LA DIFFUSION DES INVENTIONS
immémorial mais resté vivant et perfectible. Ce qui apparatt distinctement, c'est une suite d'applications diverses portant sur un type détetminé, une activité coordonnée de progrès qui ne parait guère dam le matériel plus uniforme et plus figé de la plupart des sociétés tropicales.
Les transports par anlmau ie trait. — Le moment où le transport par animaux se substitue au transport par hommes, est décisif dans révolution des sociétés.' *
La charrue, le charriot supposent l'emploi de la force animale, n n*y a aucune raison de croire, — tout au contraire, — que l'appropriation de certains animaux à nos besoins de culture et.de transport ait été l'œuvre d'une seule et même contrée particulière. Tout indique que la domestication de ces. animaux herbivores dociles et sociables sur lesquels est fondée l'économie rurale ou pastorale, s'est opérée en des points assez différents. On devine toutefois que certaines contrées ont été particulièrement propices. Où pouvait mieux se nouer cette familiarité, aidée de curiosité réciproque, qui a rapproché de l'homme les hordes dans lesquelles il a choisi ses auxiliaires, qu'au seuil même des steppes, là où, par les cultures d'irrigation, l'homme avait réussi à concentrer des ressources, à crééi 'autour de lui l'abondance ? L'Egypte, la Chaldée, les jardins ou paradis de l'Asie occidentale jouèrent pour les animaux le même rôle que pour les plantes. L'homme sut y composer un monde vivant à son usage. L'acdimatation de plantes utiles y fut systématiquement poursuivie depuis une haute antiquité : « J'ai fait, dit l'Ecclésiaste, des jardins et des dos où j'ai mis toutes sortes d'arbres. » Là furent, pour cette raison, les rendez-vous d'animaux divers, les points d'attraction qui groupèrent animaux et plantes. Nos regards sont ainsi ramenés sur ces parties de la terre, fertiles, mais encadrées de sécheresses, qui eurent le privilège, ainsi que nous avons dit, de réaliser pour la première fois le phénomène de densité du peuplement humain. Ce n'est guère ailleurs que put se combiner ce fécond ménage, dont l'absence, en certaines parties de la terre, a pesé lourdement sur la civilisation.
Cette région comprend tout l'espace qui s'étend entre le Soudan et l'Asie centrale, de la Nubie à la Mongolie, de l'Iran et de l'Inde septentrionale à l'Asie Mineure. Ainsi les antiques sociétés qui fleurissent en Egypte et dans l'Asie occidentale durent à leur situation le grand avantage de pouvoir concentrer à leur profit les produits de deux faunes différentes. Du Nord leur vinrent le cheval et le chameau ; l'âne au contraire se répandit par le Sud.
OBNBBS DB yiB BT DOBCAINBS DB OXVIUSATION
n se forme, à la longue, des domaines de civilisation absorbant les milieux locaux, des milieux de civilisation imposant une tenue générale cpii slmprime dans beaucoup d*usagesdela vie. L'Islam, l'Hindouisme, la Chine représentent des types de civiUsation supérieure dont l'imitation s'étend bien au delà des limites de» régions naturelles. L'Européen joue le même rôle, le Yankee tend à le prendre en Amérique. Comme l'extérieur est toujours ce qui est le plus facile à saisir, ce n'est qu'en emprunts superficiels que consistent ces imitations. Les chefs des peuplades Gonds, Bhils et autres sauvages de rinde centrale, adoptent, pour s'imposer à leurs congénères, le costume et l'extérieur des Radjpoutes ; au Soudan, à côté de peuplades bien sommairement vêtues, des personnages drapés dans de longues bandes de coton cousues ensemble, chaussés de babouches en cuir jaune ou rouge, se distinguent comme affiliés à l'Islam, comme participant à des avantages d'une civilisation supérieure.
L'appât de jouissances nouvelles, l'illusion de se renouveler soimême en participant, ne fût-ce que par des signes extérieurs, à un état social plus élevé, exerce sur les groupes, comme sur les individus un infaillible effet d'attraction. C'est un phénomène semblable- à celui qui entraine l'exode vers les villes. Il y a souvent maladresse et gaucherie dans ces efforts pour s'assimiler à des voisins plus civi- Usés, pour s'approprier le fruit d'œuvres d'autrui créées en dehors de sa sphère propre. N'importe : une forme dé civilisation capable de rayonner autour d'elle devient une source de forces qui agissent par elles-mêmes, indépendamment des conditions immédiates de milieu. Mais pour cela une condition essentielle est la connaissance réciproque qu'engendre la facilité des rapports, la fréquence des communications, l'absence d'isolement. C'est parce que, comme on l'a vu, ces rapports