BUE
bile subissait, sous l'influence de l'acide azotique, une série de modifications de couleur semblables à celles que l'hémoglobine prend dans la même circonstance. De plus, Kûhne a constaté que la matière colorante biliaire se produit et passe dans les urines quand on injecte des sels biliaires dans le sang. Il suppose que ces acides, décomposant les globules sanguins, mettent en liberté l'hémoglobine qui se transforme, en traversant le foie, en matière colorante biliaire.
La bile de bœuf fraîche est verte ; elle produit dans le spectre une raie d'absorption située entre D et E, plus près de D que de E. Après un certain temps, elle devient dicroïque et parait verte, en couches minces, et rouge, en couches épaisses. Elle fournit alors quatre raies d'absorption, la première avant C, la deuxième un peu avant D, la troisième après D, la quatrième avant E. La substance qui produit ces raies n'est pas encore connue.
Les matières colorantes de la bile ont été l'objet de nombreuses recherches qui n'ont pas donné de résultats concordants. Les analyses ont presque toutes été faites sur les matières colorantes contenues dans les calculs. Scherer et Heintz ont donné des chiffres. Beintz, après avoir enlevé les matières grasses, la cholestérine et les acides de calculs pulvérisés, traita la matière colorante par le carbonate de- sodium et précipita par lacide chlorhydrique. Il sépara ainsi un corps qu'il nomma biliphéine C"H"Az'0% lequel diffère de la biliverdine C'H^Az'O* par un équivalent de carbone. Yalentin, par l'emploi du chloroforme, ob-
tint une matière colorante rouge qu*il regarda comme identique avec l'hématoïdine. Maris Brûcke a montré que la matière rouge retirée de la bile se transforme, sous l'influence d'un courant d'oxygène en bilivcrdine, réaction qui ne se produit pas avec l'hématoïdine.
Staedeler reprit depuis cette question, et chercha les rapports et les dissemblances de l'hématoïdine et de la bilirubine, tant par les caractères physiques et la forme cristalline que par l'analyse chimique. Il prépara la matière colorante avec de la bile de l'homme traitée par le chloroforme, par la benzine, par le sulfure de carbone. Le chloroforme lui donna une dissolution vert foncé, laquelle fournit un extrait qui fut épuisé ensuite par l'éther pour enlever la cholestériuc et les matières grasses, par l'alcool pour entraîner les matières brunes, par les alcalis pour séparer la biliverdine. Le sulfure de carbone produisit une dissolution jaune d'or. Celle-ci évaporée laissa un extrait que Ton purifia par des lavages à l'alcool et à Téther. La benzine se comporta de même.
La bilirubine, obtenue par ces deux derniers traitements, se prend en cristaux complètement identiques avec ceux de Thématoïdine. Tous les caractères physiques sont semblables, mais la composition de ces deux corps est différente.
BILIiaOlXE. BéyATOÎDniK.
Carbone H7,15 "ovî 05,85 ""05^05
Hydrogène 6,27 6,12 6,47 1,57
Azole 9,50 » 10,51 »
Oxygène 16,99 » 47,17 »
La bilirubine répond à la formule C**H'*A«*0'. M. Robin attribue à rhématoïdinc la formule C*"H"Az*(P. Stxdeler propose d*enlevcr a cette dernière deux atomes d'hydrogène. Ces deux corps deviennent alors liomologues.
Bilirubine C««H««Ai«0»
Hématoïdinc C'^H'^Ai'O'
Ainsi s'expliquerait la grande ressemblance de ces substances.
Sto'deler^ a public dans ces dernières années une étude sur les matières colorantes des calculs biliaires. Ses travaux nous serviront de guidé. Il admet Texistence de cinq pigments : la bilirubine, la biliverdine, la bulifuscine, la biliprasine et la bilihumine. 11 parait cependant qu'il existe encore d'autres matières colorantes définies. Ainsi Scherer a retiré de l'urine ictérique un pigment vert. Maly* a démontré que le pigment jaune rougeâtre, la cholépyrrhine, extrait par Brûcke de la bile humaine au moyen du chloroforme, se comporte comme un acide de la biliverdine, ainsi que le prouvent les expériences suivantes : la potasse aqueuse ou alcoolique en dégage de l'ammoniaque ; une solution de cholépyrrhine dans le chloroforme, chaufTée huit à douze heures à 100**, en vase clos, avec un demivolume d'acide acétique cristallisable, donne un liquide vert foncé qui cède à l'eau de l'acétate d'am-
* Sta?de1er, Annaien der Chemie und Pharm., Band 152, S. 323;
* Maly, Annaien der Chimie und Pharm,, Band 132, S. 12/ ; 1862.
moniaque, ' tandis que le chloroforme évaporé laisse un résidu vert foncé de bilivcrdine ; l'acide chlorhydrique et tartri que produisent le même dédoublement. On peuf, d'une autre part, préparer artificiellement la cholépyrrhine en chauffant à 120° une solution de biliverdine dans le chloroforme saturé d'ammoniaque.
