‹ Principes de chimie biologiqueChapitre 31 sur 94 · PLASMA DU SANG · texte numérisé non relu

PLASMA DU SANG

En faisant abstraction des gaz, le plasma représente la totalité du sang moins les globules.

Le sang abandonné à lui-même se coagule spontanément. Le sérum est le liquide qui surnage le caillot après la coagulation du sang. Le caillot est formé par la fibrine, les globules et le sérum interposé. Le plasma est donc égal au sérum plus la fibrine.

On obtient le plasma par diverses méthodes. On peut, comme Ta proposé J. Mûller, recevoir le sang d'une grenouille dans une dissolution contenant 1/2 pour 100 de sucre, et filtrer. Les globules restent sur le filtre et le plasma mêlé au sucre forme un liquide incolore et transparent, capable, après un certain temps, de se coaguler. On ne recueille ainsi qu'une quantité très-faible de plasma. Il est plus avantageux de se servir de sang de cheval. On le reçoit au sortir de la veine dans un vase cylindrique, étroit, rempli d'eau glacée et de sel marin et placé dans un mélange réfrigérant maintenu à 0®. Les globules se déposent rapidement au fond du vase: et avant que la fibrine ne soit coagulée, on décante la partie supérieure du liquide devenue incolore. On obtient un liquide visqueux, que Ton passe sur un filtre refroidi préalablement et maintenu à 0^. On recueille un liquide clair qui se trouble dès que la température s'élève. Abandonné à lui-même, le plasma

ainsi isolé se coagule, et la fibrine se réunit en flocons avec séparation de sérum.

nbriae. — La fibrine s'extrait du sang et des liquides de Téconomie qui jouissent de la propriété de se coaguler spontanément. Pendant sa coagulation, la fibrine affecte successiyement deux aspects différents. Elle prend d'abord l'apparence d'un corps gélatineux qui contient tout le plasma sous la forme d'une masse molle et élastique; puis, après un temps variable, elle se réunit en fibre, revient sur elle-même, forme un lacis serré qui emprisonne en se contractant les globules sanguins, tandis que le sérum s'échappe et nage à la surface du caillot. Apres un certain temps, la fibrine tend généralement à prendre cette forme fibreuse; quelquefois cependant, dans certains états pathologiques, elle conserve la forme gélatineuse, particulièrement lorsqu'il s'établit, dans les artères ou les veines, des caillots sans adhérence aux parois des vaisseaux.

Préparation de la fibrine. — La fibrine peut se retirer du caillot ou du sang lui-même.

Le premier procédé est fondé sur l'insolubilité de la fibrine dans l'eau. On malaxe le caillot sanguin sous un filet d'eau. Les globules du sang se détruisent ou s'échappent, et la fibrine reste sous forme de masses jaunâtres.

On peut également l'obtenir par le battage du sang à Taide d'une baguette de verre ou d'un petit balai d'osier. Elle s'attache à l'agitateur, et on la lave avec de l'eau jusqu'à ce qu'elle soit décolorée. On la

lave ensuite à l'alcool et à l'éther. D'après Heynsius, on obtient,, par ce dernier procédé, une proportion plus considérable de fibrine que par le lavage du caillot.

Quels que soient les moyens employés pour la purifier, la fibrine n*est jamais complètement exempte de matières minérales; ses cendres contiennent des traces de sulfates, de phosphates de calcium et de magnésium. Elle a donné en- moyenne à l'analyse :

Carbone 52,6

Hydrogène 7,0

Azote 17,4

Soufre 1,2

Oxygène 21,8

Caractères de la fibrine. — On ignore jusqu^à présent ce que peut être la fibrine dissoute, on ne connaît que les caractères de la fibrine coagulée. Nouvellement préparée et encore humide, elle forme des masses élastiques, blanc jaunâtre, insolubles dans l'eau, l'alcool et l'éther, solubles dans l'acide acétique et les alcalis qui la dissolvent plus facilement que les autres matières albuminoïdes coagulées. Elle se dissout en quelques heures dans une solution d'azotate de potassium chauffée à 30 ou 40°, aussi bien que dans celle de sulfate de sodium et de sel mariç. Ces dissolutions de fibrine ne se coagulent pas pai* l'action de la chaleur, mais se précipitent par l'addition d'acides minéraux ou d'acide acétique. Le précipité n'est plus de la fibrine, mais de la fibrine modifiée ou syntonine. La fibrine se gonfle sans se dissoudre dans

SiRG. 181

Feau contenant de 1 à 5 millièmes d'acide chlorhydrique, et reprend son volume primitif dès qu'on sature l'acide. Elle se dissout dans l'eau renfermant un dixième pour 100 d'acide chlorhydrique en laissant un léger résidu ; et la dissolution renferme de la syntonine. Les alcalis étendus la* dissolvent et lui font subir une transformation semblable.

Chauffée à 60*^, la fibrine se contracte et perd la propriété de décomposer l'eau oxygénée. Elle ressemble alors aux matières albuminoïdes coagulées ; comme ces dernières, elle devient insoluble dans les sels alcalins, peu soluble dans les acides à la température de 80"", mais se dissout facilement dans les dissolutions alcalines.

