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DE LA DIGESTION

La classification des substances qui entrent dans la composition des tissus et des liquides de l'organisme s'applique également à celle des matériaux destinés à les renouveler. Les aliments peuvent donc se ranger en matières quaternaires azotées, telles que l'albumine et ses congénères , en matières ternaires non azotées, sucres, et graisses, et en matières minérales. Les uns sont directement assimilables ; les autres ont besoin pour le devenir de subir des transformations diverses. Ces changements s'opèrent dans le canal intestinal, et leur ensemble porte le nom de phénomènes chimiques de là digestion.

On aura donc à étudier successivement la composition chimique des liquides sécrétés par les glandes annexées au tube digestif, l'action que chacun d'eux

fait éprouver aux divers ordres d^aliments, et à rechercher les métamorphoses régressives qui s'opèrent en même temps et amènent le rejet par l*intcstin des matériaux devenus impropres à la nutrition des organes.

La salive est un produit de la sécrétion des glandes salivaires et du mucus buccal.

Les glandes de la bouche sont très-nombreuses.

Les glandes salivaires proprement dites sont au nombre de six, placées symétriquement par paire des deux côtés de la bouche. Toutes sont des glandes en grappes composées, formant des lobes subdivisés euxmêmes en lobules, finalement en groupes d'acini et possédant un conduit excréteur. Ce sont la glande sous-maxillaire et le conduit de Warthon, la glande sublinguale et les conduits de Rivimus et de Bartholin, la glande parotide et le conduit de Sténon.

Les autres glandes de la bouche sont subjacentes à la muqueuse et tellement nombreuses, qu'elles semblent sur certains points former un tout continu. Elles sont formées d'un certain nombre de lobules glandulaires et d'un conduit excréteur ramifie.

Chacune de ces glandes sécrète un liquide différent. L'ensemble de tous leurs produits réunis au mucus buccal forme la salive mixte.

SaiHesonA-maxiiiaire. — La salivc sous-maxillaire, burnie par la glande de ce nom, s'obtient en inlro-

duisant dans le canal de Warthon d'un animal mis en expérience une canule en argent. ,

Une petite quantité d'une salive trouble et contenant des éléments anatomiques détachés mécaniquement apparaît d'abord ; puis là sécrétion s'arrête. La salive proprement dite ne commence à couler que lorsqu'on place des aliments devant l'animal. On active sa production par l'excitation mécanique de la bouche en mâchant du poivre, du caoutchouc, ou mieux encore en aspirant des vapeurs d'alcool ou d'éther qui ne modifient pas la nature de la sécrétion.

On peut aussi l'obtenir par l'excitation directe des nerfs qui se rendent aux glandes sous-maxillaires. On sait que ces nerfs viennent de trois sources :

1** Une branche de la corde du tympan, rameau du facial mêlé à un petit filet du trijumeau, qui, après avoir accompagné quelque temps le nerf lingual, l'abandonne pour se porter dans la glande ;

2° Les rameaux venus du ganglion sous-maxillaire, qui pénètrent dans la glande avec les rameaux de la corde du tympan, et que l'on peut exciter, même après la section du facial et du trijumeau, en irritant le lingual ou la langue elle-même ;

3° Les nerfs venus du plexus sympathique, qui pénètrent avec les artères*

L*excitation de ces différents nerfs amène une sé-^ crétion de la glande, mais la nature et les propriétés du produit varient suivant le nerf sui* lequel a porté l'excitation.

On a donc à considérer la salive qui s'écoule par

l'excitation de la corde du tympan, et des filets qui viennent du ganglion sous-maxillaire ;

Celle qui résulte de l'excitation du plexus sympathique ;

Celle qui se produit dans la paralysie des nerfs.

Saliwe de laeorde dn tympan. — La salive qUC Tou

recueille après la section de la corde du tympan est un liquide limpide, dépourvu de lamelles d'épithélium, d'une réaction alcaline, devenant difticilonient spumeux lorsqu'on Ta^^nte au contact de l'air, d'une densité de \ ,00»î9 à 1,0056, contenant, d'après Eckhard, 1,2 à 1,4 pour 100 de résidu solide.

Elle renferme dans sa composition des matières albuminoïdes, globuline et albumine, et de la mucine. La globuline se dépose par le passage d'un courant d'acide carbonique dans cette salive étendue d'eau. L'albumine se précipite dans la solution filtrée par l'addition d'acide nitrique. La mucine est un élément constant de la sécrétion de la salive sous-maxillaire, elle se dépose lorsqu'on ajoute de Tacide acétique en flocons insolubles dans un excès, soluble dans les acides nitrique et clîlorhydrique et dans les alcalis.