Bilirubine C^*H"Az*0'. — On obtient la bilirubine en épuisant successivement la bile par l'éther, l'eau et les acides étendus, et enfin par le chloroforme qui la dissout et la donne par l'évaporation. Pour la purifier, on traite le résidu par un mélange d'alcool et d'éther, puis on le dissout dans le chloroforme, et on précipite la bilirubine par l'alcool.
Elle est soluble dans le chloroforme, le sulfure de carbone, la benzine, très-peu dans l'eau, l'alcool et l'éther. Elle se dissout dans les alcalis, les carbonates alcalins et l'ammoniaque en prenant une coloration jaune rougeâtre, et en est précipitée par les acides. Une solution alcaline la précipite de ses dissolutions dans le chloroforme. Aussi ne peut-on dissoudre facilement cette matière colorante que lorsqu'elle est acidulée légèrement. Ses dissolutions ammoniacales sont précipitées par le chlorure de calcium, le chlorure de baryum, l'acétate basique et l'acétate neutre de plomb, l'azotate d'argent. La combinaison de chaux C"ff*CaAz*0* est d'un brun vert métallique, donnant une poudre brun rouge.
Une dissolution alcaline de bilirubine donne avec l'acide nitrique contenant de Tacide nitreux, ou un mélange d'acide nitrique concentré et d'acide sulfu-
BILE. il9
rique, une réaction caractéristique trouvée parGmelin. La coloration jaune de la bile passe d'abord au vert, puis au bleu, violet, rouge vif et enfin jaune. Ces teintes sont dues à des substances diverses, qui se forment par Toxydation de la bilirubine. Cette réaction très-sensible permet de reconnaître la présence de la bile dans l'urine ictérique et dans les autres liquides de réconomie.
Biliverdine C"H*"AzH?. — La biliverdine n'a pas encore été constatée avec certitude dans les calculs biliaires d'après Stsedeler. Elle existe sur les bords du placenta du chien, mêlée avec un peu de bilirubine. Elle prend naissance lorsque les dissolutions alcalines de cette dernière substance ont été abandonnées au contact de Tair dans des flacons ouverts.
C"H"Az«0»-hH»0 -h 0 = C"H«»Ai»0»
% BUirubilie. Biliverdine.
On précipite cette dissolution alcaline par Tacide chlorhydrique, on lave avec de Feau et on dissout dans l'alcool la biliverdine, tandis que la bilirubine reste insoluble. L'évaporation de la solution alcoolique donne un résidu vert amorphe, qui se dissout dans lea alcalis en formant une solution verte, laquelle se précipite par l'action des acides en flocons vert foncé. Par l'évaporation d'une solution de biliverdine dans Tacide acétique, on obtient des tables rhombiques cristallines ^ Elle se dissout dans l'alcoolavec une belle
* Hoppe Seyler, Handbueh der ph, und palh. Analyse^ dritte Aufl., s. 180.
120 GHIUIE BIOLOGIC'JE.
couleur vert bleuâtre, et est insoluble dansTeaUfTéther et le chloroforme. En solution alcoolique elle donne avec l'acide azotique la même série de colorations que la bilirubine et devient successivement bleue, violette, rouge et enfin jaune. Ses dissolutions alcalines se transforment à la longue en biliprasine.
Biliftischine C''H*°Az'0*. — Cette matière colorante a été trouvée en petite quantité dans les calculs biliaires de^homme.
Elle peut être regardée comme de la bilirubine plus un atome d*eau.
C*«H"Az«05-t-H«0 = C*«HMAz«0*
Bilirubine. Biifuicine.
On prépare la bilifuschinepar la méthode qui sert à préparer la bilirubine. On dissout ensemble les deux substances dans le chloroforme, on chasse le chloroforme par la distillation, et on traite le fésidu par l'alcool absolu qui dissout la bilifuschine et laisse la bilirubine. On évapore à sec le résidu alcoolique, on le traite successivement par l'éther anhydre pour lui enlever les acides gras, par le chloroforme pour extraire les dernières traces de bilirubine. On la dissout dans l'alcool absolu, et on évapore à sec la dissolution filtrée.
Cette substance est une masse noire, brillante, donnant une poudre brun-rouge, peu soluble dans l'eau, l'éther et le chloroforme, se dissolvant dans l'alcool en lui communiquant une teinte rouge brun foncé. Elle se dissout dans les alcalis et se pré-