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J. Bertrand, Le Congo Belge, BmzeUes, 1909, p

d^gré de l'échelle soeialey qui n'ait et ne revendique ftprement son territoire. On dit que les plus humbles peuplades australiennes avaient l'habitude de déterminer par des pierres ou certaines marques connues les espaces dont la contenance pouvait pourvoir à leurs besoins de chasse, de cueillette, de provisions d'eau et de bois. L'étendue sup-^ pléant à l'insnfHsance, ce sont en général les groupes les plus indigents qui réclament le plus d'espace.

Mais une très faible densité de population n'exclut nullement un certain degré de richesse et de puissance. Les tribus pastorales de l'Asie et du Sahara ont leurs p&turages attitrés qu'èDes fréquentent successivement dans leurs parcours périodiques. Ces pâturages ont leur nom ; ce sont, à la différence des vagues étendues de Ned, des contrées pourvues d'un état dvil. D est possible que des mois se passent sans que ces domaines soient visités par leurs possesseurs; il faut que l'herbe ait eu le temps dé poussa: en Tabs^ce de l'homme. Ces surfaces que ses pieds foulent si rarement n'en sont pas moins un domaine^ une dépendance du groupe. Quelques-uns de ces groupes, surtout au cœur des déserts, ne sont que d'humbles et insignifiantes collectivités. Mais tel n'est pas toujours le cas. Certaines tribus du Sahara oriental ont des ramifications depuis l'Egypte jusqu'au centre de l'Afrique. Les Larba, dans leurs migrations périodiques entre le Mzab et les marchés de Boghar et de Teniet-el-Had \ embrassent un parcours d'environ 500 km. C'est aussi une longue étape que celle qui mène les 6.500 Kirghiz des vallées du Ferghana vers les hauts plateaux de r Alal. De tels exodes supposent un certain degré d'organisation territoriale. Le sort de cette richesse ambulante qui se chiffre par des centaines de mille moutons ou chèvres, sans compter ftnes, chevaux et chameaux, ne saurait être livré au hasard. Il implique des dispositions relatives aux passages, aux ravitaillements en eau, aux étapes, tout ce qu'exige la jouissance régulière d'un vaste domaine pastoral. Le cercle ne peut être détenniné avec une entière rigueur ; une certaine marge est nécessaire, car il faut compter avec les caprices des saisons, suppléer au besoin à l'absence de végétation aux endroits prévus. Paissant tour à tour les herbes des dagas ou redirs, celles qu'humecte le lit des oued, les touffes aromatiques des steppes, les générations aussi vite épuisées que parues des plantes annuelles, se rabattant au besoin sur les jachères des champs limitrophes, ces troupes dévorantes ont besoin de larges disponibilités d'espace. Rare-

1. Aooutmf Bbbnaho et N. Lagroiz, L'éroixttion da nonrndisme en Aifférie^ Alger et Park, 1906, p. 89 ; voir «mi p. 68.

36 LA RÉPARTITION DES HOBCBiES SUR LE GLOBE

ment même elles peuvent réunir tous leurs membres ; il faut se séparer pour vivre ; Abraham et Lotit vont pattre leurs troupeaux vers les points opposés de l'horizon. Ce n'est qu'en des occasions solennelles, joyeusement accueillies, que la tribu peut se donner à elle-même le spectacle de sa magnificence et déployer, comme Israël devant Balaam, toute la multitude de ses tentes. Ainsi est exclue du domaine où prévaut la vie pastorale toute oècupation intensive du sol ; ou du moins la part qui est faite à celle-ci ne peut s'accroître sans grave dommage pour le pasteur K

Rapports des groupes entre eux. — La silve tropicale, la savane herbeuse, la steppe pastorale se traduisent, sous le rapport de la densité d'habitants, par des groupes dissemblables, disposant d'une part très inégale d'espace. Toutefois, comme ib font partie d'un ensemble terrestre qu'anime en son entier la présence de l'homme, des réactions s'échangent entre eux. Par l'effet des transactions qui s'établissent ou des mouvements qui se répercutent entre les populations humaines, des renflements de densité tendent à se former sur les lignes où des genres de vie différente entrent en contact. Nous avons signalé plus haut l'accroissement qui correspond, en Afrique, à la zone de contiguïté entre la silve et la savane. On peut observer le même phénomène sur la maige indécise qui s'interpose, dans l'ancien continent, entre le domaine de la vie pastorale et le domaine agricole : aussi bien sur les confins sahariens du Tell et du Soudan que sur les lisières des steppes de l'Asie occidentale. Des marchés, parfois des villes ^ surgissent sur ces points de rencontre, ou plutôt de soudure, car c'est un lien de solidarité qui unit ces diverses familles de groupes. Si l'on se demande, en effet, comment ont pu se former et durer ces grandes organisations pastorales qui gravitent depuis le Sahara jusqu'en Mongolie, on constate que leur existence est en rapport avec les marchés agricoles qui leur permettent d'échanger leurs produits. L'éparpillement d'un côté et la concentration de l'autre apparaissent comme deux faits connexes.

L'exploitation pastorale, qui, de nos jours, a pris possession de grandes surfaces en Australie et en Amérique, confirme, en les systématisant, ces rapports. Dans les contrées vouées à la vie pastorale,

1. J'ai Indiqué ailleurs comment l'extension des domaines de la vie pastorale n'est pas nécessairement conditionnée par des causes physiques, mais peut être aussi bien le résultat d'empiétement. (Les genres de oie dans la géographie humaine, dans Annales de Géographie, XX, 1911, p. 298.)

