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SUC PANCRÉATIQUE

Le produit de la sécrétion du pancréas vient se déverser dans la deuxième portion du duodénum, soit par un conduit isolé, soit par un canal commun avec la bile, quelquefois par deux conduits s'ouvrant Tun au-dessus de l'autre.

On obtient le suc pancréatique en établissant des fistules sur des chiens. L'animaP étant couché sur le côté gauche, on lui fait dans l'hypochondre droit, audessous du rebord des côtes, une incision large de 7 à 8 centimètres qui permet d'attirer au dehors le duodénum et une partie du pancréas. On isole aussi rapidement que possible le plus volumineux des deux conduits pancréatiques qui, chez le chien, s'ouvre isolément et obliquement dans le duodénum, à 2 centimètres environ au-dessous du canal cholédoque. On l'ouvre avec une pointe de ciseaux fins; il s'en écoule aussitôt de grosses gouttes d'un suc pancréatique incolore limpide. On introduit dans le canal un petit tube d'argent de 5 millimètres de diamètre et de 10 à 12 centimètres de long, puis, après avoir rentré les organes dans l'abdomen, on réunit la plaie par une suture et on recueille dans une vessie en caoutchouc le liquide qui s'écoule par l'extrémité libre du tube d'argent. Sur un chien, par heure, on peut obtenir d'abord 2 à 3 grammes de suc pancréatique normal, plus tard

' Claude Bernard, Ijeçons de physiologie, t. II, p 190; 1856.

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la glande s'enflamme et sécrète des quantités beaucoup plus considérables de liquide altéré. On a donc à étudier séparément le liquide pancréatique normal fourni par les iistules non permanentes et le liquide altéré qui s*écoule des fistules permanentes.

Le liquide des fistules non permanentes est visqueux, presque toujours clair, sans élément morpbologique ; sa réaction est alcaline, sa saveur salée, sa densité oscille entre 1008 à 1010. Refroidi à 0, il se prend partiellement en une gelée transparente, dont la réaction alcaline est moins prononcée que celle du liquide surnageant. Maintenu pendant longtemps à 75"^ dans un bain-marie, il se coagule ^n formant des flocons blancs et laisse un liquide très-alcalin dans lequel l'addition d'acide acétique produit un précipité, dû à la présence d'albuminates. Il se coagule par l'alcool, et le produit est soluble dans Teau. Mais si l'action de Talcool se prolonge, tout Talcali se dissout, et lorsqu'on a décanté Talcool, le produit est devenu insoluble dans l'eau. Les acides, les sels métalliques, le sulfate de magnésie le coagulent et le transforment enunemassc concrète d*une grande blanclieur. L'acide acétique y fait naître un trouble transparent qui se dissout par Taction de la chaleur dans un excès d'acide acétique. On n'a pas encore déterminé avec certitude si le suc pancréatique contient de la mucine. Ea évaporant ce liquide, on obtient d'abondants cristaux de leucine. Le liquide pancréatique se putréfie très-rapidement, et, d'après MM. Robin et Yerdeil, laisse alors déposer des cristaux de sulfate de calcium.

Le liquide des fistules pancréatiques permanentes est très-fluide, mousse par l'agitation sans se séparer en masse gélatineuse; son poids spécifique est plus faible que celui du suc normal. La transformation du suc pancréatique normal en suc pancréatique altéré ne se fait pas brusquement; elle arrive au contraire d'une manière graduelle, de sorte qu'entre les caractères du suc pancréatique normal et ceux du suc morbide, on peut trouver beaucoup d'intermédiaires.

Wittich en broyant le pancréas avec de la glycérine obtient une dissolution très-active de suc pancréatique qui agit rapidement sur la fibrine. Si on lave préalablement le pancréas avec de l'alcool, le produit obtenu avec la glycérine est sans action sur la fibrine quoique capable de modifier rapidement l'amidon.

Pancréatine. — Le SUC pancréatique agit d'une manière spéciale sur l'amidon, les matières albuminoïdes et les graisses ; il les transforme en produits assimilables dans l'organisme. Le principe actif qui amène cette transformation, s'extrait en traitant le suc pancréatique par l'alcool. On obtient un précipité de pancréatine dont la solution aqueuse jouit des propriétés du suc pancréatique lui-même.

