CHAPITRE IV
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i. — origine de la navigation ifaritime
L'homme, par son corps, ses organes, son appareil respiratoire, est on être terrien, attaché à la partie solide de la terre. Ce serait pea cependant qu'un domaine réduit au quart de la surface du ^obe pour justifier le mot de géographie humaine. Si les terres seules ofErent à l'homme la possibilité d'imprimer sa trace, d'enraciner ses œuvres, les mers ont été, par une série de conquêtes où resplendit la lumière du génie humain, ouvertes à une circulation sans limites. Depuis l'invention de la voile jusqu'à celle de la boussole et du sextant, depuis les premières observations astronomiques jusqu'au calcul des tables de déclinaisons, on suit un enchaînement de découvertes associées à la navigation maritime. L'instinct du chasseur, l'expérience du montagnard s'acquièrent et se transmettent individuellement, tandis que dans le domaine des mers où, sur d'énormes distances, aucun point de repère ne frappe les sens, ce n'est que par la science que Thomme est parvenu à trouver des routes diminuant la part du danger.
La familiarité avec la mer n'a pourtant été longtemps que le privilège de groupes restreints. On ne peut parler d'une attraction générale que la mer ait exercée sur les populations humaines ; certaines côtes seulement se sont montrées attractives : celles par exemple où, chaque jour, le reflux de la marée laissait à découvert une provende facile de faune comestible (Terre de Feu), celles où l'homme trouvait un abri contre les exhalaisons malsaines des forêts marécageuses comme dans le Nord -Ouest de l'Europe, ou qu'une bordure d'Iles protège contre la houle du large (Skiorgard Scandinave), celles aussi que le rapprochement de bancs sous-marins rendait propices à la pèche (Tunisie orientale, mer du Nord), ou bien les parties resserrées 'fréquentées à époques fixés par des légions de poissons migra-
teun (Méditerranée). Toutes ces causes, et d'autres sans doute, ont puissamment contribué à mettre quelques fractions de rhumanité en contact quotidien avec cet élément qui, par lui-même, est plutôt objet de crainte. Car, si certaines populations ont été attirées par la mer» d'autres, comme les Perses, s'en sont systématiquement écartées et ont traduit leur aversion pour cet élément hostile dans leurs croyances.
De toutes les attractions, la plus puissante pour l'humanité primitive a probablement été celle exercée par la pèche. ActueUement encore, la pêche maritime nourrit des millions d'hommes, depuis le Japon jusqu'à la Norvège. Les ressources nourricières de la mer ont été l'amorce par laquelle le terrien qu'est l'homme a été attiré vers cet élément étranger auquel il s'est habitué, dont il est devenu l'hAte et pour ainsi dire le commensal.
Un autre point de vue s'est révélé dès que le commerce s'est développé. C'est l'avantage offert par les surfaces illimitées des mers pour le transport lointain et à frais réduits des produits du sol ou de l'industrie. Sans doute, la richesse ne peut se développer que sur terre, c'est parce qu'il y a des Babylone et des Egypte qu'il y a des Phénide ; mais c'est la mer qui apporte des métaux d'Hespérie et des Cassitérides jusqu'à ces lointaines sociétés orientales. Ses périls n'étaient rien à côté des obstacles que présentaient les voies de terre. Celles-ci ont eu beau acquérir avec le temps sécurité et régularité, on voit encore aujourd'hui les blés de Russie, les houilles an^aises, les bois du Nord, jusqu'aux vins d'Algérie, préférer les routes maritimes à cause de la modicité du fret. Une fois la marchandise confiée aux flancs du vaisseau, peu importe quelques centaines de kilomètres de plus ou de moins.