‹ Principes de géographie humaineChapitre 15 sur 129 · LuciBN Marc, Le Pag$ Mosst, Parts, 1909, p · texte numérisé non relu

LuciBN Marc, Le Pag$ Mosst, Parts, 1909, p

3. AuousTB Chbvauke, Mission Chari-Lac Tehad^ 1902-1904, L' Afrique Centrale Prançaiee, Récit du voyage de la miseion, Paris, 1907 (couverture : 1908), p. 250.

4. Dans la fertUe vallée du Niger, chaque village cultive autour de lui une ban-

Les marches à travers des espaces vides, les journées passées sans voir ni cases, ni visages d'hommes, morne refrain de l'exploration africaine, s'expliquen'fc ainsi. Les guerres et la traite ont contribué certes à élaigir ces lacunes : nulle part le Homo homini lupus ne s'applique mieux. Mais si le groupe social est resté isolé^ moléculaire, incapable de concerter sa défense, il y a surtout au fond de cela un mode imparfait d'agriculture. Des scènes d'apparences contradictoire défilent ainsi sous les yeux, et nos jugements sur les chifEres totaux de population s'en ressentent.

Le peuplement de la terre s'est opéré par taches, dont les auréoles dans les pays les plus civilisés finissent par se rejoindre ; encore pas toujours. Richthofen, dans son journal de voyage en Chinet^ note entre provinces voisines et très civilisées, comme le Hou-pé et le Ho-nan, des traces de séparations anciennes et fondamentales^. Entre les chambres et chambrettes dont, suivant son expression, se compose la Chine^ les cloisons, en quelque sorte, sont des marcher-frontières^ montagneuses ou accidentées, dont les habitants vivant en clans^r par petits hameaux, pratiquent d'autres modes d'existence que ceux de la plaine. Les deux peuplements, quoique contigus, ne se fondent pas. La solution de continuité reste apparente.

L'Inde, dit Sumner Maine, c est plutôt un assemblage de fragments qu'une ancienne société complète en elle-même ». Effectivement, sans parler des enclaves à demi sauvages qui confinent soit au Bengale, soit au pays des Mahrattes, le village hindou, type de la civîUsation du No'rd, est organisé pour se suffire comme si rien n'existait autour de luL Constitué en unité agricole, avec son personnel attitré de fonctionnaires et d'artisans, il forme un microcosme. Les analyses des derniers recensements indiquent que la plupart des existences restent enfermées dans ce cadre, sauf pour contracter mariage dans le village voisin. Ce n'est pas entre villages, mais entre le régime de communautés de villages et celui de tribus que s'interpose l'isolement, tant il est vrai que c'est par l'intermédiaire de causes sociales que s'exerce l'influence des conditions géographiques 1

Oroupements de dates diverses en Europe. — Le spectacle qu'offre aujourd'hui le peuplement, dans la majeure partie de l'Europe, est

lleae dont le rayon peut atteindre 1.500 ou 1.800 m. t Lorsque le nombre d'habitants vient à augmenter» ce village n'augmente pas le nombre de ses malsons. D lance à 2 ou 3 kilom. une colonie qui fonde un petit village du même nom <iue le premier. » (Gomm* TouTÉE, Du Dabomé au Sahara,. .^ Paris, 1899» p. 122.)

1. FteoiNAND YON Righthofrn's Tagtbiicher auM China. Ausgewâlht u. hng. v. E. TiBSSBN, I, Berlin, 1907, p. 437.

teUement composite qu'il faudrait souvent des cartes à très grande échelle pour distinguer les soudures qui ont fini par rapprocher en une apparence de continuité les différents groupes. Toutefois, même sur des cartes à médiocre échelle, les bords de la Méditerranée montrent de singulières lacunes. A quelques kilomètres de distance la population tombe d'un haut degré de densité à un degré de raréfaction qui touche au désert. Les campas confinent en Espagne aux huertas ; les garrigues, à la coustière du Languedoc ; les plans du Var, aux bassins de Grasse et de Cannes ; la Murgia quasi déserte, au littoral populeux des Fouilles. Dans le Péloponèse, les petites plaines d'Argos, d'Achale, d'ÉIide, de Messénie et de Laconie, qui ne représentent qu'un 20« de la surface, contiennent un quart des habitants. La vie urbaine et la vie de dans sont deux plantes qui ont trouvé autour de la Méditerranée un sol favorable; elles subsistent encore côte à côte. Cette coexistence a contribué à créer, puis à maintenir entre les divers groupes élémentaires une cohésion qui fait fâcheusement défaut dans les parties du littoral, comme le Rif, l'Albanie, les Syrtes, où le conmierce et la vie urbaine n'ont pu, jusqu'à présent, pousser de fortes racines.

La grande industrie a bouleversé depuis un siècle les conditions du peuplement dans l'Europe centrale et occidentale. Ce peuplement s'offrait déjà comme un palimpseste sur lequel dix siècles d'histoire avaient inscrit bien des ratures. Marais asséchés, forêts défrichées n'avaient pas cessé d'ajouter des touches nouvelles au fond primitif. Des formes diverses d'établissements correspondent à ces divenntés d'origine ; si bien qu'un coup d'oeil tant soit peu exercé ne confondra pas les pays aux vieux villages et ceux où une colonisation ultérieure a disséminé les fermes en hameaux à travers les brandes et les essarts. Puis l'industrie est venue et a fait sortir du sol une lignée nouvelle d'établissements humains.

Cependant le noyau primitif du peuplement se laisse encore discerner. On peut affirmer, preuves en mains, que les hommes, ici comme ailleurs, se sont obstinés longtemps à s'accumuler sur certains lieux, presque à l'exclusion des autres. Quels lieux ? Ce n'était pas invariablement les plus fertiles, mais les plus faciles à travailler : les plateaux calcaires en Souabe, Bourgogne, Berry, Poitou, etc. ; les terrains meubles et friables où la forêt n'avait pu qu'imparfaitement s'implanter dans ses retours offensifs après les périodes glaciaires, et qui forment une sorte de bande depuis le Sud de la Russie jusqu'au Nord de la France. Telles furent les clairières, les espaces aérés et découverts, les sites attractifs où se rencontrèrent les premiers rassemblements européens, où ils commencèrent à prendre cohésion et force.

FORBfATION DE DENSITÉ 41

D'intéressantes reconstitutions cartographiqnes, au moyen de^. trouvailles préhistoriques et des documents cadastraux, ont été tentées pour le Wurtembei^^; on y voit les établissements des époques romaine et alamannique se superposer exactement, sur les surfaces non forestières, à ceux de l'époque néolithique et du premier âge du fer. Ce n'est qu'ultérieurement que de nouveaux groupes viennent s'interposer entre eux. Il n'est pas douteux que les choses se soient passée de même en France. Lorsque M. Jullian nous dépeint le territoire d'un peuple gaulois comme c un vaste espace renfermant au centre des terres cultivées, protégé à ses frontières par des obstacles continus, forêts ou marécages, etc. • *, c'est le signalement exact d'une de ces unités fondamentales qu'il nous donne. Nous avons essayé nousmème de retracer d'après ces principes, pour la France et l'Europe central^ une carte de l'occupation historique du sol '.

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