La dissolution des matières albuminoïdes, la transformation de l'amidon en sucre et la décomposition des graisses ne sont pas dues, d'après Danilewski^ à l'actiondumémeferment, mais à trois substances con-

4 Virchow, Arch., 1862, t. XXV, p. 279.

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tenues dans le suc pancréatique. On peut les séparer de la manière suivante : on lave rapidement avec de l'eau le pancréas d'un chien tué sept ou huit heures après le repas ; on le broie avec du sable, on l'agite avec de l'eau et on le laisse digérer pendant une ou deux heures à 20 ou 50*" ; on passe dans un filtre de laine. Le liquide filtré peut avoir une réaction acide, neutre ou alcaline ; on le traite par de la magnésie calcinée et on passe de nouveau dans un filtre de laine. On obtient un liquide qui se comporte comme le suc pancréatique par rapport à la fibrine et à l'amidon, mais qui ne réagit plus sur les graisses. On le porte dans une carafe d'une capacité triple ; on ajoute le tiers de son volume de collodion épais sans agiter ; on bouche et on agite ensuite fortement, puis on verse la matière dans un vase ouvert qui permet Tévaporation de l'éther. Le précipité se sépare, on passe sur filtre de toile. On traite de nouveau le liquide filtré par le collodion et on ajoute le précipité au premier. Le liquide qui s'écoule possède encore la propriété de réagir sur l'amidon. Le précipité contient la substance qui dissout les corps albuminoïdes. On le lave avec de l'alcool, on sèche entre des feuilles de papier, on dissout le collodion par un mélange d'alcool et d'éther, on filtre, on laisse évaporer l'é- Iher ; on étend le résidu avec de Teau qui dissout la substanœ active sur la fibrine pendant qu'un peu d'albumine reste sans se dissoudre. Ce corps est insoluble dans l'alcool, facilement soluble dans l'eau. Action sur les matières féculentes. — Le suc pan-

créatique agit sur les matières féculentes comme la salive, et les transforme en dextrine et en sucre. Mais son action est beaucoup plus prompte et varie d'ailleurs avec la température. A 40®, la transformation est presque instantanée ; à la température ordinaire, elle est moins vive, et on peut constater le passage successif de Tamidon en dextrine et en sucre: On a vu précédemment que la salive n'amenait pas la dissolution de la totalité de Tamidon, que les parties les plus résistantes restaient inaltérées. Le ferment pancréatique parait au contraire saccharifier la totalité de l'amidon.

L'agent particulier qui, dans le suc pancréatique, agit sur les matières amylacées, a d'abord été obtenu par Cohnheim à l'aide du procédé qui avait servi à extraire le principe actif de la salive. A du suc pancréatique refroidi à O», il ajoute de Tacide phosphori* que et ensuite de Peau de chaux qui entraîne le ferment avec l'acide phosphorique. Danilewski a préparé la même substance à l'aide du collodion, comme on l'a vu plus haut. La substance, ainsi isolée, ne donne pas de coloration jaune avec l'acide azotique et Tammoniaque, et ne possède aucun des autres caractères des matières albuminoïdes. On ne peut jamais cependant la débarrasser complètement du ferment qui agit sur ces dernières substances. Les réactions du suc pancréatique se produisent également chez l'animal vivant, sans que la présence du suc gastrique, de la bile, du suc intestinal, des matières grasses ou albuminoïdes y apportent aucun obstacle. Dans l'esto-

suc PANGRËATIQDE. 1S5

mac d'un chien qui avait mangé de la fécule hydratée, H. Bernard a retrouvé encore la fécule à Tétat de fécule, bleuissant sous Tinfluence de Tiode et sans action sur le tartrate cupropotassique, tandis que, dans le duodénum Tamidon n^est plus reconnaissable, et qu'au-dessous de l'ouverture du conduit pancréatique le sucre donne immédiatement ses réactions caractéristiques. Les chiens chez lesquels on a détruit le pancréas par des injections de matières grasses, ou chez lesquels on élimine le suc pancréatique par des fistules, ne digèrent plus les matières amylacées. L'amidon passe inaltéré à travers le canal intestinal et se retrouve dans les excréments. Dans des expériences faites sur des pigeons, M. Bernard a constaté, à l'aide du microscope, toutes les réactions de la fécule inaltérée dans les matières contenues dans le rectum. Les grains de fécule renfermés dans les cellules bleuissaient parfaitement par Tiode, et les parois des cellules prenaient une teinte jaune.

