CHAPITRE III LBS OBANDB8 AGOIiOMARATIONS HUMAINBB
AFRionB Brr aszb
Dès les -temps les plus reculés, certains points de la terre ont vu s'épaissir les rangs humains. « Croissez et multipliez > est un des plus antiques préceptes qu*ait écoutés l'humanité.. L'idée de « multitudes semblables, suivant l'expression biblique, aux grains de sable des rivages de la mer » hante de bonne heure les imaginations. La formation de densité s'est réalisée d'abord sporadiquement, à la faveur de droonstances toutes locales. Les découvertes d'instruments de l'fige de pierre ont fourni d'intéressantes indications sur ces centres primitifs de rassemblement. Mais la plupart de ces tentatives n'ont pas de suite ; elles se heurtent longtemps à la difBculté de vivre nombreux sur de petits espaces.
Parmi ces groupes précoces, les uns ont cédé à une force centrifuge ils se sont détachés de leur noyau, comme les satellites d'une* planète. Mais à la longue d'autres se sont rapprochés et, s'il est permis de poursuivre la comparaison, condensés en nébuleuses. Ces agglomérations se sont formées indépendamment, assez loin les unes des autres. Leur fortune a été différente, les unes n'ayant cessé de s'ac^ croître, tandis que d'autres, — mais ceci a été l'exception, — ont décliné ou ne sont que l'ombre d'elles-mêmes. Une lente élaboration les avait préparées, car aux époques lointaines où l'Egypte et la Chaldée apparaissent dans l'histoire, elles comptent déjà des traditions et des souvenirs qui leur communiquent une auréole de haute antiquité. Les Grecs avaient été frappés de ces grandes sociétés du Nil et de l'Euphrate; ils ne le furent pas moins, lorsqu'après Alexandre ils apprirent à connaître l'Inde du Pendjab et de la vallée du Gange. La Chine, révélée plus tard, étonna par ses multitudes les contemporains de Marco Polo. D'autres a^lomérations sont venues, dans la suite des temps, s'ajouter à celles dont furent témoins ces anciens âges; mais. dans ces formations ultérieures intervient une telle com-
Vioax^Lablacbb, Géographie humaine. 4
plexîté de facteurs que les causes géographiques bien que toujours efiFectives, s*y laissent moins directement discerner que dans ces premières manifestations de force collective^ d'où Thumanité commença à rajTonner sur la terre.
Leur répartition semble en rapport avec une zone comprise environ entre le tropique du Nord et le 40^ degré de latitude. Le dimat est assez chaud pour que nombre de plantes puissent accomplir très rapidement leur cycle de maturité et mettre à profit Tintervalle entre les bienfaits périodiques des pluies ou des crues fluviales. L'eau douce, sous forme de sources, de lacs, de nappe phréatique ou de courant, est la collaboratrice indispensable de ces climats tropicaux ou subtro^ picaux. Les grands fleuves surtout, issus des hauts massifs asiatiques, et nourris de pluies périodiques, agissent à la fois par leurs eaux imprégnées de substances solubles et par leurs dépôts d'alluvions. On serait tenté de croire que les plus grands rassemblements humains ont dû, dès l'origine, correspondre à la section terminale où le cornant saturé achève de rejeter sa charge de matériaux. N'est-ce pas, en effet, dans quelques-uns des grands deltas qui s'échelonnent depuis le Nil jusqu'au Yang-tseu-kiang que se pressent aujourd'hui les plus fortes densités d'habitants ? La Basse-Egypte, le Bengale sont actuellement les parties les plus populeuses de l'Egypte et de l'Inde. Aux embouchures du Yang-tseu, l'île Tsong-ming et la péninsule Hal-men atteignent la proportion hypertrophique, l'une de 1.475, l'autre de 700 habitants par kilomètre carré K Ce serait pourtant une illusion. Eii réalité, l'homme n'a pris pied que tard, et déjà armé par l'expérience, sur ces terres amphibies. Ces marécages, où la pente fait défaut, que l'inondation menace, n'ont été humanisés qu'au prix de grands efforts. Tous ne l'ont pas été ; car, même sur cette frange littorale de l'Asie des moussons, à côté de deltas surpeuplés d'autres attendent encore les multitudes qui pourraient y vivre.
Ce qui est vrai, c'est que ces grands fleuves représentent, suivant les conditions diverses de leur régime, de leur pente, de la composition de leurs eaux, de l'origine de leurs troubles, autant de types divers d'énergies naturelles. Instinctivement, l'homme s'est senti attiré sur leurs bords par l'afllux de cette riche vie animale et végétale que dépeignent les peintures des anciens âges pharaoniques. Que la fertilité se concentre ainsi sur les rives du fleuve ou qu'elle s'épanouisse
1. p. H. Havret, Note sur le bas YangAsé-kiang (Annales de Géographie, IIÏ, 1893-1894, p. 102-104, 1 fig. carte). — Dans le delta du Tonkin, la densité est toujours de 200 à 300 hab. au moins par kilomètre carré et atteint jusqu'à 500 ou 600 dans le Bas-Delta. (E. Chassioneux, L'irrigation dans le delta du Tonkin, dans Reo. de Géographie (N. Sér.), VI, 1912, p. 57.)
LES GRANDES AGGLOBfÉRATIONS : AFRIQUE ET ASIE 51
aux alentours, c'est une table ouverte vers laquelle se précipitent tous les êtres. Mais de longues suites d'efforts combinés sont nécessaires pour arriver à discipliner ces grandes masses d'eau, pour y rallier des foules humaines, et cela n'a été réalisé que dans quelques parties de la terre.