CARACTÈRES SPÉCIAUX DES RAPPORTS PRÉCÉDENTS
de physiologie qui ne s'accorde pas trop avec la leçon de morale qu'on prétend qu'elles nous enseignent, c'est que Voisîveté bien nourrie est favorable à la fécondité et que le travail excessif s'accompagne de stérilité.
L'œuf d'une abeille se développe sous forme d'une femelle stérile ou d'une grande femelle féconde, selon la quantité de nourriture que reçoit la larve qui en est sortie. Nous voyons par là que l'action productrice du germe est une expansion du surplus qui reste après que l'individu est complet; et que la faible nourriture dont dispose la larve d'une ouvrière a pour effet d'empêcher l'animal d'arriver à l'état adulte, et d'arrêter le développement de ses organes de génération. En outre, nous savons que la condition sous laquelle la femelle parfaite, ou reine, continue, contrairement à ce que font les insectes en général, à pondre sans relâche, consiste en ce qu'elle a à sa portée une nourriture abondante, qu'elle est dans une température chaude, et qu'elle ne fait aucun travail considérable. Au contraire, il faut remarquer que rinfécondité des ouvrières marche avec le travail incessant que réclame la confection des rayons, ainsi que l'alimentation de la reine, des larves et d'elles-mêmes.
Les fourmis, surtout certaines espèces tropicales, nous montrent ces relations sous une forme exagérée. La différence de volume entre les femelles fécondes et les infécondes est immense. L'appareil reproducteur de la reine est énormément développé, tellement que le reste de son corps est relativement insignifiant. Comme elle est incapable de se mouvoir, elle ne saurait déposer ses œufs que sur la place où ils doivent éclore, en sorte que les ouvrières puissent les emporter. Leur vie se trouve ainsi réduite à celle d'un para- ■ site, c'est-à-dire à une absorption considérable de subsUince qui ne leur coule rien, à un défaut total de dépense, et à un
chiffre excessif de genèse qui en est la conséquence. Une reine de termites d'Afrique pond 80 000 000 œufs en vingt*quaire heures.
§ 361 . Il est nécessaire de dire qu'on ne saurait expliquer ces relations exceptionnelles par les causes que nous avons assignées, si elles agissent seules. L'extrême fécondité qui, chez les parasites et les insectes qui vivent en société, accompagne rhabitude d'une nourriture extrêmement abondante et d'une dépense de force presque égale à zéro, suppose des structures typiques et des tendances de nature à favoriser ces habitudes. Ces structures et ces tendances ne s'expliquent pas par des causes directes.
11 y a des animaux autrement organisés chez lesquels l'abondance de la nourriture combinée avec l'inactivité, n'a pas les mêmes résultats. Pour qu'ils se produisent, il faut naturellement une constitution appropriée à des conditions spéciales; et le développement de cette constitution ne saurait dépendre uniquement de la pléthore unie au repos. Les faits que nous avons cités nous font voir sous quelles conditions une fécondité extrême est possible. Leur signification est claire, sous les réserves que nous avons faites, et leur valeur très-grande pour notre thèse. Ils nous montrent que l'application de la substance nutritive à la conseiTation de l'espèce est au maximum lorsque les frais de la consei'vation de l'individu sont réduits au minimum; et, réciproquement, que, chez les individus soumis à une dépense excessive pour la conservation de leur personnel, et pour celle des rejetons d'autres individus, il n'y a rien pour s'appliquer directement à la conservation de l'espèce.