Action sur les matières albuminoldes, — On entrevoyait à peine l'action du pancréas sur les matières albuminoïdes, lorsque M. Bernard reconnut qu'un mélange de suc pancréatique et de bile a la propriété de produire la facile dissolution de ces substances.

M. Corvisart montra depuis que la bile n'intervient pas dans ces réactions, que le suc pancréatique les produit seul. Ces faits contestés par Funke et d'autres auteurs allemands qui ne voulurent voir dans Taction du suc pancréatique que des phénomènes de

putréfaction, furent, avec quelques modifications, cor-

roborés depuis par ceux de Kûhne^ et de Diakonow*. M. Corvisart' étudia comparativement Taction du suc pancréatique obtenu à l'aide d'une fistule et celui que l'on prépare par l'infusion du pancréas, et trouva la même action dans les deux produits. Kûhne a depuis confirmé ces résultats par des expériences faites sur 11 chiens ayant des fistules pancréatiques. Il vit que ce liquide peut dissoudre en deux heures et demie ou trois heures une quantité considérable d'albumine coagulée sans qu'il y ait trace de produits de décomposition putride, et que les substances transformées ne sont plus susceptibles d'être coagulées par la chaleur ou par l'addition d'un acide, et passent avec facilité à travers un dyaliseur.

Pour préparer l'infusion du pancréas, on prend l'organe au moment où il est en pleine activité, c^ est-à-dire sur un chien, cinq ou six heures après un repas abondant. La sécrétion est en effet variable suivant le temps qui suit Tingestion d'aliments. Au maximum après cinq ou six heures, elle devient au minimum de la treizième à la quatorzième heure, et augmente un peu ensuite si le jeûne se prolonge. Cette sécrétion est d'ailleurs sous Finfluence de la digestion gastrique. Toutes les causes qui retardent la formation de la peptone gastrique retardent, par cela même, la digestion pancréatique. Le liquide obtenu avec le

* Kûhne, Ueber die Verdauung des Eiweisstoffe durch den Pancréas Saft (Virchow's Ârch., Bd XXXIX, S. 130).

*Diakonow, Medecimsch-chemische Untersuchungen, 2 Heft, S. 242;

s Gonrisart, Gazette hebdomadaire, 1869.

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pancréas d'un chien et d'un herbivore produit, pour chacun d'eux, la dissolution à peu près constante de 40 grammes d'albumine coagulée. La peptone obtenue diffère de la peptone gastrique parce qu'elle ne précipite pas par le chlorure de platine. En remplaçant Talbumine par de la fibrine, on obtient une peptone différente qui précipite par ce réactif.

Le pancréas est donc un organe complémentaire dont Faction yient s'ajouter à celle de l'estomac, de telle sorte qu'un aliment azoté qui a subi complètement la digestion gastrique n'est jplus modifié par le suc pancréatique. Toujours beaucoup moins abondant que le suc gastrique, ce dernier liquide a une activité environ dix fois plus grande et agit aussi bien à l'état alcalin, neutre ou acide. Cependant, la pancréatine et la pepsine se neutralisent l'une l'autre lorsqu'on les fait réagir ensemble sur un même aliment, et leur action peut se réduire à zéro par des proportions convenables. Les digestions, soit gastrique, soit pancréatique, effacent d'abord, les propriétés caractéristiques des diverses substances albuminoïdes et les transforment en peptones dont la nature et les propriétés varient comme celles des substances dont elles proviennent.

Kûhne se sert aussi d'une décoction de pancréas pris sur des chiens nourris avec de la viande de cheval, et la fait réagir sur la fibrine du sang coagulée par l'ébullilion. Il admet qu'elle reprend d'abord les propriétés de la fibrine naturelle, redevient, comme elle, soluble dans le sel marin et les acides étendus, puis passe à l'état de solution complète avec formation d'al-

