TISSU CARTILAGINEUX
Les cartilages se divisent en cartilages articulaires qui recouvrent les extrémités des os, et en cartilages membramformes qui protéprent les cavités dont ils consolident les parois. Ils sont trarisitoires quand ils ne s'observent que pendant la vie fœtale; petmanents, lorsqu'ils persistent pendant toute la vie. On distingue diverses variétés de cartilages : 1^ Les cartilages hyalins, formés d'une substance fondamentale homogène et vitreuse, paraissant clairs et transparents en couches minces, blanc bleuâtre en couches épaisses. Ils comprennent, chez le fœtus, toutes les parties du squelette qui sont représentées par du tissu cartilagineux, et chez l'adulte, les cartilages articulaires du nez, en partie ceux du larynx, les anneaux de la trachée et des bronches, les cartilages costaux, Tappendice xyphoïde, une portion des ligaments intervertébraux. 2° Les cartilages réticulés ou élastiques, qui possèdent une coloration jaune et une grande opacité, et renferment des fibres élastiques en proportion variable; ils forment Tépiglotte, les cartilages de Santorini et dé Wrisberg, la portion cartilagineuse de la trompe d'Eustachi, les cartilages de l'oreille, et en partie les cartilages arytbénoïdes et les ligaments jaunes, etc. 3° Les cartilages à substance fondamentale
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fibreuse, qui concourent à la formation des articulations; ils ont une teinte jaune, et Taspect de tissu conjonctif résistant, dans les cavités duquel seraient venues se placer des cellules cartilagineuses; ils renferment en plus des fibres élastiques ; ils s'observent dans les cartilages tarses, intercellulaires des tendons, les symphyses, les amphiarllioses, les ligaments vertébraux, etc.
Examiné au microscope, le tissu cartilagineux se présente sous l'aspect d'une substance fondamentale hyaline, transparente en couches minces, et de cellules contenant des noyaux avec des nucléoles accompagnés quelquefois des corpuscules de graisse. Les cellules sont enveloppées par une capsule transpa* rente. Quelques cartilages possèdent également des aisseaux.
La substance fonclamentale a pour propriété caractéristique de se transformer en chondrine par une ébullition prolongée. Les capsules subissent plus facilement encore une décomposition semblable; elles disparaissent les premières, lorsqu'on fait bouillir les cartilages avec de l'eau.
Les cellules traitées par l'eau se déforment et reviennent sur elles-mêmes. Par l'emploi de diverses substances, telles qu'une solution d'acide picrique, on les conserve inaltérées, et on voit apparaître nettement les noyaux. Les cellules ont une composition encore mal déterminée, et différente probablement de celle de la substance fondamentale. Lorsqu'on traite^
* Ranyier, note dans Frey, Histologie, p. 196.
un cartilage par une solution étendue d'iodure de potassium ioduré, on leur voit prendre une teinte bleu rougeâtre, visible surtout près des points d'ossification où la nutrition est très-active , ce qui semble indiquer la présence d'une matière amyloïde dans le contenu des cellules (protoplasma). Selon Schultze, les cellules se colorent en rouge, quand on les traite par le sucre etTacidesulfurique. Elles résistent beaucoup plus longtemps que la substance fondamentale à l'action de Teau bouillante, et ne paraissent pas se ranger parmi les substances chondrinogènes. Yirchow a pu isoler les cellules en faisant macérer les cartilages dans l'acide chlorbydrique.
Les cartilages, surtout les cartilages hyaliens, subissent pendant leur développement des transformations physiologiques qui peuvent atteindre la cellule ou la substance fondamentale. Ce sont : Vinfiltration graisseuse^ caractérisée par la présence de gouttelettes graisseuses dans le corps de la cellule ; la calcification^ qui consiste dans le dépôt de sels calcaires dans les cellules, les capsules, ou la masse fondamentale ellemême. Cette modification du cartilage diffère de russification et ne doit pas être confondue avec elle. Le ramollissement se produit sur le cartilage calcifié et sur le cartilage normal.
chondrine. — La chondrine ressemble à la gélatine par l'ensemble de ses caractères ; elle en diffère, parce que les acides et la plupart des sels métalliques la précipitent.
On obtient la chondrine en réduisant les cartilages
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costaux d*bomine ou de veau en morceaux très-minces, et en les faisant bouillir avec de l'eau pendant environ quarante-buit beures; la dissolution filtrée est ensuite évaporée en consistance gélatineuse, et le résidu est traité par Tétber bouillant en excès, pour lui enlever les matières grasses. On la prépare plus rapidement en faisant digérer les cartilages dans une marmite de hpin, cbauffée à 120°, en précipitant par l'acide acétique, et en épuisant le produit par l'alcool et l'étber.
Dessécbée, la chondrine se présente comme une masse diaphane, dure, cornée, qui se ramollit dans Teau et s'y prend en gelée. Elle est entièrement soluble, soit après une ébuUition très-prolongée, soit lorsqu'elle est maintenue quelque temps avec de l'eau ^ UO^, soit enfin par l'action des solutions alcalines.
Les acides sulfureux, pyropbosphorique, fluorby- ^que, carbonique, arsénique, acétique, tartrique, oxalique, citrique, succinique, forment avec la cbon- <lrine un précipité insoluble dans un excès ; les acides minéraux la précipitent, et la redissolvent quand on continue à ajouter de l'acide.