Les sels minéraux sont des chlorures alcalins, phosphate de sodium et de magnésium* Une partie des bases se trouve, soit combinée aux matières organiques, soit à l'état de bicarbonate dissous dans un excès d'acide carbonique. Ce dernier acide, en s'évaporant, amène le dépôt du carbonate de calcium lorsque la salive abandonnée au contact de Tair perd l'acide carbonique qui le maintenait en dissolution. Elle coir-

tient chez le chien 987 d'eau et 13 d'éléments solides suivant Eckhard.

D'après Kùhne, les matières introduites artificiellement dans la circulation ne se rencontrent pas dans cette salive, sauf celles qui sont isomorphes avec les matières qui s'y rencontrent normalement. Ainsi le chlore peut s'y trouver partiellement remplacé par du brome et de Tiode, sans que la concentration de la salive en soit d'ailleurs modifiée.

Salive sympathique. — Jusqu'à présent, on n'a pu recueillir la salive sympathique que sur les animaux. On coupe les (ilets du grand sympathique, et on excite avec la pile leur bout périphérique. On obtient un liquide blanchâtre, trouble, renfermant un grand nombre de produits morphologiques, reconnaissables au microscope. Cette masse est très-visqueuse, en partie soluble, en partie insoluble dans l'acide acétique; elle paraît formée d'un mélange de mucine insoluble dans l'acide acétique et de matières albuminoïdes qui se coagulent par la chaleur. La salive sympathique est fortement alcaline ; d'après Eckhard, chez le chien elle contient : eau 973.0, éléments solides 2 7.0.

La glande sous-maxillaire possède la composition suivante :

JACUBOWITSCH.

Eau 991,45 996^0^

Éléments solides 8,55 3,96

Matières organiques 2,89 1,51

Sels solubles. 4,50 | ^ ,,^

Phosphate de magnésium. . . 1,1C ( '

feiaiive paralytique. — On l'obtient après la section

des diCTérents nerfs qui se portent à la glanJc, ou après l'empoisonnement d'un animal par le curare. Cette sécrétion a alors lieu par l'action propre du ganglion sous-maxillaire et est indépendante de Tinfluence du centre nerveux cérébro-rachidicn. I^es caractères chimiques de la salive paralytique sont d'ailleurs encore peu connus.

Salive parotidieuBe. — La salive parotldieune s'obtient facilement à l'aide de fistules salivaires établies sur le trajet du canal de Sténon. Cette opération se fait avantageusement sur les herbivores, qui possèdent une glande beaucoup plus développée que les carnivores et fournissent plus de salive dans un temps donné. Chez l'homme, comme l'a montré M. Claude Bernard, puis Eckhardt, Ordenstein, on peut également se procurer de la salive parotidienne en plaçant une canule dans Torilice buccal du conduit de Sténon.

On amène l'écoulement de la snlive par l'excitation de la bouche à l'aide de substances irritantes, ou l'action d'un courant d'induction sur la muqueui>e buccale.

La salive parotidienne est alcaline, claire, sans aucun élément morphologique. Elle se trouble par Tébullition, et le précipité, quoique formé par une substance albuminoïde, se dissout dans l'acide nitrique comme le ferait un carbonate. Une autre partie des substances albuminoïdes reste en dissolution dans la liqueur alcaline et se comporte comme un albuniinate.

La salive parotidienne, très-limpide, ne contient que

des traces de mucine que précipite l'acide acétique concentré. Lorsqu'on la sature exactement avec de l'acide acétique, elle donne un précipité deglobuline insoluble dans un excès d'acide, et que Ton peut précipiter également par un courant d'acide carbonique.

Outre ces éléments communs aux salives parotidiennes des différents animaux, celle de l'homme contient du sulfocyanate de potassium. Vient-on, en effet, à ajouter à cette salive du perchlorure de fer, on obtient un précipité blanc de matières alburainoïdes coagulables et que surnage une liqueur colorée en rouge par le sulfocyanate de fer. On met mieux encore la présence de ce sel en évidence en distillant la salive sur de l'acide phosphorique et en recueillant les premières gouttes qui contiennent l'acide sulfocyanique. L'addition du perchlrure de fer le transforme en sulfocyanate de fer. Cette coloration rouge que prend la salive sous l'influence des sels de fer a été autrefois regardée comme provenant de l'action de l'acide acétique sur les sels de fer. Mais on sait que, si on chauffe une solution de sel ferrique dans l'acide acétique, la coloration disparaît et qu'elle persiste au contraire lorsqu'elle est due à du sulfocyanate de fer. Comme la teinte rouge que prend la salive sous l'influence d'un sel de fer résiste à l'action de la chaleur, on en conclut la présence du sulfocyanate de potassium, ce qui confirme d'ailleurs la présence du soufre dans les cendres de la liqueur distillée préalablement.

Ajoutons cependant que le sulfocyanate de potas-

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sium disparaît dans certains états pathologiques des dents, de la muqueuse buccale, de la salive ellemême.

Abandonnée à elle-même, la salive parotidienne perd de Facide carbonique et laisse déposer des cristaux de carbonate de calcium, cristallisés en rhomboèdres.

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