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bumine coagulable, de peptone, de tyrosine et deleucine. Cette peptone ne se coagule pas par l'ébullition et donne les réactions de Talbumine avec l'acide chlorhydrique bouillant, l'azotate de mercure, le sucre et l'acide sulfurique. L'acide acétique et le ferrocyanure de potassium ne la précipitent pas d'abord dans les solutions neutres, mais par le repos ils y font naître un trouble manifeste. L'acide tannique, le sublimé, les acétates nëulre et basique de plomb la précipitent complètement. Avec les solutions alcalines de cuivre elle donne une coloration rbuge. Toutes ces réactions sont semblables à celles que donne la peptone gastrique. Elles se distinguent l'une de l'autre, cependant, en ce que le précipité de la peptone gastrique, par l'acétate de plomb, se dissout dans un excès de plomb, ce qui n'a pas lieu avec la peptone du pancréas. De plus, l'acide acétique et un excès de bichromate de potasse donnent un trouble qui ne se produit pas avec la peptone pancréatique. La peptone gastrique, qui n'est plus coagulable, n'est pas modifiée par le suc pancréatique. Diakonow admet que les peptones, obtenues par le suc pancréatique, précipitent par les acides et les sels acides, sauf le phosphate acide de sodium. En séparant, par la filtration, le précipité obtenu par l'addition d'un acide, il obtient en dissolution une substance albuminoïde de la nature des peptones, laquelle précipite par le tannin et l'acétate de plomb, et ne donne pas de précipité par le ferrocyanure de potassium. Les acides et les alcalis qui ne sont pas capables de dissoudre les éléments albuminoïdes ne

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détruisent pas Taction de la pancréatine, par exemple les acides carbonique , borique, la magnésie, Tcau de chaux, le phosphate de soude basique, etc.

Action 8ùr les matières grasses. — MM. Bouchardat et Sandras, et depuis M. Bernard, ont reconnu que, outre la propriété de transformer Tamidon et de dissoudre les matières albuminoïdes, le suc pancréatique avait encore celle de rendre les matières grasses absorbables dans Téconomie. Agité avec des matières grasses neutres, telles que les huiles, les graisses, par elles-mêmes complètement insolubles dans J'eau, il les émulsionne, c'est-à-dire leur fait prendre la forme de globules extrêmement fins qui restent en suspension dans Teau et ne se déposent pas, même après plusieurs jours de repos. Quelquefois les globules graisseux sont plus volumineux que ceux qui se rencontrent dans le lait, ainsi que Ton peut s*en con- Taincre par Texamen microscopique.

La propriété de faire des émulsions persistantes est propre au suc pancréatique ; la bile, la salive, les autres liquides de l'économie paraissent aussi produire par l'agitation des émulsions, mais ce n'est qu'une apparence : après un repos suffisant, les liquides mélangés se séparent et se superposent dans Tordre de leurs densités respectives.

Le suc pancréatique normal a d'ailleurs sur les matières grasses une action beaucoup plus marquée que celui qui est fourni par les fistules permanentes. Le suc pancréatique normal, c'est-à-dire le suc pancréatique alcalin, visqueux, se coagulant en masse par

la chaleur et par les acides, émulsionne instantanément les matières grasses et les dédouble en leurs éléments constituants , acides gras et glycérine. Le suc pancréatique altéré est, au contraire, presque inactif.

Les matières grasses artiGcielles préparées par synthèse se comportent, sous l'influence du suc pancréatique, comme les matières grasses naturelles. A 20 grammes de suc pancréatique extrait d'un chien en digestion, M. Berthelot ajouta quelques décigrammes de monobutyrine et maintint le tout à une douce chaleur pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, le liquide était devenu blanc laiteux, et exhalait une très-forte odeur d'acide butyrique. Il retendit de son voluine d'eau et l'agita avec de l'éther pour dissoudre la butyrine non décomposée et l'acide butyrique, tandis que la glycérine resta dans la dissolution aqueuse. L'éther fut évaporé ; le résidu avait une réaction acide ; il fut saturé exactement par une quantité d'eau de baryte titrée qui correspondait à 0,2106 d'acide butyrique. En agitant avec de l'éther, la butyrine non décomposée fut entièrement dissoute ; son poids, obtenu par l'évaporation de l'éther, ne répondit qu'à quelques centigrammes. Le liquide aqueux contenant la glycérine fut filtré et évaporé à sec, au bain-marie, en présence d'un excès d'oxyde de plomb. Le résidu, repris une seule fois par l'alcool absolu froid, et traité par l'hydrogène sulfuré pour enlever l'excès de plomb, donna un sirop d'une saveur d'abord sucrée, puis légèrement saline, insoluble dans

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l'éther et déliquescent. Ces caractères, joints à la dissolution de Toxyde de plomb et à l'origine du produit, s'accordent avec la présence de la glycérine.

