producteurs de germes, qui remplissent à peu près chaque segment : chaque segment possédant un appareil sexuel complet, n'est guère qu'un énorme appareil de reproduction, avec tout juste ce qu'il faut d'aulres types pour servir d'union. Souvenons-nous que le ténia qui demeure attaché à l'intestin continue à produire par gemmation des segments aussitôt que les plus développés sont détachés, et cela tant que dure la vie de l'individu qu'il infeste. Nous voyons par là que lorsqu'il n'y a pas de dépense, lorsque les frais de l'individuation se trouvent réduits dans la plus grande proportion, tandis que la nutrition est la plus grande possible, la fécondité atteint son maximum. Ces entozoaires nous présentent une nouvelle preuve intéressante. Beaucoup de leurs espèces, sinon toutes, passeni passivement d'un animal à un autre avant d'arriver à l'étal adulte. Habituellement la forme que prend le parasite dans le corps du premier hôte, est dépourvue de toute la partie où les structures reproductives prennent naissance; et cette partie ne développe des structures reproductives que dans un animal de proie dont le premier hôte est la victime. 0"^'' quefois cependant, l'œuf donne naissance à la forme sexuelle dans l'animal qui l'a avalé, mais le développement demeure incomplet; il n'y a pas de genèse sexuelle, pas de formation d'œufs dans les segments rudimentaires. Pour qu'ils deviennent féconds, il est nécessaire, comme auparavant, que l'animal qui les contient soit dévoré; delà sorte le ténia imparfait parvient dans l'intestin d'un animal supérieur. Ainsi le Bothriocephalussolidus que l'on trouve dans la cavité abdominale de répinoche, est stérile tant qu'il y reste. Mais que l'épinoche vienne à être mangé, par un pingouin par exempl^^i le système reproducteur du bothriocéphale transféré à ce nouvel animal se développe et entre en activité. 11 y a aussi une
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espèce de ténia qui demeure infécond tant qu'il reste dans r intestin d'une souris, et qui devient fécond dès qu'un chat a dévoré la souris. Ne pouvons-nous regarder ces faits comme do nouvelles preuves de la dépendance qui relie la fécondité à la nutrition? Lia stérilité accompagne les conditions qui s'opposent à l'absorption d'aliments; et elle cède la place à la fécondité sitôt que l'animal trouve des substances en quantité abondante et de qualité supérieure.
§ 359. Il y a quelque chose d'extrêmement significatif, c'est le retour aux formes primitives de genèse qui se présentent sous des conditions spéciales chez certains annelés supérieurs. Je veux parler de la pseudo-parthénogenèse, et de la métagenèse chez les insectes.
Sous quelles conditions les aphides montrent-ils cette étrange déviation des habitudes de leur ordre? Pourquoi chez eux les femelles imparfaites produisent-elles par la méthode agamique, d'autres femelles comme elles-mêmes, une génération après l'autre, avec une grande rapidité? Il y en a une explication évidente, c'est que sans effort elles trouvent de la nourriture en abondance. Elles percent les enveloppes tendres des jeunes pousses, s'y établissent et les sucent; elles s'assimilent les éléments azotés de la sève et rejettent les éléments sucrés sous forme de miellat. A côté d'une inertie qui contraste fortement avec l'activité des animaux de même ordre; à côté d'une consommation de tissus très-faible et d'une dégradation de structure corrélative, nous trouvons un mouvement de recul vers la genèse non-sexuelle et un chiffre très-augmenté de multiplication.
Le fait récemment découvert de la métagenèse interne dans les larves de certaines mouches a une signification analogue. Quelque incroyable que ce fait semblât d'abord aux
naturalistes, il est prouvé maintenant que la larve de la cecydomie forme au dedans d'elle une portée de larves ayant la même structure qu'elle. Dans ce cas, comme dans le dernier, il y a à la fois nourriture abondante et dépense faible. On trouve ces larves dans les déjections des fabriques de sucrn de betterave, c'est-à-dire dans des masses de débris azotés -qui restent après l'extraction de la substance sucrée. Chaque larve a en réalité à sa disposition une quantité illimitée de subsistance qui l'enveloppe de toutes parts.
Il est vrai que d'autres larves, comme celles de la mouche à viande, sont placées dans des circonstances pareilles ou encore meilleures, et elles devraient avoir les mêmes habitudes. Mais cela n'est pas une conséquence nécessaire. La survie des plus aptes décidera si ces conditions spécialement favorables auront pour résultat l'agrandissement de l'individu ou la multiplication de l'espèce. Dans le cas de la mouche à viande, il y a des raisons pour qu'il se produise une plus grande individuation plutôt qu'une genèse plus rapide. En effet, un corps animal en décomposition dure si peu, que si les larves des mouches à viande se multipliaient par la méthode agamique, la seconde génération mourrait par suite de la disparition de sa nourriture. Aussi, les individus dans lesquels la nutrition excessive conduit à la métagenèse interne ne laisseraient-ils aucune postérité, et la sélection naturelle fixeait la variété ou se ferait la plus grande <:roissance. Tout ce qu'il faut à notre thèse, c'est que lorsque le retour à l'agamogenèse s'opère, c'est aux endroits où les subsistances sont exceptionnellement abondantes et la dépense exceptionnellement petite; et cela, les faits que j'ai ^ités nous le prouvent.
§ 360. Les abeilles et les fourmis nous donnent une leçon