CHEVAUX QUI S'EMPORTENT
Pour conserver la bouche fraîche, l'écuver doit alternativement se servir du filet et du mors, c'est-àdire ne pas permettre au cheval de prendre un point d'appui quelconque sur les rênes.
Certains chevaux s'emportent la tête haute, complètement hors de la main; d'autres s'encapuchonnent. Il faut toujours chercher à baisser la tête des premiers au moyen du mors. On se servira au contraire du filet pour obliger les seconds à la relever.
Si le cheval arrive à placer la tête si bas et a l'encolure tellement rouée que les branches du mors soient en contact avec le poitrail, plus vous tirerez sur les rênes du mors, moins vous agirez sur la bouche % et plus vous maintiendrez la position vicieuse de l'encolure et de la tête. La seule chose qu'il y ait à faire dans ce cas est de scier du filet.
Il y a un filet dit relei'ciir qui, par le jeu de ses pouhes, agit de bas en haut et non d'avant en arrière. On devra l'employer avec les chevaux qui s'encapuchonnent. J'en conseille aussi l'usage lorsque le cheval a la tête forte ou l'encolure courte, car l'animal cherche toujours à faire porter cette masse par le cavalier. Ce conseil ne s'adresse, bien entendu, qu'à ceux qui ne savent pas équihbrer leur cheval.
Etant en promenade avec mes élèves, je leur ai souvent posé la question suivante : S'il arrivait un
I . En tirant sur les branches du mors, on les rixe au poitrail et on fait remonter le mors dans la bouche, ce qui soulage les barres.
cheval emballé, soit devant, soit derrière vous, que feriez-vous ? J'ai souvent aussi posé la même question à des personnes habituées à monter à cheval depuis l'enfance. Bien rarement j'ai reçu une réponse satisfaisante, et pourtant ce casdoittoujours être prévu. 11 est à remarquer, en effet, que l'homme qui monte un cheval emballé court généralement moins de danger que les cavaliers qui peuvent se trouver sur son chemin. On voit très souvent l'animal emballé courir tête baissée sur un groupe de chevaux. Il faut, pour l'éviter, se jeter derrière le premier obstacle venu. Si c'est au bois, entrez dans un taillis, vous en serez quitte pour quelques égratignures. Si c'est sur une route, mettez-vous à l'abri d'un arbre; dans la rue, derrière un candélabre : bref, tout est bon pour éviter le choc qui peut être terrible. Surtout exécutez ce mouvement avec rapidité.
Si, au lieu de vous détourner, vous voulez venir en aide au cavalier dont le cheval est emporté, — ce qui est une entreprise louable, mais singulièrement difficile, — il faut fuir à toute vitesse, dans le même sens que lui, en essayant de se maintenir à quelques mètres devant son cheval.
Vous devez alors parler haut et chercher à inspirer de la confiance au cavalier. Puis, ralentissant très légèrement l'allure, vous essayez, dès que l'animal emporté passe près de vous, de le saisir par les rênes du mors, le plus près possible de la bouche et ensuite vous tâchez de l'arrêter petit à petit.