Dans une autre série d'expériences, M. Berthelotfit réagir 15 grammes de suc pancréatique sur quelques granunes de graisse de porc récemment préparée et rigoureusement neutre. Il maintint le tout à une douce chaleur pendant vingt-quatre heures, puis agita le mélange avec de Téther, et répéta une série d'essais semblables à ceux qu'il avait employés pour constater la décomposition de la monobutyrine. Il arriva ainsi à reconnaître que le suc pancréatique avait décomposé une matière grasse naturelle en un acide gras cristallin, fusible à 61^, et en glycérine.

La substance complexe connue sous le nom de pancréatine, que l'on obtient en précipitant le suc pancréatique par l'alcool, amène des dédoublements pareils à ceux qui précèdent. Lorsqu'elle réagit sur les matières grasses, elle les transforme en acides gras et en glycérine.

En étudiant l'action du suc pancréatique chez l'animal vivant, on lui reconnaît de même la faculté d'émulsionner et de modifier les matières grasses dans l'intestin, de les rendre absorbables, et de devenir ainsi l'agent particulier de la formation du chyle.

Quand ^ on suit la graisse alimentaire dans les voies digestives, on trouve que cette matière se fond par la chaleur de l'estomac, qu'elle s'y reconnaît à ses carac-

^ Bernard, Leçons de physiologie, tome III, p. 269.

tères et qu'elle se fige à la surface du suc gastrique par le refroidissement. Dans Tintestin, au contraire, au-dessous de l'ouverture des conduits pancréatiques, la graisse ne peut plus être distinguée; elle forme une matière pultacée, émulsive, crémeuse, colorée ea jaune par la bile. Les Vciisseaux chylifères se voient gorgés d'un suc blanc laiteux homogène. Si, au contraire, on a préalablenpicnt lié les conduits pancréatiques, la graisse reste inaltérée. Ce fait se constate facilement sur des lapins nourris avec des matières grasses. Chez ces animaux, le canal pancréatique s'ouvre environ à 35 centimètres au-dessous du canal cholédoque. Lorsqu'on les nourrit avec des matières grasses, on voit que c'est précisément après l'abouchement du canal du pancréas, que les vaisseaux chylifères renferment un liquide blanc et laiteux, tandis que plus haut ils ne contiennent qu'un chyle transparent.

Quand sur un animal vivant on empêche le suc pancréatique d'arriver dans l'intestin, soit par des fistules sur les conduits excréteurs, soit, comme l'a montré M. Bernard, par la destruction du pancréas à Taide d'injections de matières grasses, qui ont la propriété de détruire le tissu delà glande, on reconnaît que les matières grasses introduites dans l'alimentation se retrouvent inaltérées dans les excréments, et qu'elles sont rejetées au dehors comme des matières réfracta ires à la digestion.

Relations entre les fonctions du pancréas et celles (le la rate, — Suivant Schiff, il y a un rapport intime

suc INTESTINAL. 101

entre les fonctions de la rate et celles du pancréas, de telle sorte que, chez les animaux qui en ont subi l'extirpation, le suc pancréatique devient complètement inerte en présence des matières albuminoïdes. Mais en même temps la sécrétion du suc gastrique augmente considérablement et devient capable de produire à elle seule des effets plus intenses que les deux autres liquides agissant ensemble dans les conditions normales. SchifT attribue à ce surcroit d'activité l'engraissement et l'augmentation d*appétit observés chez les animaux dératés.

suc INTESTINAL

Le suc intestinal se compose du produit de la sécrétion fournie par les glandes de Brunner qui forment comme un collier autour du pylore et n'existent que dans le duodénum, et du liquide des glandes de Lieberkûhn uniformément répandues dans toute la longueur de l'intestin grêle et se continuant dans le gros intestin*. Elles correspondent aux glandes tubulaires de l'estomac, comme les glandes de Brunner véritablement acineuses offrent tous les caractères des glandes buccales et labiales.

Enfin il s*y ajoute du mucus visqueux ^renfermant des granulations graisseuses, des leucocytes et des cellules épithéliales*.

* Cpuveilhier, Traité d^anatomie, t. II, p. 147. ^ Robin, Leçons sur les humeurs^ p. 469.

On a cherché à obtenir le liquide intestinal en ouvrant une anse de l'intestin chez Tanimal vivant et en irritant la muqueuse avec du vinaigre, mais on n'obtient qu'un produit impur. Bidder et Schmidt recueillirent du suc intestinal pur sur un chien dont ils avaient lié et isolé les conduits pancréatique et cholédoque^ et chez lequel aussi ils avaient établi une fistule biliaire et une fistule intestinale. Celle-ci avait son siège dans l'intestin grêle entre le premier et le second tiers de sa longueur. Ils recueillirent le liquide du huitième au douzième jour après l'opération.

