I V AYANT-PROPOS
lions, sans nous arrêter aux questions de science pure.
Autant que possible nous avons cité les analyses qui présentent le plus de garantie d'exactitude. Les formules ont été écrites avec les nouveaux poids atomiques.
Malgré retendue de nos recherches^ la discussion d'un grand nombre d'analyses et de vues théoriques, malgré nos études et nos expériences personnelles, nous sentons combien cet ouvrage est encore imparfait et laisse à désirer. Dans ce sentiment profond d'insuffisance, nous prions le lecteur de vouloir bien tenir compte des difficultés de la matière et de nos efforts pour les surmonter.
La chimie biologique est une science récente. Destinée à reconnaître la nature et la transformation des substances les plus compliquées, elle ne pouvait se développer qu*à la suite des progrès de la physique et de la chimie générale. Cependant, vers la fin du seizième siècle, van Helmont, Sylvius de le Boé, Henri Willis, et Técole des médecins chimiatrcs, rompant avec les anciennes théories, regardèrent les phénomènes de la vie, Texistence de la chaleur animale conune résultats directs d'actions chimiques. Antérieurement, Cardan, Scaliger, Césalpin avaient établi que certains métaux cliaufTés dans l'air augmentent de poids. De ces faits, Jean Rey tira la conclusion que l'air est un
corps pesant, capable de céder aux métaux des molécules pesantes, qui, par leur addition, augmentent nécessairement le poids primitif de ces métaux. Robert Mayow, en 1774, alla plus loin encore. Après une série d'expériences bien conduites , il admit dans Tair la présence d'un esprit nitro-aérien (spiritiLS nitro aeriiLs)j ayant la puissance d'alimenter le feu, et pensa judicieusement que ce même esprit devait pouvoir entretenir la respiration. Il reconnut que ce principe n'existe pas seul dans la composition de l'atmosphère. il découvrit l'existence d'un esprit doué de propriétés tout opposées, l'esprit du nitre (spiritus nitro acidtis), lequel, loin d'entretenir la vie et la flamme, n'est propre qu'à les éteindre.
Bernouilli confirma ces expériences , en constatant que les premières bulles de gaz dégagées lors de l'ébullition de l'eau, ont les propriétés de Tair atmosphérique, et que l'absence de cet air empêche les poissons de vivre dans l'eau bouillie.
Cependant ces doctrines, qui avaient eu d'habiles sectateurs, furent successivement abandonnées. Les chimiatres eurent le mérite de reconnaître quelques faits véritables, mais en voulant expliquer tous les phénomènes de la vie par les notions d'une science encore imparfaite,* ils n'aboutirent en définitive qu'à des essais infructueux. Leur tentative était préniaturée, et leurs théories sont tombées dans un juste oubli. Les écoles médicales qui succédèrent changèrent de méthode et se lancèrent dans des abstractions qui leur firent perdre la voie des découvertes fécondes.
INTRODIXTION. T»
La chimie proprement dite, réunie une preniiêre fois par Stahl en corps de doctrine, se constitua de plus en plus comme science positive. En 1 77 i, Pricstley découvrit un gaz propre à entretenir la combustion ; LaToisier démontra que ce gaz existe dans Pair, et le nomma oxygène. 11 établit la doctrine de la combustion et posa les fondements d'une vraie théorie de la chaleur animale ; ses doctrines furent conlirmées par les recherches calorimétriques de Despretz, de Dulong et de M. Regnault. Lavoisier introduisit la balance dans Tétudc des phénomènes chimiques ; il démontra rindestructibilité de la matière. Les forces qui
réagissent sur elle la modifient de toute manière sans
pouvoir jamais Tanéantir. Les actions chimiques n*a-
mènent que des transformations dans rarraiii^emcnt des atomes et des molécules, et les réactions se traduisent toujours en une égalité entre le poids des substances réagissantes et celui des produits dérivés.
Plus récemment, sous le nom de théorie mécanique de la chaleur, un nouveau principe s'est fait jour dans la science. Les découvertes de Me ver, les travaux de Joule, de Clausius, de Hirn et de la plupart des physiciens modernes ont prouvé que les forces ne peuvent se détruire; qu'elles se transforment les unes dans les autres sans jamais disparaître, et que la quantité d'énergie répandue dans l'univers demeure invariable sous des manifestations diverses.
Ces grands principes de Lavoisier et de Meyer sont aussi vrais chez les êtres vivants (ju'au sein du règne inorganique. La chimie biologique les prend pour guide
dans l'interprétation de phénomènes restés longtemps obscurs. Elle reçoit de la physique les résultats qui se rapportent à la conservation de la force. Elle demande à la physiologie et à la médecine clinique une aide efficace ; elle s'appuie sur les données que ces sciences lui fournissent, pour étendre son propre do-^ maine et aborder l'étude de la transfoFmation de la matière dans les organes vivants.