2. Noter, par exemple, le récent développement de Merv, avec ses deux marchés hebdomadaires. (Karl Futtbrer, Dureh Asien, /, Geographisehe Charakter-BUder, Berlin, 1901, p. 6.)

tdles qae le Grand-Bassin de TAinériqne du Nord, le Sud des Pampas de l'Argentine^ la partie occidentale de la Nouvelle-Galles du Sud, les contrastes atteignent leur maximum entre l'exiguïté de main-d'œuvre humaine et l'abondance de capital pastoral. La disproportion est infiniment plus forte que dans l'anden monde entre le nombre du bétail et celui des hommes. On peut estimer à 5 ou 6 moutons par homme le chiffre que possèdent les puissantes tribus pastorales dont nous avons parlé. Au contraire» en Australie, on cite des troupeaux de 50.000 à 80.000 moutons qui n'exigent qu'un personnel de 15 à 20 personnes. Dans la République Argentine, des estancias détiennent à elles seules des troupeaux de 160.000 moutons. Autre exemple : l'État de Wyoming, aux États-Unis, possédait, en 1900, plus de 5 millions de moutons et n'a pas 150.000 habitants ^. C'est donc sur de grands espaces la réduction au minimum de l'élément humain ; mais cela, précisément parce qu'il existe ailleurs des centres de commerce, de puissants foyo^ de consommation, des ports, des viUes immenses, où ces manufactures de laine et de viande ont leurs débouchés. Ces contrastes font partie de Téconomie générale.

L'aeenmolatton sur plaee. — Voulant caractériser des peuples qui végètent dans un état de civilisation rudimentaire sans un espoir de progrès, Virgile s'exprime en disant « qu'ils ne savaient ni faire masse de leurs produits ni en pratiquer l'épargne » '. On ne saurait mieux mettre le doigt sur le principe d'où sort un accroissement de densité dans lea groupes humains. Seule, la vie sédentaire, directement ou indirectement, donne consistance à l'occupation du sol. Or l'agriculture est le seul régime qui ait à l'origine permis de cohabiter sur un point fixe et d'y concentrer le nécessaire pour l'existence. Toutefois n'est pas agriculteur celui qiii, après avoir brûlé l'herbe, jette quelques poignées de gnûns et s'éloigne; mais celui qui amasse et fait des réserves. Le pasteur, dans les régions arides, essaie de faire subsister sans provisions assemblées d'avance, à la fortune des saisons, le plus d'animaux possible. Les peuples chasseurs de l'Amérique du Nord n'ignoraient pas la culture ; mais, dit Powell, « il était de pratique presque universelle de dissiper de grandes quantités de nourriture dans une constante succession de fêtes, dont l'observation superstitieuse ne tardait pas à dissiper les approvisionnements ; et Tabon-

1. TWBLFTB CeKSUS OF THB UnITBD STATBS TAKEN m TRB YBAR 1900,... StOti»'

iietd AUas, prepartd artder tht êupervigion of Hbnry Gannbtt, Washington, 1903, carte, pi. 148.

2. t Nec compon«re opes norant, nec parcere parto. » (Enéide, chant 8, v. 317.)

dance faisait bientât place aa dènûment et même à la famine ^ ». L'agriculteur ne tombe pas dans ces méprises; la prévojrance et même l'avarice lui sont passées dans le sang. II cnmule le patrimoine des générations passées et suivantes. Le premio* pas fut l'acclimatation de plantes et la domesdcation d'animaux; l'ensilotage ou la mise en grange fut le second.

Hoyauz de densité et laennes Intermédiaires, — Les cultures soudanaises occupent un grand eq>ace en Afrique. Mais il y a une infirmité inhérente à cette agriculture qui ne pratique pas la fumure du sol et ne connaît pas la charrue. Elle n'utilise que les parties où le sol meuble permet à une simple houe d'y enfouir la semence ; l'aridité des grés ou des granités la rebute. Elle est capable néanmoins^ dans les conditions favorables du sol, de donner lieu à une densité considérable d'habitants. Yunker et Emin-pacha décrivent à l'envi c les files de cases qui se succèdent l'une près de l'autre pendant près d'une heure », dans l'Ouganda. Hans Meyer parie dans les mêmes termes des cultures qui s'étalent où s'échelonnent en terrasses sur les croupes du Rouanda, par 1.600 m. d'altitude. A des altitudes bien moindres, sur le moyen Oiari, A* Chevalier signale • tel pays qui n'est qu'un vaste diamp verger ». II y a, dans le Soudan Nigérien, dit Lucien Idarc, c des contrées où l'on peut marcher deux jours sans perdre un seul instant les cases de vue » '. E. Salesses estime à 40 habitants par kilomètre carré la population de certains districts du Fouta-Djalon. Seulement, ces foyers de densité sont sporadiques; ils sont séparés par des intervalles vides.

Incapable de subvenir à l'épuisement du sol, chaque groupe se sent bientât à l'étroit dans l'espace qu'il exploite. Sur un sol qui nous est pourtant dépeint comme f^ile, on nous apprend qu'un village a besoin de disposer d'une périphérie triple de celle qu'il cultive effectivement ^ Une sorte de roulement entretient de vastes réserves de terrains buissonneux à côté des cultures. Malgré tout, il arrive un moment où le pays surpeuplé se voit obligé de rejeter une partie de sa population. Qu'arrive-t-il alors ? Ce n'est pas à proximité, mais au delà des obstacles naturels qui circonscrivent son domaine, bien à distance, qu'il émet ce rejeton K

1. J. W. PowBLL, Seoenth Annual Report of the Bureau of Bihnologg, 1885-6, Wathington, 1891, p. 33 et saiv.

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