M. Colin obtient le liquide intestinal exempt du produit des glandes de Brunner en attirant hors.de la cavité abdominale une anse d'intestin grêle d'un cheval en pleine digestion. Il applique un compresseur qui en maintient exactement les parois en contact; partant de ce point intercepté, il presse doucement l'anse entre ses doigts jusqu'à ce qu'elle soit débarrassée de son contenu sur une longueur de 1 mètre et demi à 2 mètres. Alors il applique un second compresseur; cela fait, l'anse intestinale est refoulée dans le ventre et la plaie abdominale fermée. Au bout d'une demi-heure l'animal est sacrifié, l'anse intestinale comprise entre les deux compresseurs renferme le suc intestinal. La plupart des expériences ont donné en une demi-heure, de 80 à 100 grammes de produit en moyenne. Ce liquide isolé du mucus transforme, d'après M. Colin, la fécule cuite en sucre, et émulsionne les matières grasses sans leur donner une réaction acide. Il est très-alcalin.

suc I!iTESTI5AL. i65

Thiry considère ces réactions comme dues à un suc intestinal contenant du liquide pancréatique. Il propose la méthode suivante pour obtenir un produit pur. On fait une incision sur l'abdomen d'un chien au moins à jeun depuis vingt-quatre heures. On attire l'intestin par la plaie, et on en coupe environ 10 à 12 centimètres, eh ayant soin de laisser la partie coupée adhérer au mésentère et rester en communication avec les vaisseaux et les nerfs. On unit alors par une suture le bout stomacal et le bout inférieur de l'intestin, puis on les rentre dans Tabdodomen, de telle sorte que les fonctions digestives peuvent continuer a s'accomplir. On ferme par une de ses extrémité la partie d'intestin séparée, et on attache l'autre par une ligature au bord libre de la plaie abdominale de manière à faire ouvrir l'anse de Tintestin en dehors de la cavité abdominale. On réunit ensuite les lambeaux de l'incision par des points de suture. Quand l'animal résiste à l'opération, on obtieni après l'écoulement des premiers produits un suc intestinal complètement exempt de matières, étrangères. Généralement le suc intestinal ne s'écoule que sous l'influence d'excitants mécaniques, d'eau renfermant 1 pour 100 d'acide chlorhydrique, l'action d'un appareil d'induction. L'injection du suc gastrique ne produit aucun effet. L'excitation mécanique amène en une heure la sécrétion de 4 grammes de suc intestinal pour 50 centimètres carrés d'intestin. On a calculé que, de deux à trois heures après le repas, à cinq heures, il peut s'écouler 360 grammes de suc intes-

tinal. Le suc ainsi obtenu est clair, jaune verdàtre, très-alcalin et contient des carbonates; par rébullition ou l'addition d'un acide, il laisse précipiter de Talbumine. Son poids spécifique est constant : 1,0115. 11 contient 2,5 pour 100 de parties solides.

Eau. 975,85

Albuminnte. .* 8,0*2

Éléments organiques. ... 7,34

Sels inorganiques 8,79

Le suc intestinal, d'après Thiry, est sans action sur l'amidon, ne décompose pas les matières grasses et dissout l'albumine coagulée, la viande crue et la fibrine. Cette action n'est pas due à l'alcali qu'il contient, car si on le fait bouillir, il perd son pouvoir dissolvant, quoiqu'il ait conservé sa réaction alcaline. "Elle est produite par un ferment particulier que l'on parvient à isoler avec la cholestérine par une méthode semblable à celle que Brûcke a donnée pour la préparation de la pepsine.

Schiff ^ qui a repris ces expériences en se procurant le suc intestinal du duodénum et des premières portions de l'intestin grêle, conclut au contraire de ses recherches que le suc intestinal transforme Tamidon en sucre avec une grande rapidité, qu'il dissout l'albu* mine, la fibrine et la caséine, et qu'il émulsionne l'huile d'olive. Mais lorsque la membrane muqueuse de l'anse intestinale est rouge et enflammée, elle ne fournit que peu de liquide, et le produit de sécrétion qui est pro-

* Schiff il Morgagni, n* 9, et Jahre$bericht f. AnaL, S. 151; 186^

suc INTESTINAL i65

bablement du suc altéré ne transforme plus Tamidon en sucre et dissout très-difBcilement la caséine.

