P. Denis, U Brésil au XX« siècle^ Paria, 1909> p
2. V. Dbhérain, Le Cap de Bonne-Espfranee au XVIII* slède, p, 235.
d'assiiniler ou d'éUminer les éléments étrangers qni y sont introduits. De ce dernier cas» un exemple frappant est fourni par ce qui est arrivé sur les plateaux tropicaux d'Amérique.
n est certain que le type caractéristique du Yankee, au long et maigre cou, à la chevelure plate et lisse, ofEre des traits étrangers à la métropole, peut-être en rapport avec des différences d'état hydrométrique. On ne voit pas cependant que nos races françaises de l'Ouest transplantées au Canada aient subi les mêmes transformations. Elles sont, après deux cents ans, restées fidèles à elles-mêmes.
Plus incontestables sont les effets de l'altitude. Au-dessus de 2.000 mètres, vivent en Âbyssinie et surtout en Amérique un certain nombre de populations plus' dvîUsées que leur entourage des terres chaudes et basses. La salubrité de ces hauteurs y est favorable à l'homme; les chirurgiens de l'expédition anglaise d'Âbyssinie ont constaté la cicatrisation rapide des blessures. Mais la diminution de la tension atmosphérique nuit à la combinaison de l'oxygène de l'air avec les lobules du sang, d'où l'impossibilité d'efforts musculaires on cérébraux prolongés. On a souvent noté chez les Aztèques l'absence de gafté et de mouvement, même chez les etifants, l'apathie et l'atonie des physionomies.
Certaines races se distinguent d'autres toutes voisines par une force de résistance à certaines maladies,. de véritables immunités pathologiques. Par l'effet de ces dispositions, il arrive que le classement des races se présente sous l'aspect d'une opposition tranchée, d'une incompatibilité entre régions contiguës. La malaria écarte le Chinois et l'Annamite des montagnes où vivent les Lolos, Mois et autres peuples montagnards. Le teraî est une séparation tranchée entre l'Hindou aryanisé de la plaine et les peuples mongoloïdes des pentes hymalayepnes. Les terres chaudes (Germsir) du golfe Persique n'abritent que des nègres et des métis à l'exclusion des Perses. Le Hova de Madagascar laisse aux Sakalaves le séjour des plaines, comme le Chibcha ou le Quitchua des plateaux andins a toujours évité l'humidité forestière de la montafla ; et comme l'Abyssin évite les terres tour à tour marécageuses et crevassées qui bordent sa citadelle naturelle.
Une adaptation rigoureusement exclusive continue à maintenir ces barrières, mais ces faits correspondent à un état encore peu avancé des relations générales. Les conditions normales dont on pourrait citer des exemples nombreux, sont celles de types humains vivant côte à côte, s'acconmiodant des mêmes milieux : Bédouins et Fellahs, Nomades et Ksouriens, Scandinaves et Lapons, Iraniens et Kirghiz, Poulbé et Mandingues, Bantous et Négrilles.
n faut observer toutefois que» lorsqu'on voit des groupes voisins rester à ce point distincts, c'est que le lien social e^t resté lâche et qu'il ne s'est point développé encore une force de civilisation capable de réunir et de fondre les contrastes. Dans ces cono^tions, les particularités de tempérament sur lesquelles se greffent les ^labitudes prennent le dessus. Il peut arriver même que des causes artificielles de séparation telles que l'Islam en a créées par rapport au Christianisme tendent à perpétuer les divisions. Â tout prendre cependant elles sont l'indice d'un état social relativement peu avancé, dans lequel le locaUsme n'est pas encore aux prises avec les forces économiques générales qui entraînent sans cesse un nombre croissant de contrées dans leur orbite.
Les contraste» ramassés sur un étroit espace» capables d'engendrer des incompatibilités d'habitats entre races voisines sont en somme des exceptions. Ne voyons-nous pas, par teintes graduelles, par additions de touches successives, les zones de climat passer de l'un à l'autre 7 Steppes, savanes, f orêts-dairiéres, marquent la transition entre la silve et le désert. Le domaine de l'olivier et celui des arbres à feuilles caduques s'enchevêtrent; entre celui-ci et les forêts de conifères du Nord, l'apparition de sols favorables ménage la transition. Cette gamme se retrouve dans les races humaines. Entre les races à caractères assez tranchés pour qu'elles conservent leur domaine presque exclusif comme le nègre et l'Aomo caucasicus^ les intermédiaires abondent ; et ce n'est pas seulement entre jaunes et blancs qu'on peut noter, avec le D** Hamy, « l'extrême diflSculté d'une délimitation scientifique ».
L'Afrique du Nord est le champ où ne cessent de se croiser Sémites, Berbères et Nègres soudaniens. Conmie dans les anciennes peintures des temps pharaoniques, le clair, lé basané, le rougefttre, jusqu'au noir voisinent dans l'intervalle qui sépare la Méditerranée du Soudan. On passe, presque insensiblement, des types égyptiens à ceux de Nubie ; et ceux-ci forment le pontv^s les Bedjas de l'Afrique orientale ou vers les Nègres dû Haut-Nfl. L'esclavage, la guerre, l'Idam ont donné Ueu à des métissages dont Nachtigal note le^ degrés entre Arabes et gens du Bomou. Le sang nègre coule dans les veines des Dynastes marocains. Les Touareg n'ont pas entièrement résisté à son infiltration. Entre le Sénégal et le Maroc, les peuples qu'on appelle Maures, Berbères croisés de sang nègre, offrent une singulière ressemblance avec les Ethiopiens orientaux ; si bien qu'il semble c qu'aux deux extrémités de l'Afrique, les mêmes causes ont produit les mêmes effets et que, du mélange des deux races chamitiques, Nubiens ou Égyptiens, Berbères proprement dits, avec une certaine proportion de sang nègre, sont résultés des groupes mixtes très analogues, dont nous
trouvons l'expression la plos complète en Abyssinie d'une part, dans le Nord du Sénégal de l'autre ^ n.
