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VUE D'ENSEMBLE 3t
qu'il se soit borné à allumer des foyers fugitifs, comme ceux qui noircissent pour quelques jours le sol, là où a stationné un campement de nomades. L'idée de ménager des espaces découverts est née, comme la domestication du chien, d'un besoin de sécurité et de vigilance, qui semble avoir présidé dés les premiers temps aux moindres établissements humains. A défaut d'instruments capables de venir à bout des arbres, le feii offrait le moyen d'extirper la végétation parasite, de dégager le sol environnant, d'écarter les possibilités d'embuscades et de surprises.
L'humidité du cUmat ne protège la forêt que lorsqu'elle n'est pas interrompue périodiquement par le retour de longs mois de sécheresse. Les incendies de brousse qui avaient frappé le navigateur Hannon le long des côtes du Sénégal, se pratiquent encore en grand jusque dans les parties les plus intérieures de l'Afrique. La cendre de certaines plantes fournit le sel, condiment essentiel de nourriture ; l'herbe croît plus fine et plus savoureuse, plus recherchée par les antilopes, à la suite des incendies qui ont amendé le sol. Et si le chasseur tire parti de ces avantages, il n'est pas dit qu'ils aient passé inaperçus pour ceux de ses compagnons ou de ses compagnes qui pratiquaient déjà la cueillette de certaines graines alimentaires. L'usage de semer des grains sur brûlis, pour en tirer successivement deux ou trois récoltes, est une des formes les plus universellement répandues de culture primitive. Elle s'associe naturellement à la vie de chasse ; comme on le voit encore chez les tribus Gonds, Bhils ou autres, qui hantent les plateaux herbeux de l'Inde centrale.
Beaucoup de parties de la terre ont échappé sans doute à toute modification sensible pendant ces périodes, puisqu'il en reste encore aujourd'hui que l'action de l'homme n'a pas atteintes. Mais il n'en fut pas de même partout. Le paysage naturel fut entamé à l'endroit le plus sensible. La réduction de l'étendue forestière au Nord et au Sud de la zone équatoriale est un fait qui frappe les observateurs spéciaux. L'existence de nombreux représentants du sous-bois dans des espaces aujourd'hui découverts, la transformation de lianes qui, d'aériennes, sont devenues quasi souterraines pour s'adapter à de nouvelles conditions d'existence, semblent indiquer qu'une partie du domaine immense occupé par la savane a été taillé aux dépens de la forêt. Si l'on voit celle-ci, dès qu'on s'éloigne de quelques degrés de l'équateur, se réfugier, pourchassée des plateaux et des croupes, dans les ravins et vallées, le climat seul n'est pas responsable de cette élimination. Beaucoup de vestiges de l'âge de pierre, par exemple dans le Fouta-Djalon et le Soudan occidental, nous avertissent qu'il
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faut beaucoup tenir compte de rhomme. C'est dans ces r^bns que s'est dâroulé le premier acte de cette lutte aveuglément sans merci que rhomme a engagée et qu'il poursuit encore contre l'ariure.
Son action s'exerçait à cet égard, de complicité avec la puissante faune d'herbivores que l'époque miocène aVait répandue dans le monde. Réunies par bandes énormes, telles que les ont décrites avec stupéfaction certains observateurs, dans l'ÂMque centrale^ les asti- Ippes sont, à certains moments de l'année, une armée dévonmte;» dont les jarrets nerveux étendent au loin les ravages* D'immenses quantités de nourriture herbacée ont dû alimenter les besoins de ces troupeaux d'hémiones, onagres, chevaux, éléphants sauvages, ainsi que de ces bisons qui, avant 1870, s'étaient multipliés par plusieurs dizaines de millions dans les Prairies des États-Unis. Llierlïe renatt à la pluie suivante, mais les jeunes pousses d'arbres sont détruites. Dans la concurrence toujours allumée entre l'herbe et l'aibre^ l'action de ces armées d'herbivores, dont nous ne voyons plus aujourd'hui que des effectifs réduits, pesa certainement d'un grand poids. L'homme, plus tard, eut à les combattre pour défendre contre eux ses cultures ; mais à l'origine il avait trouvé en elles des auxiliaires pour l'aider à se faire place nette.