D'après LeubeS ce ferment particulier peut être obtenu en flocons ; il transforme facilement le sucre de canne en sucre de raisin, mais ne produit pas le changement du sucre de lait en acide lactique.

Le suc intestinal a donné à l'analyse (Lassaigne) :

Eau

Albumine

Chlorure de sodium..

— de potassium Phosphate de sodium.

Carbonate de sodium.

Schmidt et Zandes ont trouvé dans le suc intestinal d'un chien :

Matières solides 34,67

Albumine 9,55

Sels biliaires 16,57

Matières grasses 0,36

Extrattif 0,70

^ Potasse 5,72

Soude 0,15

Chlore. '2,11

Phosphates terreux 0,06

Thiry a donné les chiffres suivants :

Eau 975,85

Alburoinates 8,02

Éléments organiques. ... 7,34

Sels inorganiques 8,70

* Leubo, Ucber Verdaungs-Producie des Dûnndarmsaftea [Cen- Iralbl. der med, Wiss., 1868).

PRODUITS EXGRÉMENTITIELS

Les matières fécales renferment toutes les parties des aliments qui n'ont point été modifiées par la digestion, les substances digérées et non absorbées, les produits de sécrétion et d'excrétion fournis par les glandes.

L'examen microscopique^ y fait reconnaître :

Des flocons de mucus quelquefois réunis en filaments ;

Un grand nombre de fines granulations moléculaires douées du mouvement brownien, les unes grisâtres, azotées, solubles dansFacide acétique, les autres jaunâtres, réfractant la lumière à la manière des corps gras, et d'autres enfin souvent très-abondantes, qui sont irrégulières, plus grosses que les précédentes et dont la nature ne peut être déterminée (Robin) ;

Des gouttes graisseuses, et de petites aiguilles aciculaires de stéarine ;

Les matières colorantes de la bile que l'on peut déceler avec l'acide azotique, mais souvent modifiées et à 1 état de granules ; elles sont surtout très-nbondantes, quand les excréments ont une teinte foncée et presque noire (Robin);

Des faisceaux musculaires, des fibres élastiques, de tissu lamineux, et des membranes jaunes élastiques ;

Robin, Ijeçons sur les humeurs^ p. 812; 1867.

PRODUITS EXCRÉMENTiriELS. 161»

Toutes les variétés de cellules végétales provenant des aliments ;

Des cellules et des noyaux d'épithélium, des leucocytes, rares dans les excréments normaux; fréquents dans les selles diarrhéiques (Robin) ;

Un grand nombre d'animalcules qui se trouvent surtout dans le rectum et le gros intestin.

Chez l'homme, le poids des matières fécales en vingt-quatre heures varie de 150 à 200 grammes ; il est environ le dixième du poids général des aliments solides et liquides, le septième ou le huitième de celui des aliments solides considérés seuls; leur poids spécifique est moindre que celui de l'eau. Leur couleur change avec l'alimentation, elle devient plus foncée après une nourriture animale, plus pâle après une alimentation lactée, etc. Leur odeur particulière semble due à un composé volatil, provenant probablement de l'un des principes de la bile. On produit un corps d'une odeur semblable en chauffant des albuminates avec un alcali. Les fèces sont neutres, quelquefois alcalines, rarement acides dans l'état sain. Elles sont en partie solubles dans l'eau, l'alcool, et l'éther. Généralement l'acide azotique leur fait prendre des teintes qui indiquent la présence des matières colorantes de la bile. Traitées par l'eau, elles laissent un dépôt abondant dans lequel on trouve du phosphate de calcium et de magnésium, et du phosphate de magnésium.

Les matières fécales renferment deux substances particulières : l'excrétine et la stercorine, qui parais-

sent jouer un rôle important comme agent d'élimination.

Excréaae. — L'excrétine est un composé sulfuré trouvé par Marcet dans les excréments humains ; elle n*a pas été encore reconnue dans ceux des animaux, ni dans aucun tissu ou liquide de l'économie.

