CHAPITRE II
FO&MATZOM DB DBNSITtt I. — GROUPES ET SURFACES DE GROUPEBŒNTS
Depuis l'époque lointaine où l'espèce humaine se répandit sur les continents, elle a peu gagné en diffusion. Les progrès accomplis sous ce rapport dans la période qui nous est connue se réduisent à peu de choses. : quelques tles au centre de l'Atlantique et surtout dans l'océan Indien et les mers australes. Que les Mascareignes, à 150 lieues seulement de Madagascar, fussent restées un asile où vivait en paix, avant l'arrivée récente de l'homme et du chien, le dronte (Dudo ineptus), cela ne laisse pas de surprendre. Le flot humain a fini par atteindre ces rogatons terrestres ; mais à ces maigres annexions se borne à peu près le V bilan des conquêtes récentes de Vœcoumène. En revanche, la population a gagné prodigieusement, quoique inégalement, en densité. Elle s'est moins accrue en étendue qu'elle ne s'est localisée en profondeur.
n faut s'unir pour collaborer, en vertu des nécessités primordiales de la division du travail ; et d'autre part des difficultés s'opposent à la coexistence de forces nombreuses réunies. Tel fut le dilemme qui s'est posé aux sociétés les plus rudimentaires, aussi bien qu'il se pose aux civilisations les plus avancées. Il n'y a pas d'hiatus entre les deux, mais seulement des différences de degrés. Quelle que soit l'importance des groupes dont il fait partie, l'honmie n'agit et ne vaut géographiquement que par groupes. C'est par groupes qu'il agit à la surface de la terre ; et même dans les contrées où la population semble former un ensemble des plus cohérents, elle se résoudrait, si l'on regardait de près, en une multitude de groupes ou de cellules vivant, conmie celles du corps, d'une vie commune.
Groupes moléeulaires. — Ces groupes sont en dépendance manifeste de la nature des contrées. Comme les plantes se rabougrissent
VzbAi/-LABLACRB, G6ogniphle humaine. 3
à défaut de chaleur ou d*humidité, ainsi se racornissent en pareilles conditions les groupes humains. Une douzaine de huttes, chez les. Eskimaux, passe pour une grande agglomération ; et au delà de 75<^ de latitude, le maximum est de deux ou trois. Un rassemblement de 14 yourtes est un village qui fait figure dans la province d'Anadyr \ La sécheresse au Sahara, dans le Kalahari, en . Australie, produit le même effet que le climat polaire. Foureau note chez les Touareg « le fractionnement infini par petits groupes des habitants » \ Dans TAIr, les groupes se réduisent à 3 ou 4 tentes '. Les krals des Hottentots réunissent parfois plus de 100 individus ; on en compte à peine une douzaine dans les campements de Bochimans ou d'Australiens.
Ailleurs, dans la sibe équatoriale africaine, dans la moniana ou les bosques du versant oriental des Andes, l'importance des établissements humains est en proportion inverse de la luxuriance végétale. Ce qu'on rencontre au Congo, entre l'équateur et le 6® degré de latitude Nord ou Sud, ce sont des villages d'une trentaine de cases ; on nous parle de vUlagés n'en ayant que 8 ou 10^. Ces chiffres ne seraient sans doute guère dépassés dans l'intérieur de Bornéo ou de Sumatra. Mais la différence entre les contrées dont le climat pèche par exubérance et celles où il pèche par anémie, se montre dans la rapidité avec laquelle les groupes grossissent dès que cesse l'oppression de la forêt ; une recrudescence subite dans le nombre et l'importance des villages se produit sur la lisière de la silve *. Tandis que la forêt elle-même accroît sa population au voisinage de la savane, celle-ci se couvre de villages dont les habitants se chiffrent par centaines, atteignent parfois le millier*.
Groupes nomadisants. — Ces groupes, à quelque genre de vie qu'ils appartiennent, sont en rapport déterminé avec une certaine portion d'espace. Ni la raison ni l'expérience n'admettent de peuple sans racines, c'est-à-dire sans un domaine où s'exerce* son activité, qui assure et maintient son existence. Pas de groupe, même au plus bas
1. A. SiLMTTZKT, La pnvùue éTAhadgr (SibérU orientale) et ton adminiairaiion (Reu. $e., 4« sér., XI, 1 et 8 avril 1899, p. 391-402, 426-433).
2. F. FouBBAU, DoeuBteniM êdentifiqueM ée la Mission saharienne (Mission Poureau-Lamg), t. II, Paris, 1905, p. 840.
3. Missions au Sabarat par E.-F. Gautier et R. Ghxtdbaxj, t. II, Sahara soudanais par R. Chudbau, Paris, 1909, p. 64 et suiv.
4. D* Heur, Mission Ciaxel dans le Nord du Congo français (1894-1895) (Annaks de Géographie, V, 1895-1896, p. 316).
5. Gap« d'Ollonb, Mission Hosiains^OUone, 1898-1900. De la Côte d^ Ivoire au Soudan et à la Guinée, Paris, 1901, p. 305. L'auteur note « la densité étonnante des populations de la forêt près de la lisière ».