La fibrine décompose l'eau oxygénée, dégage son oxygène et ne change pas elle-même de composition. Elle semble n'agir que par son contact. Schœnbein chercha à interpréter ces résultats obtenus autrefois par Thenard. 11 admit qu'il existe deux modifications de l'oxygène, l'ozone @ et Tantozone Q, et que l'eau oxygénée est formée d'eau et d'antozohe. L'ozone bleuit la teinture de gaiac, l'antozone ni l'eau oxygénée ne la modifient. Mais si à l'eau oxygénée on ajoute de la fibrine , immédiatement la teinture de gaiac se colore, preuve, d'après Schœnbein, qu'une partie de l'antozone se transforme en ozone qui, agissant ensuite sur le reste de l'antozone de l'eau oxygénée, amène- sa décomposition en eau et en oxygène neutre.

La fibrine présente de grandes ressemblances avec

une substance que Brucke a obtenue par l'action des acides étendus sur les albuminates de potasse, aussi bien que par le lavage prolongé de ces albuminates avec de Teau, jusqu'à la disparition de toute réaction alcaline, et qu'il nomme pseudo-fibrine. Cette substance possède toutesr les propriétés de la fibrine ; elle en diffère parce qu'elle ne laisse pas de cendres après sa combustion, et qu'elle est presque sans action sur l'eau oxygénée.

État de la fibrine dans Vorganisme. — On a pensé pendant longtemps que la coagulation de la fibrine était une propriété particulière à cette substance. Mais cette opinion qui se présentait la première à l'esprit, ne peut rendre compte de certaines anomalies bien constatées aujourd'hui. Comment comprendre, par exemple, que le sang de la veine rénale, quoique ne renfermant aucune trace de fibrine et n'en fournissant pas par le battage, puisse cependant en donner lorsqu'on l'abandonne à lui-même pendant un certain temps ; que le sang de la veine splénique battu et défibriné recommence plus tard à se prendre en caillot ?

Ces faits contradictoires ne pouvaient s'expliquer. MM. Robin et Verdeil supposèrent qu'il existe dans le sang une matière -protéique fluide qui seule constitue la fibrine ; celle-ci ne serait donc ni à l'état de suspension moléculaire, ni tenue en dissolution par une substance quelconque*

Denis (de Commercy) reconnut que la fibrine se produit par le dédoublement d'une substance spéciale, préexistant dans le sang, et qu'il nomma plasmine. On

SAKG. 185

la prépare en recevant le sang d'une saignée dans une solatioD de sulfate de sodium qui empêche la coagulation de la fibrine ; puis on la précipite par Taddition de sel marin en poudre. Sur les 80 pour 1000 de matières albominoîdes contenues dans le sang, il y a 26 de plasffline. Cette substance est soluble dans quinze à vingt fois smi poids d'eau, mais après quelques minutes, elle se dédouble et forme, par coagulation spontanée, trois ou quatre parties d'un corps ayant les propriétés de la fibrine du sang. Cest la fibrine concrète. A la solution d'où s'est déposé ce premier produit, si on ajoute du sulfate de magnésium, on coagule 22 ou 23 parties d'une nouvelle substance, la fibrine soluble^ et il reste en dissolution 53 pour 1000 d'albumine soluble ou serine. Ainsi la coagulation de la fibrine est le signe même de sa formation. Elle ne préexiste pas dans le sang^ c'est la plasmine qui s'y trouve et y joue un Fôie normal. Parla, Denis expliqua facilement les différences que présente le sang dans les différents vaisseaux. Virchow et Schmidt admettent aussi que la fibrine n'est pas toute formée dans le sang, mais ils la considèrent conune le résultat de l'union de deux substances particulières qui préexistent et qu'ils nomment substance fibrino-plastique et fibrinogène. Ces matières restent sans se combiner dans le sang de l'animal vivant, par suite d'une action encore inconnue quant à son essence et qui parait tenir aux parois des vaisseaux. Mais lorsqu'elles sont soustraites à cette influence, les deux substances réagisseht Tune surTautre et produisent de la fibrine qui se sépare à l'état insoluble. La

fibrine n'est donc pas un produit simple, mais le résultat de Tunion de deux substances distinctes. Ces deux substances s'obtiennent par un procédé semblable, toutefois dans des conditions différentes.

SniNiUuice flfcriBo-piastiqne. — La substance fibrino-plastique se retire du plasma et du sérum. Elle se précipite tout entière en flocons ; quand on fait passer un courant d'acide carbonique dans le plasma étendu de 10 fois son volume d'eau glacée, et le liquide restant ne se coagule plus lorsqu'on l'abandonne à lui-même.

Pour l'extraire du sérum, on ajoute d'abord une petite (]uantité d'acide acétique, afin d'avoir une réaction à peine alcaline, on étend d'un grand excès d'eau, et on dirige un courant d'acide carbonique. On ne tarde pas à voir apparaître des flocons abondants que Ton recueille sur un filtre, et que l'on lave avec de Teau chargée d'acide carbonique.

La substance fibrino-plastique est insolubte dans Teau privée d'oxygène ; soluble dans l'eau aérée avec laquelle elle forme une solution trouble et d'où la précipite un courant d'acide carbonique. Elle a tous les caractères que Berzelius a reconnus autrefois à la globuline qu'il a retirée du cristallin. Elle en diffère seulement, d'.iprès Schmidt, parce que, dissoute dans l'eau aérée, elle ne précipite ni par l'cbullition, ni par l'addition d'alcool. De là le nom de paraglobuline sous lequel la substance fibrino-plastiquc a été aussi désignée.

Observation sur les matières décrites sous le nom de (jlobuline. — Le nom de globuline a été donné ù

Page 1