La plupart des sels métalliques de plomb, de fer, de cuivre, d'argent, l'alun, précipitent la cbondrine. (^6s caractères établissent une différence avec la géla- ^e; par contre, le sublimé, qui précipite la gélatine, ne trouble pas les solutions de chondrine.
^hultze prétend que la substance chondrinogène, ^itée longtemps par les acides étendus, surtout à ^ aide de la chaleur, fournit une substance qui pré-
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sente les caractères de la gélatine. Cette réaction est contestée : quand on enlève complètement l'acide par des lavages à l'ammoniaque étendue, on trouve encore la chondrine inaltérée.
Par ses produits de décomposition, la chondrine s'éloigne encore de la gélatine. Après une ébullition prolongée avec les acides aussi bien qu'avec les alcalis, elle ne donne pas de glycocoUe, mais de la leu-
cine ^
La chondrine dévie vers la gauche la lumière polarisée, le chiffre qui représente cette déviation n'est pas constant: De Bary constata que la plus petite quantité de soude, ajoutée pour rendre la substance claire, suffit pour modifier le pouvoir rotatoire.
Bœdeker et Fischer observèrent que la chondrine traitée par l'acide chlorhydrique donne naissance à une glucose particulière, et à d'autres produits de nature azotée. Pour isoler le sucre, on fait bouillir la dissolution avec de la litharge, on sépare par filtration le chlorure de plomb, et on ajoute au liquide de l'acétate basique de plomb et de l'ammoniaque ; on recueille le précipité, on le décompose par l'hydrogène sulfuré, et on obtient la matière sucrée par évaporation. Meissner vit une transformation semblable de la chondrine, se produire sous Tinfluence du suc gastrique. La simple comparaison des formules porta Bœdeker à faire la supposition, très-contestable, que
* Otto, Ueber dos Verhalten des Chondrine beim Koehen nut SchwefeUaure und BarytwMser [Annalen der Chenue^ B. cxux. S. 119. 1S09).
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les matières azotées qui accompagnent la formation du sucre se composent d'acide glycocholique et d'urée.
D'après de Bary*, le sucre fourni par les cartilages est un sucre particulier, la chondroglucose. Ce sucre dévie yers la gauche la lumière polarisée, ce qui le distingue de la glucose, et la déviation ne varie pas d'une manière sensible quand la température change. Il cristallise difficilement ; il éprouve avec peine la fermentation alcoolique. Cette fermentation n'est jamais complète, et laisse toujours une quantité de sucre inaltéré, déviant à gauche la. lumière polarisée d'une quantité précisément é^ale à la moitié de celle que le sucre produisait primitivement. La partie non fermentescible réduit parfaitement les sels de cuivre en solution alcaline. Le sucre -provenant de la chondrine forme avec la chaux une combinaison facilement soluble dans l'eau.
Ces réactions montrent une grande analogie entre ce sucre et le mélitose qui, comme lui, se divise en deux sucres particuliers, l'un fermentescible, l'autre qui ne l'est pas ; mais les expériences tentées jusqu'à présent ne permettent pas de conclure encore à l'identité de ces deux sucres d'origine si différente.
Cornée. — La cornée est formée par une substance solide, chondrinogène, et deux substances albuminoïdes.
On transforme facilement la cornée en chondrine. On la divise en petits fragments que l'on chauffe à
* De Bary, MedicinUc/i'Chemische Untersuchimgen, S. 71.
100^ avec un peu d'eau distillée. On obtient un liquide clair, opalescent, faiblement coloré en jaune, qui, d'après P. Bruns \ jouit de la plupart des caractères de la chondrine. Il dévie la lumière polarisée dans le même sens, et d'un même nombre de degrés. Bouilli avec de Tacide chlorhydrique concentré, il produit de la chondroglucose ; il donne avec l'acide acétique un précipité insoluble dans un excès, soluble par l'addition de sels alcalins ; avec l'acide chlorhydrique étendu, un précipité soluble dans un excès, ou par l'addition de carbonate de sodium ; avec une dissolution d'alun, un précipité insoluble dans un excès. Toutes ces réactions sont celles de la chondrine, sauf la dernière ; la chondrine, en effet, est soluble dans un excès d'alun.
Une des substances albuminoïdes contenues dans la cornée est formée par du protoplasma, lequel, d'après Kûhne, est identique avec la substance coagulable des muscles, lamyosinc. Pour l'obtenir. Bruns trempe la cornée pendant vingt-quatre heures dans une solution saturée de chlorure de sodium, lave avec la même solution, comprime le résidu, et le laisse pendant vingt-quatre heures en contact avec un peu d'eau distillée. Il obtient un liquide qui donne, par l'addition d'une grande quantité d'eau distillée, un précipité soluble dans les solutions faiblement concentrées de sel marin, lU pour 100, et, dans l'acide chlorhydrique étendu, 1 pour 1000. Dans ce dernier cas, la myosine
* Chemische Vntersuchungen ûber dw Homhaut des Auge* (Med.chem. Vntersuchungen, S. 260).
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se transforme en syntonine ; elle ne précipite plus par le carbonate de sodium, et est insoluble dans le sel marin.
L'autre substance albuminoide ne parait être qu'un albuminate alcalin qui se trouve à l'état de dissolution, et fait partie du liquide intercellulaire de la cornée. On l'extrait par simple macération dans l'eau.