Quelque chose de semblable se présente dans ce groupe de 50 millions de Dravidiens qui. dans l'Inde, s'interpose entré les races nègres qui semblent avoir été au Sud les premiers occupants, et les blapcs ultèriemement venus par le Nord-Ouest. Leur tjrpe, suivant de bons observateurs, « par certains caractères rappelle le nègre et par d'autres le Uanc » *• On note < une gradation régulière entre Dravidiens civilisés de la^laine et sauvages Négroïdes de la montagne i. Quelle que soit la part du mélange, il y a là une vàitable race reconnaissable à quelques traits essentiels c remarquablement uniformes et distincts » '. Cette race est chez eUe dans l'Inde ; elle s'y est formée et cimentée, et. mieux assouplie qu'aucune autre aux conditions du climat, c'est die qui fournit les émigrants à la Birmanie, les travailleurs des plantations de thé de l'Assam.
Entre les races mongoles et le groupe puissant des Mélanésiens, si mélangé lui-même, une race, grande par sa diffiision« multiple par ses variétés, s'interpose également, celle des Malais. De Sumatra aux Philippines, sans parier de ses colonies lointaines, c'est par excellence celle des archipels et des côtes, adonnée surtout à la pèche, à la piraterie et au commerce maritime. Un type malais, reconnaissable et distinct, s'est constitué à l'aide d'éléments divers qu'il absorbe ; on voit en général, sous l'influence du voisinage mélanésien, la peau se foncer davantage de l'Ouest vers l'Est. Une autre transition s'observe du Sud au Nord : aux Philippines et déjà même à Câèbes, on remarque des individus qu'on pourrait prendre pour des Japonais.
Coadusioii. — Les origines des principales diversités de races nous échappent ; elles se perdent dans un passé trop lointain. Mais, malgré la réserve que l'imperfection des observations nous impose, bien des faits nous avertissent que la matière humaine conserve sa plasticité et que, incessamment pétrie par les influences du milieu, elle est capable de se prêter à des combinaisons et à des formes uQuvelles. Le travail de formation des races est toujours à l'oeuvre. La sève des combinaisons ethniques n'est pas tarie. Dans le creuset de la nature, des forces multiples travaillent ; et, de ces énei^gies, nul ne reçoit plus vivement
1. GoLueifoN et DBNnon, Ln Majores du Sénégal, L'Anthixtpohgie, VU, 1896,
p. ase.
a. L. Lapiqux, Cmnptes renduM du »éanees de la Société dt Biologie, t. LDC, p. 231 <1906).
a. Centuê of India^ 1901, p. 500 iq.
le contre-coup que l'être intelligent qui sait les employer à ses fins, en utiliser les suggestions, y modeler ses habitudes et ses genres de vie. Ce n'est pas seulement par ses intempéries, mais par sa tonalité générale qu'agit le climat ; et le climat n'est pas le seul facteur : le sol, le reUef, les formes qui engendrent les surfaces et les contacts de terres et d'eau, voilà l'ensemble qui agit sur les hommes. ^
Les peuples s'adaptent, ou pour mieux dire s^assouplissent à leurs habitats successifs. Sur ces mélanges qui forment trait d'union entre des races éloignées et diverses, l'influence du milieu garde le dernier mot. Â la suite des sélections qu'elle opère, un résidu subsiste, qui se montre capable de résistance et de durée.
L'Asie centrale, autant qu'elle se lévèle aux recherches, est, avec ses Uzbeks, ses Tadgiks, ses Dunganes, un champ de mélange entre races. L'extrême Nord du vieux continent, comme le constate Nordenskiold, a subi le contre-coup de ces^ mélanges. En Europe comme en Asie, la zone entrecoupée de clairières et de forêts, qui s'étend entre 50<> et 55^^ de latitude voit se succéder Mongols, Turcs, Finnois et Slaves. Les Mongols buriates, les Morves et Tchérénûsses finnois delà Haute-Volga subissent une russification continue. Ce phénomène n'est pas différent de celui que l'histoire nous fait pressentir vers l'Ouest au contact des Germains et des Slaves. Toutes ces transformations ethniques se poursuivent le long d'une zone offrant les mêmes conditions à la vie agricole.
Quand, par faveur rare, les lueurs de l'histoire permettent de plonger un peu plus loin dans le passé, comme dans le monde méditerranéen, que discernons-nous ? Les témoignages d'arrivtes successives du centre ou du Nord de l'Europe. Sous les noms de Gètes, Thraces, Bithyniens, etc», des peuples descendent ainsi des Carpathes au Bosphore et de là en Asie Mineure. Le xi^ siècle avant notre ère vit l'ébranlement répercuté du Nord au Sud, d'un jK>ut à l'autre de la Qrèce, par les invasions doriennes ; « en Italie, nous dit Pline l'Ancien, les Étrusquçs poussèrent les Ombriens, avant d'être eux-mêmes poussés par les Gaulois ». Ceux-ci apparaissent au lu® siècle sur les bords du golfe du Lion, puis en Espagne. De tout cela, la nature, par voie combinée d'éliminations et d'adaptations, a fait un ensemble qui subsiste, incorporé au milieu. Les nouveaux arrivants ont plus ou moins payé leur tribut aux étés dévorants, aux longues sécheresses, aux exhalaisons malsaines et aux fermentations putrides ; mais il s'est formé de ces éléments différents et successifs un composé ethnique, qui, sans avoir le caractère de races homogènes, présente des traits communs.