‹ Principes de dressage et d'équitationChapitre 66 sur 92 · TROT ESPAGNOL · texte numérisé non relu

TROT ESPAGNOL

pas à en abuser, et votre autorité serait perdue.

Si je dis que la correction ne doit jamais, dans ce cas, être très forte, c'est qu'en définitive le cheval, en prenant l'initiative d'un mouvement qu'on lui a appris, donne toujours une preuve de sa bonne volonté; néanmoins, je le répète, il ne faut jamais le tolérer. Chaque fois qu'il veut exécuter un mouvement de luimême, on doit le replacer dans la position qu'il occupait auparavant et l'y maintenir jusqu'à ce qu'il y reste sans chercher à en sortir.

J'ai vu souvent des chevaux, auxquels on avait appris le pas espagnol, s'en servir plus tard comme défense. A tout ce qu'on leur demandait, ils ripostaient en tendant les jambes sur place. Cela vient de ce qu'on leur a appris les airs artificiels trop tôt. Il faut avant d'en arriver là que le cheval ait une grande souplesse, et qu'il soit d'une obéissance impeccable dans toutes les allures naturelles.

Les jeunes écuyers veulent généralement aller trop vite. Cela les amuse de voir leur cheval tendre les jambes; et, dès qu'il le fait, même de sa propre initiative, ils le caressent, quittes plus tard à s'étonner quand, demandant autre chose, ils ne l'obtiennent point.

Il est très compréhensible que le cheval se serve du pas espagnol comme défense quand la progression du dressage a été défectueuse. On l'oblige, en effet, lorsqu'on lui enseigne ce mouvement, à supporter l'éperon tout en le maintenant en place. C'est là le grand danger dans tout le dressage; car si le cheval

a-ço TROISIÈME PARTIE.

n'a pas été habitué d'abord à se porter franchement en avant à l'attaque de l'éperon, il tend la jambe ou se renferme sur l'éperon. Avant d'arriver à enseigner au cheval à supporter l'éperon sans bouger, il faut donc qu'on soit toujours sûr de pouvoir le porter en avant par l'éperon quand on voudra.

Il arrive, du reste, très souvent que, pa?' mollesse, le cheval se sert comme défense d'un air auquel il est accoutumé. Jamais il ne se servira d'un air où il faut beaucoup d'énergie. Comme nous venons de le dire, il faut naturellement le replacer dans la position primitive et l'empêcher d'en sortira

I. Quand, au contraire, l'animal sait bien faire une chose qu'il exécute souvent et avec rapidité, s'il lui prend un jour la fantaisie de ne plus vouloir obéir, il faut être très énergique et le réduire à l'obéissance par tous les moyens possibles. Je recommande même de ne jamais céder, sans quoi l'animal comprendrait vite qu'il lui suffit de s'entêter pour devenir le maître et sortir vainqueur de la lutte. L'écuyer doit, néanmoins, toujours conserver son sang-froid et ne jamais se mettre en colère, ou du moins ne se laisser aller à ce sentiment que dans la mesure nécessaire pour lui donner l'énergie et lui faire oublier les dangers de la lutte.

C'est par des fautes de ce genre que le dressage du cheval, une fois terminé, se dénature et se perd très vite, s'il n'est pas toujours maintenu dans toute sa correction. La moindre faute, tolérée un jour, s'aggrave le lendemain, devient une habitude vicieuse et ne pourra être redressée plus tard qu'au prix des luttes les plus énergiques. Un cheval dressé n'est pas une machine qu'il suffit de remonter. C'est un être vivant qui cherche constamment à échapper aux aides de l'écuyer et qu'il faut incessamment maintenir dans la parfaite correction du travail.

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