Pour l'obtenir, on épuise les fèces par l'alcool bouillant, lequel en refroidissant, laisse déposer un sédiment formé de savon de chaux et de magnésie et de phosphates terreux. On filtre et on ajoute une petite quantité d'un lait épais de chaux pure qui produit un précipité brun jaunâtre , et laisse un liquide limpide jaune paille. Le précipité est recueilli sur un filtre, séché au bain-marie et épuisé plusieurs fois par un mélange d'alcool et d'éther. On filtre et on abandonne la dissolution dans un endroit aussi froid que possible. L'excrétine cristalline en quatre à cinq jours au plus tard. On la purifie ensuite en la dissolvant dans l'alcool et en la traitant par le charbon animal. Elle forme des cristaux soyeux se rassemblant en masse ou en touffes aux parois du vase, envoyant des ramifications en tous sens. Vus au microscope, ces cristaux ont la forme de prismes aciculaires à quatre pans. L^cxcrétine est insoluble dans Teau chaude et froide, soluble dans Téther et dans l'alcool chaude Elle fond de 02 à 96'' ; par le refroidissement, parait acquérir une consistance résineuse. Elle n'est pas altérée par une solution bouillante de soude ou de potasse, ni par les acides sulfurique et chlorhydrique étendus. L'acide azotique, au contraire, l'attaque avec dégage-

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ment de vapeurs nitreuses. Elle correspond à la formule (T'H^'^SO* en équivalent. Son rôle est d^étre un des modes principaux d'élimination du soufre hors de l'économie.

SienMtac mm Séiwiiae. — Découverte dans le sang en 1835 par Boudet, décrite par lui sous le nom de séroline, la stercorine a reçu cette dénomination de Flint, qui la trouva en quantité considérable dans les fèces. D'après cet auteur, elle est un produit de transformation de la cholestérine qui, versée avec la bile à la partie supérieure de l'intestin grêle, se change en stercorine pendant son passage à travers l'intestin.

Le sérum du sang contient, selon Becquerel et Rodier, de 0,020 à 0,025 de stercorine, 0,060 comme maximum, et une quantité presque inappréciable comme minimum.

Boudet la prépare en évaporant le sérum du sang, il reprend le résidu avec de l'eau, évapore le liquide, puis épuise le résidu par l'alcool bouillant qui en refroidissant laisse déposer les cristaux.

Flint l'obtient en séchant le sang et en traitant le résidu par l'éther ; puis il reprend la solution évaporée par l'alcool et ajoute de la potasse caustique qu'il laisse plusieurs jours en contact avec la dissolution. Ce procédé donne toujours de la stercorine et pas de cholestérine. Quand la potasse ne reste qu'une heure ou deux en contact avec le liquide, il n'y a pas de stercorine, mais seulement de la cholestérine. Flint conclut de cette observation que la cholestérine existe seule primitivement dans le sang, et que la stercorine prend

naissance par Taction encore inconifue des réactifs.

On se procure beaucoup plus facilement la stercorinc à l'aide de matières fécales. On les évapore à sec, et, après les avoir pulvérisées et traitées par Téther pendant vingt-quatre heures, on décante, filtre et décolore le dissolvant par le charbon animal. L*éther est alors évaporé, et le résidu dissous dans l'alcool bouillant. Celui-ci est évaporé, et l'extrait traité pendant une heure ou deux par une solution de potasse caustique, à une température inférieure à celle de l'ébullition. Toutes les matières grasses saponifiables étant ainsi décomposées, on étend d^eau et on filtre. On traite le filtre sec par l'éther ; on évapore l'éther et on reprend par l'alcool bouillant qui est aussi évaporé. Le résidu consiste en stercorine pure.

La stercorine est une matière grasse non saponifiable ; elle est neutre, inodore, insoluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool chaud, et presque insoluble dans l'alcool froid. Les alcalis caustiques ne l'attaquent pas même après une ébullition prolongée. L'acide sulfuriquc y développe une couleur rouge semblable à celle qu'il produit avec la cholestérine. Suivant Lehmann, elle fond à Sô"" et distille à une haute température.

La quantité de stercorine fournie par la selle quotidienne normale d'un adulte en bonne santé est de 0,675. Comme les déjections ne contiennent pas de cholestérine, la stercorine doit représenter toute la choleBtérine excrétée dans les vingt-quatre heures. Flint fait remarquer que ce résultat est exact si on

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compare le chifFre obtenu avec la quantité de cholostérine produite en un jour.

Quantité de bile en 24 heures (Dalton). . i,0*.)75 Quantité de cholestérine à raison de 0,078

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